‹ Leçons de pathologie expérimentale et leçons sur les propriétés de la moelle épinièreChapitre 125 sur 154 · LABORATOIRES DE PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

LABORATOIRES DE PHYSIOLOGIE

dans ce but les éléments les plus divers : elle se servira de toutes les sciences, tantôt l’anatomie ou l’histologie, tantôt la physique ou la chimie.

Il faut par conséquent, dans un laboratoire physiologique, réunir ces trois points de vue, ces trois bases indispensables de la science de la vie : la vivisection, la physico-chimie, l’histologie. Le plus souvent chaque recherche en particulier exige la combinaison de ces trois ordres distincts de connaissances. Ainsi, quand on veut étudier par exemple la digestion, il faut d’abord savoir comment on pénètre dans le canal digestif d’un animal vivant pour observer ce qui s’y passe et en retirer les liquides digestifs qui doivent être l’objet des expériences ; puis il faut opérer des digestions artificielles avec ces liquides, et examiner les phénomènes chimiques qui se produisent; enfin il est nécessaire d’observer au microscope les modifications intimes des aliments et des tissus qui accompagnent l’exercice de cette grande fonction.

Le laboratoire de M. Ludwig est donc parfaitement organisé, puisqu’il satisfait à cette triple exigence : aussi est-ce le même point de vue et un plan analogue que je chercherai à appliquer dans l’institut physiologique qu’on m’a promis d’établir auprès de ma chaire de physiologie générale au Muséum d’histoire naturelle. Le cours que je fais ici, au Collège de France, est une sorte de préparation aux études pratiques de cet institut, en attendant qu’elles aient pu commencer. Et il ne faut pas oublier qu’on ne fait pas de savants dans les cours, on n’en fait que dans les laboratoires.

Les progrès de la physiologie sont donc intimement liés aux progrès des laboratoires dans lesquels seront réunies les trois parties que nous indiquions tout à l’heure comme en formant les éléments essentiels. Le perfectionnement de l’art des vivisections est surtout très important, parce que c’est aujourd’hui en physiologie le moyen de recherches le plus indispensable et le plus universel. Malheureusement les vivisections sont souvent très difficiles, et l’on ne peut y réussir sans une grande habileté et une bonne méthode. Aussi avonsnous l’intention de nous en occuper d’une manière toute spéciale.

Maintenant que la physiologie est tout à fait installée chez elle, à l’étranger, et qu’elle va l’être également en France, bientôt je l’espère, nous devons examiner quels sont pratiquement la méthode et les moyens qu’elle doit employer pour se perfectionner, et les procédés expérimentaux auxquels elle a recours.

La première chose à faire, c’est d’abord, avons-nous dit, d’observer aussi exactement que possible sur le vivant les phénomènes qu’on veut étudier. Il faut faire l’anatomie sur le vivant, c’est-à-dire la vivisection, pour voir les organes fonctionner pendant la vie même, et non plus seulement lorsque la mort les a réduits au repos. Enfin après avoir tiré de l’anatomie cadavérique tout ce qu’elle peut donner, il faut entreprendre sur le vivant des expériences qui permettent de saisir les phénomènes eux-mêmes.

La première question qui se présente quand on veut commencer des expériences relatives aux fonctions des

EXPÉRIMENTATION SUR l’hOMME.

êtres vivants, c’est le choix des animaux sur lesquels on fera ces expériences. Certaines personnes ont soutenu que pour obtenir des résultats qui fussent applicables à l’homme, — et n’oublions pas que c’est là notre but principal, — il fallait absolument opérer sur l’homme lui-même. Aujourd’hui encore, lorsqu’on parle à bien des médecins d’expériences sur des grenouilles, ils répondent sans hésiter que cela peut être intéressant au point de vue de la grenouille, mais que c’est absolument sans valeur pour la physiologie de l’homme. Comme l’expérimentation sur les animaux est le fondement même de toute la science biologique actuelle, physiologie normale en médecine expérimentale, il ne faut pas laisser subsister le moindre doute sur la solidité de ce fondement, et il est indispensable d’examiner brièvement la question.

Celse avait déjà soulevé cette difficulté; il s’était demandé s’il fallait faire des expériences sur l’homme, et même, d’une manière générale, s’il fallait faire des expériences sur le vivant. L’idée d’expériences sur l’homme lui-même inspirait alors moins de répugnance qu’elle n’en soulèverait aujourd’hui, parce qu’il y avait à cette époque des esclaves, qui étaient bien des hommes comme les autres au point de vue physique, mais qui n’étaient pas traités tout à fait de mêmé au point de vue légal, et dont les souffrances n’inspiraient ni les mêmes sentiments, ni les mêmes scrupules, par suite de l’habitude où l’on était de s’en servir librement comme d’un animal domestique (1).

(1) C’est ainsi, par exemple, — sans parler du droit de vie et Si mort que

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Aussi fit-on quelquefois des expériences sur des esclaves dans l’antiquité, et Celse lui-même rappelle qu’Érasistrate, le petit-fils d’Aristote, en avait exécuté plusieurs. Dans les opérations chirurgicales et dans les cas de blessures profondes, le médecin ne se faisait pas non’ plus scrupule de prolonger les souffrances, du malade, pour faire à ses élèves quelques démonstrations d’anatomie humaine d’autant plus utiles à leur instruction, qu’on né disséquait pas alors de cadavres humains et qu’on n’étudiait l’anatomie que sur les singes.

Quoi qu’il en soit, il est très remarquable que Celse ait pensé à se poser cette question ; mais il la résout d’une manière inattendue, en déclarant qu’il ne faut faire aucune espèce d’expérience sur les êtres vivants, ni sur l’homme ni sur les animaux. Ce ne sont pas du reste des raisons de sentiment ou de morale qui lui inspirent cette conviction ; il en donne un motif scientifique, c'est que la souffrance de l’être que l’on mutile peut altérer les phénomènes ordinaires de la vie et entraîner ainsi à de graves erreurs.

Sans doute la réponse de Celse est sérieuse; l’expérimentation sur les êtres vivants est entourée de nombreuses difficultés; mais c’est au physiologiste à savoir se conduire au milieu de ces difficultés, à débrouiller le

ne disparut qu’assez tard, ni des cruels châtiments corporels qui restèrent toujours en usage, — qu’on torturait tous les esclaves lorsque le maître était accusé d’un crime, et que bien souvent un citoyen, pour purger les ; soupçons qu’on répandait contre lui, offrait spontanément ses esclaves à la ( torture. On s’en servait donc comme d’une matière inerte pour résoudre une question légale ; n’était-il pas aussi naturel de s’en servir de la même manière pour résoudre une question scientifique P

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