PRINCIPES DE BIOLOGIE EXPERIMENTALE
priétés des éléments organisés qui leur donnent naissance. Or, les propriétés des tissus vivants peuvent parfaitement être saisies et scrutées. Leurs manifestations vitales sont liées à des conditions physico-chimiques précises, aussi rigoureuses que celles qui règlent les phénomènes de la nature inorganique. Nous pouvons par conséquent les observer, les mesurer, les calculer et leur appliquer les procédés d’investigations de la méthode expérimentale.
Cette proposition n’est point, de ma part, une pure assertion ou la simple déduction logique d’une vue de l’esprit. J’en ai amplement, je crois, démontré l’exacti- .tude, soit ici dans mon enseignement, soit dans un ouvrage que j’ai publié comme introduction à l’étude de la médecine expérimentale (1).
Il n’y a donc aucun doute pour nous sur cette question d’application de la méthode expérimentale aux investigations physiologiques et pathologiques. Nous reconnaissons que les phénomènes des corps vivants doivent être distingués par leur nature des phénomènes des corps bruts ; mais nous admettons que la méthode expérimentale leur est commune. Ce sont, en effet, toujours les mêmes préceptes qui doivent diriger l’expérimentateur dans ses études analytiques, parce que nulle part il n’y a d’effets sans cause, et que tout phénomène, quelle que soit son espèce, présente un déterminisme nécessaire que la méthode expérimentale seule peut nous faire connaître.
En un mot, je le répète, les sciences des êtres vivants
(1) Introduction à l’étude de la médecine expérimentale. Paris, 1865.
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sont appelées à devenir expérimentales comme celles des corps bruts, et je crois que par son évolution naturelle la médecine tend nécessairement à l’état expérimental.
Dans l’évolution de toutes les sciences, la période d’expérimentation apparaît la dernière : c’est la période scientifique la plus élevée, qui représente en quelque sorte la science devenue adulte. Alors le savoir a acquis toute sa puissance, et la théorie guide la pratique d’une manière certaine, ainsi que nous le voyons déjà dans les sciences expérimentales les plus avancées, comme la physique, la chimie. Or, il en sera de même pour la médecine expérimentale, et lorsqu’on connaîtra expérimentalement les lois et les conditions d’existence des phénomènes vitaux, on possédera des théories qui seront capables de diriger le médecin dans sa pratique d’une manière rigoureuse. C’est vers la réalisation de cet avenir de la médecine que tendent tous nos efforts .
Mais, dira-t-on, avant d’en arriver là, il faut que la théorie médicale que vous cherchez soit constituée ; car, en science expérimentale, la théorie doit nécessairement précéder la pratique, puisqu’elle la dirige. Pour la physique et pour la chimie, ajoutera-t-on, on a pu laisser les théories scientifiques s’édifier avant d’en venir aux applications ; mais en médecine il en est tout autrement : le médecin doit agir toujours et immédiatement. Il ne peut pas dire à son malade qu’il attendra pour essayer de le guérir que la science expérimentale soit faite. Il n’y a donc pas lieu, continuera-t-on, de rapprocher, sous ce rapport, la médecine des sciences physicochimiques^