‹ Leçons de pathologie expérimentale et leçons sur les propriétés de la moelle épinièreChapitre 99 sur 154 · OBSERVATION ET EXPÉRIENCE · texte numérisé non relu

OBSERVATION ET EXPÉRIENCE

devenue impossible ou insuffisante. La détermination des circonstances dans lesquelles on obtient les phénomènes me paraît donc le seul caractère qui les rattache soit à l’expérience, soit à l’observation. Nous ne pouvons que regarder les uns, tandis que nous pouvons faire apparaître ou disparaître les autres, suivant notre volonté. Ce dernier caractère appartient en propre aux sciences expérimentales, qui se rendent maîtresses des phénomènes.

Telle est, selon moi, la seule distinction scientifique à établir entre l’observation et l’expérience. Quant à la manière de raisonner sur les observations et sur les expériences, elle est absolument la même dans les deux cas ; car, de part et d’autre, ce sont des phénomènes dont il faut étudier le mécanisme, et des faits dont il s’agit de découvrir la cause.

De tout temps on a cherché à remonter aux causes ; mais c’est seulement depuis la création des sciences expérimentales qu’on emploie la méthode expérimentale pour analyser les phénomènes et dissocier leurs diverses conditions, afin de reconnaître dans la succession des faits celui qui joue le rôle de cause par rapport aux autres. Auparavant on se formait sur la nature des phénomènes des idées purement spéculatives, c’est-à-dire qu’on imaginait des hypothèses représentées par des mots sur lesquels la scolastique établissait ensuite ses discussions absolument stériles.

Galilée est un des principaux promoteurs de la méthode expérimentale. Bacon a vulgarisé cette méthode et l’a élevée au rang d’une, véritable philosophie scientifique. Descartes est venu ensuite ; il a dit également qu’il

fallait mettre des faits à la place des mots, et fonder ses opinions sur l’observation et sur l’expérience. Enfin Newton a insisté sur ce point capital, qu’il fallait déduire les théories des. faits , et non ramener les faits à des idées théoriques préconçues.

Dans la méthode expérimentale, on doit donc toujours partir des faits ; mais, bien qu’on s’appuie avant tout sur l’observation et sur l’expérience, il faut aussi faire usage de son esprit et raisonner sur les phénomènes. De sorte qu’il y a deux parts à faire dans la méthode expérimentale: d’un côté, l’art d’observer les faits dans des conditions exactes et bien déterminées ; de l’autre, l’art d’appliquer le raisonnement à ces faits pour les rattacher à leurs conditions d’existence.

Il est sans doute fort difficile de bien observer les faits; mais cependant le grand écueil de la méthode expérimentale n’est point là; il existe surtout dans l’entraînement de l’esprit qui égaré l'expérimentateur au delà de ce qu’il a vu. Une fois sur cette pente, le savant, bien qu’il s’appuie sur des faits exacts, en déduit des conséquences trop générales., qui deviennent de, plus en plus incertaines à mesure qu’il s’éloigne de son point de départ. Il faut donc, pour éviter autant que possible cette erreur, ne marcher que de fait en fait, en n’avançant jamais une interprétation sans la soumettre aussitôt au critérium de l’expérience.

Parmi les savants et les philosophes, il en est qui ont péché par excès de raisonnement, d’autre par un excès contraire.

Parmi ceux qui, dans la science, ont donné une trop

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