‹ Leçons de pathologie expérimentale et leçons sur les propriétés de la moelle épinièreChapitre 96 sur 154 · LABORATOIRES DE MÉDECINE · texte numérisé non relu

LABORATOIRES DE MÉDECINE

seules exigent des laboratoires dans lesquels se trouvent tous les instruments et tous les moyens d’analyse qui peuvent leur permettre de pénétrer dans le mécanisme des phénomènes intimes manifestés soit par les corps bruts, soit par les êtres vivants.

Aujourd’hui on ne renvoie plus la physiologie aux bibliothèques, aux livres des anciens et aux descriptions anatomiques; onia reconnaît comme la science expérimentale des corps vivants. Si elle a d’abord été confondue, dans son développement, avec les sciences naturelles et anatomiques, on peut dire que de nos jours elle se constitue et conquiert son autonomie. Cette séparation est déjà un fait accompli à l’étranger; l’enseignement de la physiologie et celui de l’anatomie y sont devenus des enseignements distincts. De plus, en Allemagne, en Russie et ailleurs., la physiologie est pourvue de laboratoires splendides dans lesquels on trouve tous les moyens d’étudier soit la physiologie générale, soit la médecine expérimentale.

La physiologie est de toutes les sciences expérimentales la dernière venue, et elle s’est développée la dernière, parce que les sciences se développent d’autant plus facilement qu’elles sont plus simples. La physique et la chimie, qui sont des sciences expérimentales plus simples., ont été constituées les premières ; depuis fort longtemps elles sont pourvues de laboratoires et de tous les moyens de développement. Mais pendant longtemps la physiologie fut considérée comme une science idéale et même romanesque, car on l’appelait le « roman de la médecine » ; elle n’avait pas encore conquis sa place parmi les sciences expérimentales, elle était complète-

ment négligée comme science pratique, et l’on croyait qu’il suffisait de l’étudier dans les livres.

Je demandai donc, dans mon rapport au ministre, que la physiologie, cette science qui sera une des gloires du xixe siècle, fût traitée selon son importance, et pourvue en France des moyens de développement qui lui manquent. Cette réclamation me semblait d’autant plus juste que la France ne pouvait rester en arrière dans la culture de cette science après s’être placée à la tête du mouvement pour sa création. La physiologie expérimentale n’a pu réellement commencer à se constituer que vers la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci, parce qu’il lui fallait, pour devenir autonome et indépendante, trois points d’appui essentiels : les sciences physicochimiques, l’anatomie générale ou l’histologie, et l’investigation directe sur les êtres vivants. Lavoisier, Bichat et Magendie sont les trois puissants promoteurs de cette science nouvelle, et leurs noms appartiennent à la France.

La sollicitude du ministre de l’instruction publique pour les sciences est bien connue des savants. Quant à moi, je puis dire que je l’ai trouvé dans les meilleures intentions pour favoriser le développement pratique de la physiologie expérimentale, dont il a parfaitement compris l’importance et l’avenir.

Une installation de laboratoires physiologiques avait d’abord été décidée pour la Faculté des sciences, et d’autres étaient projetées au Collège de France ; mais ces installations, très suffisantes pour moi et pour le service ordinaire de mes cours, ne répondaient pas complètement à mes vues. Je n’avais point voulu demander seulement

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