‹ Leçons de pathologie expérimentale et leçons sur les propriétés de la moelle épinièreChapitre 42 sur 154 · HYPERESTHÉSIE NERVEUSE · texte numérisé non relu

HYPERESTHÉSIE NERVEUSE

un point parfaitement circonscrit, vers la région dorsale, et qui n’avait laissé subsister qu’un mince faisceau de substance médullaire ; or, ce n’était point là, selon toute apparence,, un ramollissement cadavérique, car l’ensemble de l’organe n’était point affecté, et la lésion ne siégeait que sur un point nettement limité. Il y avait donc une interruption presque complète des communications entre les centres nerveux supérieurs et la partie inférieure du corps : et cependant les mouvements volontaires avaient persisté. Comment expliquer cette contradiction apparente, si ce n’est en invoquant les faits que nous venons de signaler?

Le grand sympathique est soumis à la même loi que le système cérébro-spinal par rapport à l’augmentation de ses propriétés, quand il a été divisé. Si vous excitez le plexus solaire, aucun effet ne se trouvera produit par rapport aux nerfs moteurs qui se distribuent aux membres : mais, en plaçant le système de la vie organique dans des conditions spéciales, on peut le rendre tellement excitable que le pincement d’un de ses ganglions amène sur-lechamp des convulsions générales. Rien n’est plus remarquable, par exemple, que l’influence exercée par la section complète du pneumogastrique sur le grand sympathique : c’est alors qu’il acquiert ces propriétés nouvelles, qui, au premier abord, paraissent étrangères à tout ce qui existe à l’état normal. Ces phénomènes ont été étudiés par quelques observateurs : cependant, il reste beaucoup de recherches à faire à ce sujet.

M. Brown-Séquard, après avoir paralysé des cochons d’Inde en leur coupant la moelle épinière, a réussi à exci-

ter chez eux des convulsions générales, auxquelles les membres paralysés participaient aussi bien que les autres • il fallait pour cela placer les animaux dans un état d'asphyxie, soit par la strangulation, soit en leur fermant les orifices respiratoires. Cet habile expérimentateur attribue ces phénomènes à la présence d’un excès d’acide carbonique dans le sang. Je ne partage pas son opinion, car, en faisant mourir les animaux par hémorrhagie, j’ai vu les mêmes symptômes se produire, et cependant il ne s’était point accumulé d’acide carbonique dans le sang. Il faudrait, je crois, plutôt chercher l’explication de ces phénomènes étranges dans un état particulier survenu dans les nerfs de la vie organique ou du système cérébro-spinal.

SEPTIEME LEÇON

DES PROPRIÉTÉS DES NERFS SOUMIS A UNE SECTION COMPLÈTE (suite).

SOMMAIRE : Récapitulation des principales expériences qui démontrent l'augmentation de l’excitabilité dans les nerfs coupés. — Hypéresthésie. — Action du galvanisme. — Action des médicaments et des poisons. — Action du curare. — Les agents médicamenteux, introduits dans l’économie, dirigent habituellement leur action plus spécialement sur les organes * malades. — L’influence des nerfs sur la contractilité des vaisseaux explique cette affinité élective. — Comment les tissus des animaux inférieurs peuvent-ils acquérir les propriétés qui caractérisent les animaux supérieurs, et réciproquement ? — Effets des poisons chez les animaux dont les nerfs ont été coupés. — Expériences diverses.

Messieurs,

Nous venons d’établir devant vous que les propriétés d’un nerf séparé du centre dont il émane acquièrent une intensité qu’elles étaient loin de posséder à l’état physiologique. Or, la propriété caractéristique d’un nerf moteur étant d’exciter les contractions musculaires, cette faculté spéciale doit évidemment augmenter dès que le nerf est plus ou moins isolé de son origine ; c’est ce que nous allons encore vous démontrer expérimentalement.

Il s’agit donc pour nous de prouver qu’un nerf est plus excitable, dans de pareilles conditions, qu’il ne l’était auparavant ; or nous possédons une foule de moyens pour l’établir. On ne peut d’abord employer l’appareil de M. Du-

Bois-Reymond, et montrer, comme nous l’avons fait à la dernière séance, qu’un courant trop faible pour stimuler l’activité physiologique d’un nerf sain suffit parfaitement pour agir sur lui lorsqu’il a été divisé ; on peut ainsi obtenir l’effet que l’on cherche à produire, soit en augmentant l’intensité du courant, soit en interrompant la continuité du nerf. Yoilà donc un premier mode de démonstration ; mais on peut également prouver l’existence du phénomène singulier par un autre procédé. Lorsqu’on étudie l’effet de la galvanisation par un courant continu sur les nerfs sains', on s’aperçoit qu’au moment où l’on ferme le circuit, une contraction se produit; puis le muscle demeure en repos, et, quand on ouvre le courant, rien de nouveau ne se produit. Mais quand le nerf est divisé, la contraction se manifeste aussi bien à l’ouverture qu’à la fermeture du courant.

On pourrait trouver ces preuves suffisantes pour établir la vérité de nos assertions ; mais il faut, autant que possible, accumuler les démonstrations autour d’un fait. Nous allons donc vous présenter des preuves d’un ordre différent, et qui méritent une attention spéciale, parce qu’elles se rattachent plus directement aux phénomènes pathologiques.

Yoici une grenouille chez laquelle le nerf sciatique a été divisé d’un seul côté; il est donc plus sensible aux impressions extérieures que celui du côté opposé, comme nous venons de le voir ; mais nous allons vous démontrer qu’il est en même temps beaucoup plus sensible aux actions médicamenteuses et toxiques. Nous ferons usage du curare dans cette expérience, et, en comparant les

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