HISTOIRE DE ^EXPÉRIMENTATION
ne peut tomber malade et mourir qu’en vertu des lois mêmes qui le faisaient vivre en bonne santé.
La physiologie et la médecine expérimentale, étudiant des phénomènes de même nature, doivent donc procéder analytiquement d’une manière identique. Mais l’analyse de l’organisme ne pouvait être que progressive ; il était impossible d’arriver du premier coup aux grandes délicatesses sans avoir d’abord pour ainsi dire dégrossi le sujet et séparé les parties principales, qu’il était plus facile de distinguer les unes des autres. Les premières expériences devaient donc nécessairement être fort grossières : on a commencé par opérer sur les organes en masse; plus tard, on est arrivé aux tissus, et l’on a poussé enfin jusqu'aux éléments organiques, car il était impossible de débuter par des expériences perfectionnées avant d’avoir passé par des expériences imparfaites.
L’origine de l’expérimentation physiologique remonte très loin. On la trouve déjà chez les Grecs; Galien nous en a laissé un assez grand nombre d’exemples. Ses expériences consistaient généralement à supprimer des organes pour examiner les troubles qui en résultaient, et conclure ainsi aux fonctions des organes enlevés. Par exemple, il avait coupé les nerfs laryngés et vu leur influence sur la voix. Galien, et avant lui Erasistrate, savaient également qu’une piqûre entre l’occipital et l’atlas déterminait la mort; seulement ils l’attribuaient, dans ce cas, à la lésion des membranes cérébrales, etc. Plus tard, appuyé sur les travaux des anatomistes italiens, et surtout de son maître, Fabrice d’Acquapendente,
Harvey découvre la circulation du sang et étudie son mécanisme. vOn n’en est encore qu’aux organes. pius tard encore, on avance un peu plus, on fait la topographie du système nerveux et Ton détermine l’ensemble de ses prooriétés ; puis on distingue les nerfs en deux classes, les nerfs moteurs et les nerfs sensitifs, avec des propriétés toutes différentes ; enfin on distingue ces nerfs sensitifs de divers genres par les fonctions qu’ils remplissent, les nerfs des sens spéciaux par exemple. Par une analyse de plus en plus profonde, on a, plus récemment encore, distingué de nouvelles catégories de nerfs, tels que les nerfs vaso-moteurs, etc.
L’anatomie suit une marche parallèle. On a débuté par l’anatomie topographique et par l’anatomie descriptive, qui examinent les organes dans leur ensemble et par systèmes. Plus tard arrive l’anatomie générale, qui détermine les tissus dont sont formés tous les organes, et qui devient enfin l’histologie, en découvrant, par l’analyse de ces tissus, les éléments organiques qui les constituent.
Ainsi, de progrès en progrès, d’analyse en analyse, Fanatomie et la physiologie en sont arrivées maintenant aux éléments organiques eux-mêmes. Tel est l’état actuel de la science. Pour ne pas rester en arrière de son temps, il faut donc aujourd’hui, toutes les fois qu’on étudie un phénomène, chercher à parvenir jusqu’aux éléments organiques dans lesquels il réside. C’est là que doit être l’objectif final du travail scientifique. Tous les phénomènes de la vie s’accomplissant dans les éléments organiques, les agents extérieurs ne peuvent agir sur l’orga-