LÀ MÉDECINE COMME SCIENCE
tique. Cette 'science n’a pas encore trouvé ses principes; mais son avènement se prépare par les découvertes rapides et brillantes que fait chaque jour la physiologie expérimentale.
Ainsi se trouve résolue cette question, que nous avons posée en commençant : la médecine est-elle une science? Oui, la médecine est une science; mais elle n’est pas encore développée dans toutes ses parties, elle n’est point encore arrivée à l’état de' science expérimentale; et c’est précisément le cas pour la partie active de la médecine, c’est-à-dire celle qui répond à l’application.
Dans l’état actuel de la médecine; quelle doit être la nature du cours de médecine au: Collège de France? Je vous ai souvent entretenu du but particulier de renseignement de la médecine dans cet établissement, je vous ai dit que le cours de médecine du Collège de France ne faisait en aucune façon un double emploi avec ceux de la Faculté de médecine, qu’il n’y avait aucun rapport^ aucune relation, entre ce que doit traiter un professeur de médecine au Collège de France et ce que doit enseigner un professeur de Faculté.
Les deux établissements ont des destinations loüt à fait distinctes. Le professeur du Collège de France doit étudier les questions obscures, les tendances et les méthodes nouvelles de la science qu’il représente, mais il ne doit pas du tout embrasser cette science dans son ensemble. Je dis cela parce que, pour ne pas comprendre le genre d’enseignement que nous devons faire ici, on a souvent adressé des reproches mal fondés au cours de médecine du Collège de France. Certaines personnes ont même
prétendu que, le titulaire actuel de cette chaire du Collège de France ne faisant que de la physiologie, il fallait appliquer à son enseignement le nom de cours de physiologie et supprimer du programme le mot de médecine.
Le cours de médecine du Collège de France est un cours libre qui représente la marche des idées dans la médecine suivant les différentes époques. Aussi ne sauraiton établir aucun rapport de tradition entre les enseignements des hommes célèbres qui se sont succédé dans la chaire de médecine du Collège de France (1). Il suffit en effet de jeter un coup d’œil sur la liste de ces professeurs, pour voir que le cours s’est modifié suivant les époques et selon les idées du moment pour rester en rapport avec les progrès de la médecine. Chaque science est constituée par un ensemble de connaissances que ne pourrait embrasser un seul homme. D’un autre côté, chaque science, dans son évolution, ne s’accroît et ne se perfectionne jamais dans toutes ses parties à la fois; elle effectue, au contraire, à des moments différents, des progrès partiels sur certains points,, et ce sont tous ces progrès réunis qui constituent plus tard la science totale. La médecine marche de la même manière que les autres sciences. A diverses époques, les études anatomiques et chirurgicales, la matière médicale, le diagnostic, se sont plus spécialement développés. Le Collège de France a suivi toutes les oscillations dans le progrès de la science médicale, et c’est la raison pour laquelle les hommes qui se sont succédé dans la chaire de médecine du Col-
(1) Voyez Mémoire historique et littéraire sur le Collège royal de France- Paris, 1758.