SENSIBILITÉ RÉCURRENTE
suivant le trajot des racines antérieures. Les observateurs qui ont appliqué le microscope à l'étude des nerfs ont constaté que les fibres sensitives sont moins larges que les fibres motrices : et en se fondant sur ce caractère, on a pu se convaincre que jamais les racines nerveuses ne sont purement sensitives ou motrices; les antérieures contiennent des fibres larges, et les postérieures quelques fibres étroites. Arnold s'est efforcé de concilier ces données, en apparence contradictoires, en disant que ce serait une erreur d'admettre des nerfs moteurs, ou des nerfs sensitifs purs, et qu'il n'y aurait en réalité que des nerfs musculaires et des nerfs cutanés. Dès lors, il ne serait pas surprenant de voir quelques fibres sensitives parvenir dans les muscles, ni quelques fibres motrices dans la peau ; le tissu musculaire est en effet sensible, la peau possède des libres musculaires lisses plates et jouit d'une conlractilité plus ou moins prononcée.
L'existence de la sensibilité récurrente ne se concilierait pas avec l'opinion d'Arnold; en effet, s'il existe des fibres sensitives au sein des racines motrices, cela tient à ce que le filament nerveux, parvenu au terme de sa course, se replie sur lui-même et revient en arrière : mais il devient impossible de supposer que des nerfs sensibles naissent directement des faisceaux antérieurs de la moelle : s'il en était ainsi, la section des racines postérieures n'abolirait point leurs propriétés, et le bout central de la racine antérieure resterait toujours sensible, même quand le bout périphérique ne le serait plus; or, il n'en est jamais ainsi. Maintenant, si quelques-unes des fibres sensitives reviennent en arrière, la réciproque peut exis-
ter pour les faisceaux moteurs qui produiraient aussi des mouvements récurrents : telle est sans doute l'origine de ces filaments que les micrographes ont découverts au sein des fibres sensitives et qui s'en distinguent par leur plus grande étroitesse. Nous pourrions encore faire une hypothèse sur l'usage de ces nerfs, et celte question nous conduira à l'étude des propriétés de la moelle épinière. En effet, les propriétés d'un organe doivent toujours être distinguées des fonctions qu'il accomplit; le rôle physiologique dont il est chargé dans l'économie ne permet pas toujours de savoir d'avance comment il réagira sous l'influence des agents extérieurs. Or, la moelle épinière est, en réalité, un organe spécial ; on l'a pendant longtemps considérée comme la simple continuation des fibres nerveuses qui en émanent : ce point de vue exclusif est complètement erroné : car, ainsi que nous le verrons plus tard, les parties de cet appareil qui transmettent les sensations à l'encéphale, ne sont pas aptes à les déterminer elles-mêmes quand elles sont mécaniquement excitées, et ne ressemblent plus aux nerfs périphériques par leurs propriétés.
Le cordon médullaire est donc composé de fibres nerveuses spéciales, et contient également des cellules particulières, qui sont le point d'origine des nerfs rachidiens; enfin, on y trouve des vaisseaux nutritifs, du tissu cellulaire et d'autres parties accessoires. Or, les cellules nerveuses, d'où partent les fibres sensibles des racines postérieures, peuvent donner aussi quelques nerfs de sentiment à la moelle, qui, par elle-même, serait dépoin^vue de sensibilité, comme nous le verrons bientôt; de même