RATIONALISME ET EMPIRISME
grande prédominance aux vues de l’esprit, quelques-uns, ainsi que nous venons de le dire, se sont bornés à tirer de leurs expériences, par une trop grande précipitation 4e jugement, des conséquences qu’elles ne renfermaient pas; mais il en est d’autres aussi qui sont partis ouvertement d’idées à priori, auxquelles ils ont voulu ramener les faits d’observation et d’expérimentation qui justifiaient plus ou moins leurs idées, en écartant ceux qui ne concordaient pas avec elles.
Descartes, par exemple, en abordant l’étude des sciences expérimentales, y apporta les mêmes idées qui lui avaient si bien réussi en philosophie. Il fit de la physiologie comme il avait fait de la métaphysique ; il posa un principe philosophique pour y ramener les faits scientifiques, au. lieu de partir des faits pour y attacher à posteriori des idées qui n’en fussent en quelque sorte que la traduction. Il en résulta que Descartes, tout en tenant compte des expériences physiologiques connues de son temps, exposa une physiologie de fantaisie et à peu près imaginaire.
L’école de la philosophie de la nature, qui régnait au commencement de ce siècle en Allemagne, et qui donnait à l’esprit une prédominance beaucoup trop grande dans l’interprétation des phénomènes du monde extérieur, a engendré, par réaction, toute une génération de savants sceptiques et empiriques, qui n’ont plus voulu entendre parler que des faits bruts. Les excès du raisonnement dans les sciences provoquèrent ainsi l’apparition de savants et d’expérimentateurs purement empiriques, qui ont voulu exclure tout raisonnement de la méthode ex-
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périmentale, et ne plus voir dans la science qu’un accumulation de faits bruts, dont le seul assemblage devait mettre la signification en évidence.
En France, parmi les physiologistes et les médecins, Magendie a été un de ces expérimentateurs absolument empiriques. 11 ne voulait mêler aucune trace de raisonnement à l’observation ni à l’expérimentation ; il faisait ses expériences pour voir et sans idées arrêtées. D’après lui, les raisonnements ne pouvaient que nous tromper ou nous égarer, et il prétendait que les faits s’interprétaient d'eux-mêmes par leur seul rapprochement. Pour exprimer l’état de son esprit, Magendie avait l’habitude de dire : « Quand j’expérimente, je n'ai que des yeux et des oreilles ; je n’ai point de cerveau. »
Si l’on se demande maintenant quel genre d’influence peuvent avoir sur la marche de la science les diverses manières de procéder que nous venons d’indiquer, on verra que les unes et les autres sont nuisibles par leur excès.
Les hommes qui, partant des faits d’observation ou d’expérimentation, en exagèrent les conséquences par une trop grande généralisation, sont des créateurs de systèmes. A.u fond de tous les systèmes, on trouve en effet dès observations ou des expériences; mais le raisonnement, dépassant la limite des faits connus, a créé un système qui finit par s’écrouler devant d’autres expériences. C’est ainsi que nous voyons l’expérimentation de l’esprit de système se succéder alternativement depuis Qalien jusqu’à nos jours. Après chaque grande découverte physiologique, on a construit sur elle un système