DBS PROPRIÉTÉS DES NERFS SOUMIS A UNE SECTION COMPLÈTE (SUITE
SOMMAIRE : Récapitulation des principales expériences qui démontrent l'augmentation de l'excitabilité dans les nerfs coupés. — Uyperesthésie. — Action du galvanisme. — Action des médicaments et des poisons. — Action du curare. — Les agents médicamenteux, introduits dans l'é'conomie, dirigent habituellement leur action plus spécialement sur les organes malades. — L'influence des nerfs sur la contraclilité des vaisseaux explique cette affinité élective. — Comment les tissus des animaux inférieurs peuvent-ils acquérir les propriétés qui caractérisent les animaux supérieurs, et réciproquement? — Effets des poisons chez les animaux dont les nerfs ont été coupés. — Expériences diverses.
Messieurs,
Nous venons d'établir devant vous que les propriétés d'un nerf séparé du centre dont il émane acquièrent une intensité qu'elles étaient loin de posséder à l'état physiologique. Or, la propriété caractéristique d'un nerf moteur étant d'exciter les contractions musculaires, cette faculté spéciale doit évidemment augmenter dès que le nerf est plus ou moins isolé de son origine; c'est ce que nous allons encore vous démontrer expérimentalement.
11 s'agit donc pour nous de prouver qu'un nerf est plus excitable, dans de pareilles conditions, qu'il ne l'était auparavant ; or nous possédons une foule de moyens pour i'élablir. On peut d'abord employer l'appareil de M. Pu-
Bois-Reymond, et montrer, comme nous l'avons l'ait à la dernière séance, qu'un courant trop faible pour stimuler l'activité physiologique d'un nerf sain suffit parfaitement pour agir sur lui lorsqu'il a été divisé; on peut ainsi obtenir l'effet que l'on cherche à produire, soit en augmentant l'intensité du courant, soit en interrompant la continuité du nerf. Voilà donc un premier mode de démonstration; mais on peut également prouver l'existence du phénomène singulier par un autre procédé. Lorsqu'on étudie l'effet de la galvanisation par un courant continu sur les nerfs sains, on s'aperçoit qu'au moment où l'on ferme le circuit, une contraction se produit ; puis le muscle demeure en repos, et quand on ouvre le courant, rien de nouveau ne se produit. Mais quand le nerf est divisé, la contraction se manifeste aussi bien à l'ouverture qu'à la fermeture du courant.
On pourrait trouver ces preuves suffisantes pour établir la vérité de nos assertions ; mais il faut, autant que possible, accumuler les démonstrations autour d'un fait. Nous allons donc vous présenter des preuves d'un ordre différent, et qui méritent une attention spéciale, parce qu'elles se rattachent plus directement aux phénomènes pathologiques.
Voici une grenouille chez laquelle le nerf sciatique a été divisé d'un seul côté; il est donc plus sensible aux impressions extérieures que celui du côté opposé, comme nous venons de le voir ; mais nous allons vous démontrer qu'il est en même temps beaucoup plus sensible aux actions médicamenteuses et toxiques. Nous ferons usage du curare dans cette expérience, et en comparant les