‹ Leçons de pathologie expérimentale [electronic resource]Chapitre 68 sur 143 · DE LA. DILATATION ACTIVE DES VAISSEAUX · texte numérisé non relu

DE LA. DILATATION ACTIVE DES VAISSEAUX

SOMMAIRE : Action du grand sympathique sur les vaisseaux. — Dilatation vasculaire qui résulte de la section de ce nerf. — Contraction des vaisseauXj qui résulte de son excitation galvanique. — La paralysie dei fibres contractiles des vaisseaux ne suffît pas pour expliquer leur dilatalion. — Ce phénomène est aclif, et n'est point le résultat d'une distension purement passive. — Les vaisseaux sont placés sous l'empire de deux ordres de nerfs antagonistes. — Expériences à l'appui. — L'excitation de la corde du tympan et du nerf moteur de la glande parotide dilatent les vaisseaux des glandes salivaires. — L'origine des nerfs dilatateurs des vaisseaux est encore mal connue.

Messieurs,

Je vous ai promis de vous fournir la preuve expérimentale des propriétés du grand sympathique. C'est pourquoi je vous présente ici un lapin qui a subi la section de ce nerf à la région cervicale d'un seul côté, à gauche ; vous voyez que la pupille correspondante est contractée, celle du côté opposé étant dilatée comme à l'ordinaire ; on voit à l'œil nu que les vaisseaux développés à chaque face de l'oreille gauche, sont beaucoup plus apparents que ceux du côté opposé. En outre, nous allons constater que la sensibilité est bien plus vive du côté lésé, et que la température y est plus élevée; la circulation est plus active et les mailles du tissu cellulaire sont plus humec-

262 PATHOLOGIE EXPÉIUMENTALE.

tées par une lymphe plastique ou une sérosité plus abondante. En pratiquant l'opération du trépan, on s'est assuré que la température cérébrale est plus élevée; on peut constater le même fait en plongeant la boule du thermomètre dans les naseaux de l'animal, comparativement, de l'un et de l'autre côté; enfin, la pie-mère est plus vascu larisée dans la partie qui correspond à la section que du côté opposé.

Maintenant nous pinçons alternativement les deux oreilles de l'animal, qui demeure immobile lorsqu'on touche à l'oreille droite, tandis qu'il manifeste une douleur assez viv,e lorsqu'on agit sur l'autre. Nous constatons, à l'aide d'un thermomètre, les différences de températures que je vous ai il y a un instant signalées.

Tous les phénomènes dont vous venez d'être témoins sont dus à la section du grand sympathique du cou. L'oreille gauche de l'animal possède en ce moment une température plus élevée que celle du côté opposé, elle résisterait plus longtemps à la congélation si l'animal était soumis à l'action du froid, et, si l'on ouvrait les vaisseaux, l'écoulement de sang serait plus considérable qu'à l'état normal; mais en galvanisant le grand sympathique du même côté, on abaisse immédiatement la température, qui peut descendre à un degré inférieur à celui de l'état physiologique ; on peut même produire une constriction des vaisseaux assez intense pour suspendre entièrement la circulation dans l'oreille, ainsi qu'on peut s'en assurer en examinant au microscope les vaisseaux capillaires de cet organe, pendant qu'on galvanise le nerf correspondant; la sérosité inlersticielle disparaît. ,11 est donc évident que

ce sont des phénomènes de mouvement que nous avons troublés par la section du grand sympathique du cou, et que le resserrement des vaisseaux, l'augmentation ou la diminution des sécrétions, intersiitielles ou aulres, à la suite de l'opération, sont autant de phénomènes provoqués par une modification de certains mouvements soumis à l'influence nerveuse; et il est pleinement démontré, comme vous le savez, que c'est la moelle épinière qui est la source de tous les phénomènes qui s'accomplissent dans l'économie sous l'influence des nerfs.

Nous possédons maintenant la clef de ces manifestations morbides qui succèdent à certaines lésions chirurgicales de l'axe médullaire. Quand on agit sur une portion déterminée du quatrième ventricule, on constate une accélération de la circulation abdominale avec turgescence des vaisseaux et excrétion de lymphe dans le péritoine ; en même temps, il se produit une augmentation des sécrétions abdominales en général; c'est alors qu'on observe une abondance extraordinaire des urines, accompagnée tantôt d'une albuminurie, tantôt d'un diabète sucré, quand la circulation du foie se trouve accélérée ; et l'on peut quelquefois reproduire ainsi chez les animaux toutes les variétés du diabète et de l'albuminurie. Vous savez, en effet, que l'augmentation des urines et la diminution de la proportion de certains principes qui doivent normalement y exister ont été constatées chez la plupart des diabétiques ; mais il existe des cas où la quantité de l'excrétion urinaire ne subit aucune modification, dans lesquels l'acide urique existe dans ce hquide comme en pleine santé ; j'ai moi-même observé des malades qui ne s'éloignaient

26/l PATHOLOGIE EXPÉRIMENTALE.

pas, sous ce double rapport, de l'état normal, malgré la présence d'une quantité considérable de sucre dans les urines. Eh bien, nous pouvons à volonté reproduire celle variété singulière de diabète chez les animaux. Du reste, ce n'est pas seulement chez les mammifères qu'on a vérifié l'existence du fait; nos expériences ont été répétées sur les batraciens, par M. Kùhne, et, en piquant la même partie du quatrième ventricule, cet observateur a réussi à provoquer le diabète chez ces animaux ; voilà donc une preuve nouvelle à l'appui de ce grand principe, que nous avons si souvent énoncé devant vous, que les phénomènes observés chez un animal quelconque peut se retrouver aux divers degrés de l'échelle zoologique.

Il est facile de constater les variations de température dont je viens de vous entretenir, lorsqu'il s'agit des parties extérieures du corps, parce que leur température est toujours inférieure à celle des organes intérieurs. Voilà pourquoi, pendant l'hiver, on observe entre l'oreille droite et l'oreille gauche des différences de 15° à 20" à la suite de la section du grand sympathique ; il n'en est pas de même en été.

Mais on ne parvient pas aux mêmes résultats par rapport aux viscères qui se trouvent dans les grandes cavités splanchniques ; car, à l'état physiologique, les variations de la température intérieure des corps sont renfermées dans d'étroites limites, et les opérations dont il vient d'être question ne peuvent jamais lui faire dépasser un chiffre déterminé qui en représente la limite supérieure; aussi les différences ne s'élèvent-elles jamais à plus d'un ou deux degrés. On a constaté, par exeuiple, que, pendant

Page 1