‹ Leçons de pathologie expérimentale [electronic resource]Chapitre 71 sur 143 · GAZ DU SANG · texte numérisé non relu

GAZ DU SANG

MUSCLE DROIT AMÉRIEUR.

Sang artériel. Sang veineux. Sang veinfiiix.

Organe an repos. Organe eu activiié.

GLANDE SOIJS-MAXILLAIRE.

Vous voyez, messieurs, combien, en creusant le sujet, nous sommes parvenus à étendre le rôle qui appartient aux nerfs de la vie organique. Il faut rappeler encore en terminant que c'est de l'axe médullaire que partent toutes ces influences.

DIX-SEPTIÈME LEÇON

SOMMAIRE : La chaleur animale a été habituellement envisagée comme le résultat d'une combustion. — Opinion de Lavoisier sur cette question. — Modifications ultérieures de ces idées. — La chaleur résulte-t-elle d'une simple oxydation des éléments de nos tissus ? — Cette explication ne paraît pas suffisante. — Les modifications physiques qui s'opèrent au sein de l'économie produisent et absorbent de la chaleur. — La chaleur du sang dans les veines ne dépend pas toujours des phénomènes d'oxydation dans les tissus qu'il traverse. ~ Dans les muscles, la disparition d'oxygène correspond à l'élévation de la température ; il en est autrement dans les glandes. — Mais l'accélération de la circulation coïncide dans l'un et dans l'autre cas avec l'augmentation de la température. — Le frottement qui en résulte peut-il rendre compte de la production d'une certaine quantité de chaleur? — Les effets de la section du grand sympathique sont-ils d'accord avec cette manière de voir ?

Messieurs,

Nous avons étudié certaines modifications que peut éprouver la composition chimique du sang sous l'influence du système nerveux; et vous avez pu vous convaincre que la présence de l'oxygène ou de l'acide carbonique, en proportions fort variables, au sein de ce liquide^ paraissait se rattacher à des conditions physiologiques, dans lesquelles l'influence nerveuse motrice joue un rôle important.

Je me propose aujourd'hui de vous exposer, au sujet

!276 PATHOLOGIE EXPÉKIMENTaLE.

de la teîiipérature des êires vivants, certaines idées théoriques qui sont, pour ainsi dire, le corollaire des considérations précédenles. Vous savez, en effet, que la vénosité du sang est le résultat de la disparition de l'oxygène qui s'opère, au sein de nos tissus, pour donner naissance à de l'acide carbonique ; vous savez aussi qu'un certain nombre d'auteurs contemporains acceptent encore les idées de Lavoisier au sujet de la chaleur animale, tout en leur faisant subir les modifications exigées par les progrès actuels de la chimie physiologique; les phénomènes de calorification qui s''opèrent au sein de l'économie sont, à leurs yeux, le résultat exclusif de celte combustion et se rattachent à la combinaison de l'oxygène avec les matières hydrocarbonées que renferment nos tissus. Cette théorie nous paraît insuffisante; et nous allons vous signaler les quelques faits qui paraissent, sinon la contredire, du moins la modifier sous beaucoup de rapports.

Il est incontestable qu'il se produit des combinaisons chimiques ou des fermentations de diverse nature dans l'économie, et que toutes les réactions de ce genre sont une source de chaleur. Mais il se produit en même temps, chez les êtres vivants, un grand nombre de phénomènes qui peuvent, sinon détruire en entier la chaleur ainsi obtenue, du moins en absorber une proportion considérable. Nous savons, en effet, qu'il s'opère des changemenis d'état assez nombreux à l'intérieur de nos organes; des solides se liquéfient, des liquides se vaporisent, et la quantité de calorique absorbée par ces transformations diverses doit évidemment neutraliser, en partie la chaleur

qui résulte de la combustion. Nous pouvons d'ailleurs invoquer, cà l'appui de ces idées, l'autorité des hommes les plus compétents en pareille matière. Dans leur remarquable travail sur la respiration et sur la chaleur animale, MM. Regnault et Reiset déclarent positivement, en s'appuyant sur les considérations qui viennent de vous être exposées, que jamais on ne peut calculer exactement la quantité de chaleur produite au sein de l'économie d'après la quantité d'oxygène absorbé et d'acide carbonique exhalé pendant l'acte de la respiration, même en tenant compte de l'eau qui se produirait par la combustion de Thydrogène; et que, dans les cas où les résultats du calcul paraissent concorder avec ceux de l'expérimentation directe, il ne s'agit que d'une simple coïncidence. Nous allons maintenant vous indiquer des faits dans lesquels cette coïncidence n'a pas lieu, et qui nous présentent, au contraire, des résultats entièrement opposés à la théorie de la combustion envisagée comme source unique de la chaleur animale.

Vous savez maintenant que le sang peut offrir une composition fort variable selon l'état de repos ou d'activité des organes qu'il traverse. Dans les muscles, lorsqu'ils sont excités à se contracter sous l'influence du galvanisme ou autrement, on voit affluer ce liquide dans les vaisseaux et sa température devenir plus élevée : ce phénomène serait bien d'accord avec la doctrine de Lavoisier, puisque alors le sang veineux est devenu noir et contient une quantité considérable d'acide carbonique. Cela serait la preuve que la combinaison de l'oxygène avec le carbone de nos tissus s'est opérée. Mais, dans les glandes,

le contraire a lieu ; quand l'activilé des appareils sécréteurs est mise en jeu, on voit aussi la circulation s'accélérer et la température s'élever; mais le sang sort rouge et rutilant des veines : il ressemble au sang artériel, et contient une forte proportion d'oxygène ; tandis qu'à l'état de repos, le sang veineux est noir, contient beaucoup d'acide carbonique et peu d'oxygène, cependant alors la température est moins élevée. Voilà donc un dernier fait complètement opposé à la théorie chimique; car l'élévation de la température se trouve, pour ainsi dire, en raison inverse de l'oxygène absorbé; évidemment la combustion n'est pas, en pareil cas, l'unique source de la chaleur produite.

Le seul phénomène que l'on observe invariablement dans l'un et l'autre cas, soit qu'on galvanise un muscle, soit qu'on excite une glande, c'est l'accélération de la circulation, qui coïncide avec une température plus élevée. Nous voici donc en présence de conditions purement mécaniques, qui accompagnent la dilatation des vaisseaux. Nous croyons, par conséquent, sans nier absolument l'influence des réactions chimiques sur la production de la chaleur, qu'elles jouent un rôle beaucoup moins exclusif qu'on ne l'a supposé, et qu'on doit attribuer aussi une grande part dans ce phénomène à l'action de causes essentiellement mécaniques et physiques.

Nous sommes amenés à la même conclusion par les résultats de la section des filets du grand sympathique qui se rendent aux diverses parties de l'extrémité céphalique. Que voyons-nous, en effet, lorsqu'on a coupé les branches de ce nerf qui se rendent au pavillon de l'oreille

d'un lapin? Des vaisseaux se dilatent; le sang y afflue, et les parcourt avec une vitesse plus grande ; il arrive rouge et rutilant dans les veines, sans avoir eu, pour ainsi dire, le temps de se dépouiller de l'oxygène qu'il renferme; et le résultat de cet ensemble de phénomènes est une augmentation de température. Au contraire, si vous galvanisez les rameaux du grand sympathique qui se rendent à ces parties, les vaisseaux se resserrent, le cours du sang se ralentit ; il arrive noir et désoxygéné dans les veines, et en même temps la température s'abaisse. Comment concilier avec la théorie de la combustion ce qui se passe en pareil cas? Il se manifeste plus de chaleur lorsqu'une faible proportion d'oxygène est absorbée, tandis que dans des conditions tout opposées, et lorsque l'oxygène disparaît presque en totahté, nous voyons s'abaisser la température. Il s'est produit une diminution de vitesse dans la circulation qui peut cependant devenir une cause de production de chaleur en favorisant l'accomphssement des réactions chimiques; néanmoins, comme vous le voyez, leur influence ne suffit pas pour suppléer au défaut d'une autre cause physique qui paraît plus énergi- <jLie, dans la formation de la chaleur chez les êtres vivants : la plus grande rapidité du cours du sang.

Le système nerveux est donc en réalité le seul régulateur de celte partie importante des fonctions de la vie : lorsqu'en divisant les rameaux du grand sympathique ou en les galvanisant, la chaleur animale s'accroît ou diminue à la surface du corps, c'est un effet de la dilatation et de la contraction successive des vaisseaux. Le resserrement est aisé à comprendre ; mais nous avons vu

qu'il n'en est pas de même pour la dilatation active: on se refuse, en général, en physiologie, à admettre que les organes creux puissent éprouver une amplialion qui ne serait point le résultat d'une distension passive ; le resserrement a toujours été considéré comme l'état tonique des tissus. Mais ce qui nous porte à penser que, dans le cas dont il s'agit, ce n'est pas un phénomène purement passif qui se présente à nos regards, c'est que nous pouvons le provoquer par l'action du galvanisme. Nos idées actuelles nous portent ainsi à le considérer comme un phénomène actif. Et s'il n'en était pas ainsi, comment pourrions-nous expliquer les modifications locales de la circulation des glandes et des autres organes ? En excitant un nerf, si nous modifions la circulation des parties auxquelles il se distribue, c'est bien par une activité nerveuse et spéciale; car l'action du cœur demeure toujours la même.

En terminant, il me reste à vous indiquer les procédés dont il convient de faire usage, lorsqu'on se propose de répéter les expériences que je vous ai signalées au sujet de la vénosité du sang : on isole par exemple Tartère et la veine principale d'un muscle, et dans nos expériences chez le chien nous donnons habituellement la préférence au muscle droit antérieur de la cuisse, qui peut assez facilement être isolé des autres faisceaux musculaires; on stimule la contraction en galvanisant le nerf, et l'on retire le sang des vaisseaux qui le renferment à l'aide d'une seringue munie d'un bout à pointe fine : il ne suffirait pas, en effet, de pratiquer une phlébotomie ordinaire pour recueillir le sang, car, au contact de l'air, ce liquide

subirait une oxygénation partielle. Ces précautions étant observées, on constate, ainsi que nous vous l'avons dit dans la leçon précédente: 1° que, pendant la contraction du muscle, il existe une proportion plus considérable d'acide carbonique et moins d'oxygène qu'à l'état de repos ; 2» que, lorsque l'on compare le sang artériel au sang veineux, la quantité d'acide carbonique que renferme ce dernier ne répond pas exactement à la quantité d'oxygène qui a disparu : il est donc assez probable que la transformation ne s'opère pas directement, mais qu'il existe des produits intermédiaires. Des résultats inverses seront obtenus lorsqu^on aura pratiqué l'opération sur des glandes ; c'est en effet pendant leur période de repos que se manifeste l'état veineux du sang. Le procédé opératoire s'exécute d'une manière analogue.

Passons à un autre sujet. Il me reste encore, messieurs, à vous donner la preuve expérimentale des faits que nous avions avancés, au sujet du diabète, dans la séance précédente.

Voici un lapin cbez lequel nous avons piqué le plancher du quatrième ventricule. 11 se trouve en partie paralysé, comme vous le voyez; il est tombé sur le flanc, et presque tous les mouvements sont abolis dans le tronc et les membres. Mais cet accident, qui n'est pas une suite nécessaire de l'opération, tient à ce qu'il est assez difticile de ne pas provoquer une légère hémorrhagie sur le point lésé : on voit alors une paralysie des mouvements volontaires se manifester en même temps que la glycosurie.

Nous avons recueilli les urines de l'animal avant et

après l'opération. Nous allons les traiter par le tartraie cupro-potassique dans l'un et l'autre cas.

Vous voyez qu'il se produit une réaction manifeste avec les urines recueillies après l'opération, tandis que celles qu'on avait recueillies avant ne donnent lieu à aucun précipité.

Je vous ai encore dit, messieurs, qu'en piquant les animaux pour les rendre diabétiques, on produit une riche vascularisation abdominale : les intestins deviennent rouges, injectés ; une certaine quantité de lymphe s'épanche, dans le péritoine en même temps et la sécrétion rénale acquiert une abondance inusitée. C'est ce que vous pouvez voir par l'autopsie de cet animal, que nous pratiquons devant vous.

DIX-HUITIÈME LEÇON

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