‹ Leçons de pathologie expérimentale et leçons sur les propriétés de la moelle épinièreChapitre 126 sur 154 · EXPÉRIMENTATION SUR L* HOMME · texte numérisé non relu

EXPÉRIMENTATION SUR L* HOMME

chaos qui se présente à son observation, à distinguer ce qui est sûrement un phénomène normal de l’organisme, et ce qui pourrait être un produit artificiel de l’expérience elle-même. C’est une tâche difficile sans doute ; mais il faut bien l’accepter, puisqu’il n’y a moyen de rien apprendre autrement.

Quant aux expériences sur l’homme, nous venons de dire qu’on en avait essayé quelquefois dans l’antiquité. On en a fait aussi au moyen âge, et même au commencement des temps modernes (1).

k des époques plus récentes, on a fait encore des expériences sur l’homme, mais des expériences innocentes ; ainsi on a fait avaler des œufs de vers intestinaux à des condamnés à mort, ou même à des phthisiques qui devaient certainement mourir de leur maladie au bout d’un temps très court, afin d’étudier ensuite l’évolution de ces vers en faisant l’autopsie du patient. Bien des fois aussi on a fait des observations et des expériences de divers genres sur des suppliciés, peu de temps après la mort. Il est clair que tout cela ne peut avoir d'inconvénients. Mais aujourd’hui la morale condamnerait avec raison, d’une façon absolue, toute expérience sur l’homme, qui pourrait nuire au patient ou qui n’aurait pas pour but son utilité directe et immédiate.

Puisque nous ne devons pas opérer sur l’homme, c’est donc sur les animanx qu’il faut expérimenter. Mais ici même

(1) Par exemple, lors que Henri II eut reçu dans un tournoi, de son capitaine des gardes Montgommery,le coup de lancé dans l’œil qui le fit mourir en quelques heures, ses médecins prirent quatre accusés de crimes capitaux qu’ils soumirent à la même blessure, afin de pouvoir l’étudier à leur aise.

on a voulu arrêter encore la physiologie au nom du sentiment. La question des vivisections a passionné autrefois bien des gens, et donné lieu quelquefois aux idées les plus inexactes. Il n’y a pas encore un bien grand nombre d’années que les physiologistes expérimentateurs passaient pour des hommes à part dont on ne comprenait pas les sentiments et qu’on aurait presque redoutés. Je me souviens qu’ici même, du temps de Magendie, les expériences physiologiques étaient vues du plus mauvais œil.

Il est certain que la vivisection a soulevé et soulève; encore beaucoup de préjugés sans fondements sérieux,, parce qu’on ne se rend pas assez compte de ses motifs, de son but, de ses résultats et des conditions dans lesquelles elle s’exerce. On oublie trop d’abord que chaque science, chaque ordre de choses a son point de vue distinct, lequel n’est pas toujours parfaitement d’accord avec d’autres points de vue spéciaux. Est-ce à dire qu’il faudra, dans un ordre de choses donné, sacrifier le point de vue qui leur est propre à un point de vue qui leur est étranger? Non assurément, car il n’y aurait plus rien alors qui pourrait se développer suivant ses lois (1).

Or, même en se plaçant au point de vue du sentiment,, quel avantage trouverait- on à supprimer les expériences en physiologie ? N’oublions pas qu’elles sont la base, la

(1) Dans une de ses campagnes, le duc de Bourgogne, fils du grand Dauphin, écrivit à Fénelon pour lui demander s’il pouvait faire camper son armée à côté d’un monastère de femmes, malgré les inconvénients d’un tel voisinage au point de vue de la morale, en ajoutant que le choix de ce campement était, du plus grand intérêt pour le succès de ses opérations militaires. « Brûlez,, s’ille faut, le monastère, lui répondit Féneion, et gagnez la bataille. «Fénelon.

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