‹ Leçons de pathologie expérimentale [electronic resource]Chapitre 53 sur 143 · EXCITABILITÉ NERVEUSE MORBIDE · texte numérisé non relu

EXCITABILITÉ NERVEUSE MORBIDE

effets obtenus du côté malade à ceux qui se produisent du côté sain, vous pourrez vous assurer que le nerf coupé a été plus promptement empoisonné que son congénère ; en d'autres termes, qu'il a résisté moins longtemps à l'action toxique. Mais comme l'excitabilité nerveuse chez un animal soumis à cette expérience augmente en raison directe du temps qui s'est écoulé depuis la section du nerf, nous avons pratiqué l'opération quelque temps avant l'ouverture de la séance, afin de permettre aux effets de s'accumuler pour ainsi dire dans le nerf coupé.

Potu' expliquer de pareils phénomènes, nous sommes obligés comme toujours de tenter dans des hypothèses : celles que nous vous présentons reposent toutefois sur des faits positifs. Il faut admettre qu'il y a, dans ces cas, des espèces de susceptibilités électives qui ne résultent, en réalité, que d'une différence d'intensité entre les propriétés d'un nerf malade et celles d'un nerf sain. Supposez que, dans un organe donné, le système nerveux se trouve plus excitable et faites pénétrer dans le torrent circulatoire un agent qui porte spécialement son influence sur le système nerveux, il est naturel de supposer que les nerfs de l'organe malade ou hyperesthésiés seront frappés les premiers. Supposez qu'un courant électrique faible parcoure le corps, il n'agira nulle part sur les nerfs, sauf sur le point où ils seront malades, c'est-à-dire plus excitables; mais il provoquera dans cet endroit la contraction des muscles dont l'innervation se rattachera au point lésé; et s'il s'agit d'un nerf vasomoteur au lieu d'un nerf musculaire, des effets analogues seront produits, mais sur les vaisseaux seulement. Voilà pourquoi si vous administrez un médi-

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cament à Tindividu malade, son action devra se porter de préférence sur l'organe souffrant; c'est de ce côté que les actions électives devront se manifester. On comprend donc qu'en vertu de ces lois physiologiques, les espèces qui occupent la partie inférieure de l'échelle animale peuvent acquérir les propriétés qui caractérisent, à l'état normal, des animaux d'un ordre supérieur. Des modifications de la même nature peuvent se produire dans les divers tissus d'un seul et même individu ; des organes peu sensibles peuvent acquérir tout à coup une sensibilité peu commune, et des tissu-s peu vasculaires peuvent tout à coup se trouver gorgés de sang dans le cours de certaines maladies.

Nous avons constaté chez des grenouilles et des chiens la différence qui vient d'être signalée entre les nerfs coupés et les nerfs à l'état sain ; M. le professeur Pélikan, de Saint-Pétersbourg, a répété les mêmes expériences sur de grands animaux avec un entier succès. Il est donc pleinement démontré que des nerfs moteurs, une fois séparés de la moelle, acquièrent un surcroît momentané d'excitabihté.

Nous allons maintenant pratiquer sous vos yeux l'expérience qui vient de vous être annoncée. Voici l'animal dont le nerf sciatique a été coupé d'un seul côté; nous allons l'empoisonner par le curare, et galvaniser simultanément le nerf sain et le nerl malade, et nous devons voir l'excitabilité disparaître du côté malade avant de s'éteindre du côté sain.

Nous avons mis ici le nerf sciatitpie à nu des deux côtés, et nous introduisons le curare sous la peau. Nous galva-

SUSCEl'TIBILlTji TOXIQUE DES NEUFS, 217

nisons ensuite les deux nerfs à plusieurs reprises; mais l'excitabililé s'est éteinte très-vile et d'une manière simultanée des deux côtés, de sorte qu'aucune différence n'a été remarquée. L'expérience n'a pas réussi, messieurs, parce que la dose de curare était trop forte et que les chaleurs de l'été ont amené une mort trop rapide du nerf. Nous la répéterons chez un second animal, avec une dose plus faible de ce poison.

Nous reprendrons ce sujet à la prochaine séance.

HUITIÈME LEÇON

DES PROPRIÉTÉS DES NERFS SOUMIS A UNE SECTION COMPLÈTE (suite).

SOMMAIRE : Analyse des expériences tentées sans succès dans le cours de la leçon dernière. — Pourquoi ces expériences n'oiit-elles pas réussi"? — En physiologie, comme dans les autres sciences, les résultats d'une expérience faite dans les mêmes conditions sont toujours identiques. — Des exceptions en médecine. — Différences individuelles qui peuvent exister soit à l'état de santé, soit dans l'état morbide. — L'irritabilité excessive des nerfs coupés est un phénomène pathologique, — Celte excitabilité est aussi l'un des premiers symptômes produits par l'action du curare et de certains autres poisons. — Les expériences qui avaient échoué dans la séance précédente sont pratiquées cette fois avec succès.

Nous allons continuer nos études sur les variationsque présentent les propriétés des nerfs dans de certaines conditions pathologiques, en les comparant avec celles qui existent à l'état sain; ces différences, vous le savez, se rattachent surtout à des variations d'intensité des propriétés nerveuses, ce qui démontre bien clairement que l'état physiologique et l'état pathologique ne sont réellement pas séparés, mais se confondent par des nuances insensibles.

Nous avons cherché, dans la dernière séance, à vous démontrer que les actions médicamenteuses et toxiques donnent lieu, pour les nerfs malades, à des considéra-

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