‹ Leçons de pathologie expérimentale et leçons sur les propriétés de la moelle épinièreChapitre 38 sur 154 · PROPRIÉTÉS DE IA MOELLE ÉPINIÈRE · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉS DE IA MOELLE ÉPINIÈRE

une aiguille de cataracte très fine, sans rencontrer quelques petites origines de nerfs sensibles ; ce n’est donc qu’à la condition d’opérer par arrachement que l’on peut arriver à démontrer cette propriété négative. Mais, dira-t-on, le centre nerveux est sans doute désorganisé par une opération qui consiste à arracher les filets nerveux qui naissent au sein même de l’axe médullaire. Il est cependant aisé de démontrer le contraire ; car, en agissant sur les membres postérieurs, dont les racines émanent d’un point situé au delà de cette lésion, la sensation est parfaitement bien perçue ; ce qui démontre évidemment que la moelle épinière n’est point désorganisée, et jouit encore, en entier, de l’intégrité de ses fonctions de transmettre la sensibilité.

Nous avons pratiqué ce matin, sur le chien que je vous présente, l’arrachement de quatre paires des racines postérieures, d’un seul côté ; et, comme vous allez bientôt le voir, le côté dépouillé de ses fibres postérieures est complètement privé de sensibilité, tandis que le côté opposé jouit d’une sensibilité normale.

On pratique l’expérience en portant une pointe acérée sur les cordons postérieurs de la moelle du côté mutilé, aucune sensation ne se produit : tandis qu’à la moindre excitation du côté opposé, l’animal manifeste une sensibilité très vive et pousse des cris de douleur.

Mais il existe un autre procédé qui permet de démontrer que la moelle épinière n’est pas la continuation des racines nerveuses qui en émanent. En effet, s’il en était ainsi, la section des cordons postérieurs amènerait une paralysie complète de la sensibilité, et l’on avait admis

pendant longtemps qu’il en était réellement ainsi. Mais il est aujourd’hui démontré que le contraire a lieu, et que la section des cordons postérieurs d’un seul côté, loin de déterminer une sensibilité complète, comme celle qui résulte de la section des racines, produit au contraire une hyperesthésie des mieux caractérisées , accompagnée d’une augmentation de température assez considérable. Ces expériences sont déjà assez anciennes. Stannius avait démontré qu’en coupant d’un seul côté la moelle épinière d’un batracien, il ne se produisait aucune paralysie dans les membres correspondants, il est bien entendu qu’une: section transversale complète abolit complètement la motilité et la sensibilité. Mais il était réservé à Türck et à M. Brown-Séquard de prouver que non seulement la sensibilité n’était point abolie, mais encore qu’elle se trouvait fortement augmentée. M. Brown-Séquard attribue ces résultats à un entre-croisement, une décussation des fibres de la moelle ; la sensibilité demeurerait normale du côté lésé, mais elle s’affaiblirait du côté opposé. Türck a prouvé que, la sensibilité restant toujours la même du côté sain, il y avait une hyperesthésie très réelle du côté mutilé. Dans le but de parvenir à cette démonstration, il fait usage d’un procédé très ingénieux, qui permet de mesurer avec beaucoup d’exactitude la sensibilité relative d’un membre ; c’est un vrai dynamomètre, au point de vue de l’intensité des sensations. La peau de la grenouille possède la propriété de reconnaître parfaitement la présence des acides dans l’eau où elle est plongée.. On ajoute donc une faible proportion d’acide acétique ou sulfurique à un verre d’eau ; on y trempe les pattes pôs-

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