‹ Leçons de pathologie expérimentale et leçons sur les propriétés de la moelle épinièreChapitre 45 sur 154 · DES CONDITIONS EXPÉRIMENTALES · texte numérisé non relu

DES CONDITIONS EXPÉRIMENTALES

tions communes. Nous avons empoisonné des grenouilles dans le but de vous convaincre que les propriétés du nerf disparaissaient plus promptement du côté mutilé que du côté sain. L’expérience n’a pas réussi à l’amphithéâtre ; nous l’avons immédiatement répétée dans le laboratoire après le cours avec un plein et entier succès. Cette différence tenait, comme je l’avais prévu, aux conditions de la température qui modifient beaucoup la marche des empoisonnements chez les animaux à sang froid ; elle tenait aussi à la grande faiblesse du courant galvanique que nous avions employé. Mais nous allons répéter le fait immédiatement sous vos yeux, afin de vous convaincre que les expériences bien faites donnent toujours les mêmes résultats en physiologie aussi bien que dans les sciences physico-chimiques; seulement, il faut redoubler de précautions, parce que les conditions sont plus mutiples, plus complexes et plus difficiles à fixer.

On abuse du mot exception , en médecine ; d’une manière absolue, il n’y a point d'exceptions, c’est-à-dire qu’il n’y a point de faits contraires à la loi qui doit toujours être générale. Le plus souvent, il s’agit de différences d’intensité dans la manifestation des phénomènes, et c’est l’imperfection de nos connaissances qui nous obligé à regarder comme des exceptions les faits dont nous n’apercevons pas bien clairement les relations ou le mécanisme. Car il reste bien entendu que, dans des conditions identiques, des phénomènes toujours identiques se produisent; contester ce principe, ce serait nier la science elle-même.

Mais ce n’est pas seulement à l’état pathologique pro-

PÀTHÔLO GIE EXPÉRIMENTALE .

duit par des mutilations, que les individus diffèrent les uns des autres, il en est aussi de même à l’état que l’on considère comme la santé ; c’est ainsi qu’à l’aide d’un appareil électrique gradué, nous pouvons constater que chez des grenouilles parfaitement saines l’excitabilité musculaire peut varier dans certaines limites. Chez une grenouille vigoureuse, il faut toujours un courant plus énergique pour exciter les nerfs et stimuler les contractions musculaires que chez un animal affaibli. Il existe donc des conditions générales qui paraissent exercer ici une action analogue à celle de la section des nerfs, et qui constituent le passage de la physiologie à la pathologie. Lorsqu’on veut comparer entre elles les propriétés des nerfs dans les diverses conditions où ils peuvent être placés, c’est aux animaux sains et vigoureux qu’il faut toujours avoir recours ; ils présentent en effet ces différences d’une façon bien plus caractéristique que les animaux affaiblis. Si, par exemple, la différence entre l’excitabilité d’un nerf sain et d’un nerf coupé se trouve dans le rapport de 1 à 10, chez une grenouille bien portante, elle ne sera peut-être que dans le rapport de 1 à 5 chez une grenouille déjà malade et affaiblie.

Cette susceptibilité si marquée ou cette excitabilité exagérée que prend le nerf est un état antiphysiologique et l’un des premiers signes de l’état pathologique. C’est de même l’un des premiers symptômes de l’empoisonnement.

En effet, si vous donnez une faible dose de curare à un animal, vous verrez dansies premiers moments les nerfs moteurs, quoique tenant encore à la moelle épinière, de-

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