‹ Leçons de pathologie expérimentale et leçons sur les propriétés de la moelle épinièreChapitre 93 sur 154 · LA. MÉDECINE AU COLLÈGE DE FRANCE · texte numérisé non relu

LA. MÉDECINE AU COLLÈGE DE FRANCE

lège de France ne se ressemblent aucunement par la partie de la médecine qu’ils ont enseignée. On ne les trouve point reliés entre eux par une tradition commune; chacun reste libre dans ses allures, comme la marche de la science elle-même.

Par exemple, lorsqu’un de mes plus illustres prédécesseurs, Laënnec, découvrit l’auscultation, il était certainement dans son rôle en l’enseignant au Collège de France, car il faisait un cours sur un point nouveau de la science qui caractérisait la tendance de la médecine de son temps vers le diagnostic. Il a représenté cette période du progrès médical, et il a créé l’auscultation, découverte glorieuse pour la France et une des plus grandes conquêtes de la médecine moderne. Mais en enseignant aujourd’hui l’auscultation dans la chaire du Collège de France, le professeur manquerait à sa mission. C’est à l’École de médecine que cette partie de la science doit être maintenant enseignée, parce qu’elle est devenue classique. Le professeur de l’École de médecine et celui du Collège de France doivent poursuivre un but opposé. Le premier voit la science dans son présent; il ne donne que ce qui est acquis et établi, évitant ainsi de troubler ou d’égarer l’esprit des débutants en les conduisant dans des routes encore inexplorées ou incertaines. Le second, au contraire, voit la science dans Favenir, se préoccupe des tendances dans lesquelles cette science marche, et dirige de ce côté l’esprit des jeunes médecins. Il faut sans doute qu’un médecin soit un homme capable de porter immédiatement secours au malade qui l’appelle, et possédant à cet effet toutes les ressources que la raé-

decine pratique actuelle peut lui fournir : mais il faut en même temps qu’il soit aussi un homme capable de comprendre dans quelle voie marche la science médicale et qu’il puisse la suivre dans ses progrès.

Je ne fais donc pas de la physiologie en vue de la physiologie elle-même, mais bien parce qu’elle est la base de la médecine scientifique. En exposant ici les principes de ..la médecine expérimentale, je suis dans mon rôle d’homme de science et de professeur de médecine du Collège de France; car en faisant tous mes efforts pour coopérer, par mon enseignement et par mes propres travaux, à la fondation de la médecine expérimentale, je suis, sil’on peut ainsi dire, fonction de mon temps, puisque je ne fais qu’exprimer les tendances de la médecine scientifique actuelle.

Mais il y a un point sur lequel je désire arrêter un instant votre attention. Chercher à fonder la médecine scientifique sur la physiologie, me direz- vous, cela n’est pas nouveau. De tout temps on a dit que la médecine devait avoir pour base la physiologie, et même encore tout près de nous, Broussais, par exemple, avait donné au système de; médecine qu’il professait le nom de médecine -physiologique y pour qu’on ne se trompât point sur ses idées, et pour bien montrer que, suivant lui, la physiologie devait servir de base à la médecine. A ce compte, vous pourriez donc me dire que la voie dans laquelle je veux vous engager aujourd’hui, et que je vous donnais tout à l’heure comme nouvelle, est au contraire très ancienne. Eh bien non I C’est le même nom sans doute, mais la chose est essentiellement différente. On

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