‹ Leçons de pathologie expérimentale et leçons sur les propriétés de la moelle épinièreChapitre 117 sur 154 · EMPIRISME ET RATIONALISME · texte numérisé non relu

EMPIRISME ET RATIONALISME

-sion d’un déterminisme scientifique ; elles ne pouvaient être que des résultats empiriques.

Comment, en effet, admettre qu’un poison qui arrête immédiatement le cœur de la grenouille n’arrête pas' celui du crapaud? C’était évidemment conclure que ces deux cœurs avaient une nature différente, puisqu’ils possédaient des propriétés tellement distinctes, que ce qui était poison pour l’un ne l’était pas pour l’autre. Or , sur deux animaux si rapprochés par leur nature, une pareille -conclusion était absolument irrationnelle et antiscientifique ; et s’il y avait de pareilles différences entre deux animaux aussi voisins à tous égards que le crapaud et la grenouille, quel sens pourraient donc conserver, relativement à la physiologie de l’homme, les expériences faites sur des animaux assurément bien plus différents de lui?

Au lieu du déterminisme que nous cherchons et qui peut seul constituer la science, nous arriverions ainsi à un indéterminisme absolu. La science cesserait d’être possible, et les mots eux-mêmes n’auraient plus de sens. £}ue signifierait-il, en effet, de parler de fibres musculaires, si cette expression englobait des éléments jouissant de propriétés absolument différentes par leur nature physiologique? Si un pareil résultat était jamais acquis, les professeurs de physiologie n’auraient qu’à donner leur démission, car la science qu’ils poursuivent ne serait •qu’une chimère.

Je répétai donc les expériences de M. Yulpian sur le crapaud ; je les repris en me plaçant exactement dans les mêmes conditions que l’auteur, et j’obtins en effet les

résultats qu’il avait annoncés. Comme lui, j’inoculai au crapaud la même quantité de venin avec laquelle on tue la grenouille à coup sûr, et le crapaud ne mourut pas • mais en forçant la dose de venin, j’arrivai à empoisonner le crapaud tout aussi bien que la grenouille.

Le crapaud pouvait donc être empoisonné par son propre venin comme la grenouille, mais il fallait pour cela une quantité de venin plus considérable. Yoilà toute la différence. Sans doute, ceci est encore bien une différence, mais c’est une différence d’un tout autre ordre, et qui n’a plus les mêmes conséquences que celle qui découlait des conclusions de M. Yulpian : au lieu d’être une différence dans la nature des propriétés, c’est une simple différence de degré. Les éléments anatomiques doivent nécessairement avoir des propriétés identiques par leur nature dans toute la série animale. Si l’on trouvait, par exemple, qu’une certaine fibre musculaire n’a pas toutes les propriétés essentielles des autres fibres, ou en possède de spéciales que celles-ci n’ont pas, il faudrait cesser de la considérer comme une fibre musculaire pour en faire un élément organique distinct. Mais de ce que les propriétés d’un élément anatomique doivent rester partout identiques par leur nature, il n’en résulte pas quelles soient nécessairement identiques par leur intensité. Ceci n’est plus du tout la même chose, et nous savons très bien, au contraire, que l’intensité de ces propriétés varie beaucoup, non seulement d’un animal à un autre, mais aussi chez le même animal, sous l’influence d’une foule de causes diverses. La dose d’une substance active quelconque qui est capable de produire un certain effet peut

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