‹ Leçons de pathologie expérimentaleChapitre 10 sur 57 · QUANTITÉ DE SANG CONTENU DANS L’ORGANISME · texte numérisé non relu

QUANTITÉ DE SANG CONTENU DANS L’ORGANISME

Après avoir déterminé la quantité relative de ses éléments, il nous reste à apprécier la masse totale du sang.

Les méthodes les plus connues pour arriver à cette appréciation sont les suivantes : 1° l’extraction du sang par une saignée artérielle assez considérable pour entraîner la mort; Herbst, par des expériences de ce genre chez divers animaux vertébrés, a constaté que le sang qui s’écoule ainsi représente un douzième du poids du corps chez le bœuf, un seizième chez le chien, et seulement un vingt-neuvième chez les oiseaux. Ces résultats n’ont aucune signification, car on ne peut ni extraire la totalité de ce liquide, ni apprécier celle qui reste dans les organes. Haidenhain, par des pressions exercées sur les vaisseaux, a cherché à obtenir cette dernière quantité, mais cette modification n’a pas de valeur réelle ; la facilité plus ou moins grande avec laquelle e sang se coagule chez les divers animaux influe considérablement sur la portion qui s’écoule au dehors et sur celle même

qu’on obtient par pression. Or, dans les hémorrhagies, c’est par suite de la formation d’un caillot, et non à cause de l’épuisement complet de l’organisme, que le sang finit par s’arrêter.

2° Une méthode plus indirecte a été proposée par Valentin : pratiquer une première saignée, injecter dans les veines de l’animal une quantité considérable et connue d’eau salée, et, quelques minutes api’ès, répéter la saignée ; ensuite, dans chaque échantillon, on détermine la quantité de matières solides, et on compare la proportion des parties solides et de l’eau qui reste dans chacune d‘elles ; par un calcul très-simple, on obtient ainsi la quantité totale de sang avec laquelle cette eau a été mélangée dans l’organisme (Longet). Mais voici des objections graves : l’eau ne se mêle pas uniformément avec tout le sang; le sang, chargé d’eau, fait des échanges endosmotiques avec les tissus voisins ; ainsi il cède de l’eau aux reins et s augmente lui-même des éléments qui sont en dissolution dans les parties péri-vasculaires. Ces expériences de Valentin sont donc entachées d’un vice radical, toutefois les résultats acquis par ce physiologiste méritent d’être relatés; ainsi il a constaté que le poids total du sang varie d’une espèce à l’autre, et se trouve dans un rapport à peu près constant avec le poids du corps chez les divers individus d’une même espèce. Chez le chien, le sang

représente un quart du poids du corps; chez le mouton, un cinquième; chez le lapin, un sixième. Les expériences n’étant pas praticables chez l’homme, M. Valentin est arrivé, d’après diverses considérations assez plausibles, à estimer le poids du sang à environ 23 pour 100 du poids du corps, c’est-à-dire à 15 ou 20 kilogrammes pour un homme de stature ordinaire.

Ces évaluations sont évidemment exagérées.

3° Un troisième genre d’expérience a été mis en usage sur des suppliciés parWrisberg et tout récemment par Lelnnann et Weber. « Ils pesèrent le corps avant et après la décapitation, et, « par la différence de poids, ils évaluèrent la quantité de sang « qui s’était écoulée du corps; puis ils injectèrent de 1 eau « dans les artères du tronc et de la tête, jusqu a ce que ce i « quide, en sortant par les veines, fût presque incolore; d apres „ le poids relatif des matières solides contenues (tans le «mg „ écoulé et dans l'eau sanguinolente, ds calculèrent la quantité

« de sang qui pouvait être restée dans le cadavre. » (Milne Edwards.)

Dans un cas le sang répandu fut estimé à 5,5/i0 grammes, qui donna 5 grammes de résidu sur 28; l’eau sanguinolente était de 6,050 grammes, laquelle donna 37 grammes de résidu.

Or ce résidu correspond à celui de 1,980 grammes de sang; par conséquent le corps contenait au moins 5,540 + 1,980 grammes de sang, c’est-à-dire 7,500; le corps pesant 60 kilogrammes, le sang représentait un huitième du poids total ou 12,2 pour 100.

Mais l’injection ne donne pas tout le sang contenu dans les vaisseaux.

4° Une quatrième méthode est celle de Welker. On délaye tout le sang (comme dans le procédé de Valentin) jusqu’à ce qu’il acquière la couleur d’un échantillon composé d’une certaine quantité de sang, qu’on mesure et délaye dans une quantité déterminée d’eau. Le chiffre d’eau nécessaire pour ramener tout le sang à la coloration typique permet d’en calculer la masse totale. (Welker, Heidenhain.)

Parmi les animaux vertébrés, ceux qui ont moins de sang ont aussi moins d activité physiologique; ainsi les poissons n’ont que 10 à 18 grammes de sang par kilogramme du poids corpoiel, la grenouille 58, la souris 80 et l’oiseau 84 grammes par kilogramme corporel.

Par ce même procédé, Welker a trouvé la quantité relative de sang plus élevée chez l’homme que chez la femme; c’est un résultat indiqué aussi par Valentin. Mais toutes les espèces de sang ne possèdent pas la même puissance de coloration.

11 existe une dernière n jthode qu’on peut appeler mixte, et que Panum a utilisée pour apprécier la quantité de sang dans l’inanition ; nous exposerons ce procédé et ses résultats à l’occasion des anémies d’inanition.

g 4. De la genèse du sang. Organes formateurs des globules.

Dans les conditions normales de la vie, les recettes et les dépenses du sang s’équilibrent à peu de chose près, ainsi que le démontrent la quantité, la tension et la composition presque

GENÈSE DES GLOBULES

invariables du sang ; si, dans l’état physiologique, il y a des oscillations, elles ne sont que transitoires; ainsi, pendant la digestion où les recettes sont si manifestement en excès, ces oscillations sont non-seulement chimiques, mais elles portent sur les éléments histologiques.

Ces éléments ne sont en effet que transitoires, et de nouveaux corpuscules viennent sans cesse prendre la place des anciens. Pendant la vie embryonnaire les globules peuvent se reproduire eux-mêmes; ils se divisent d’une manière indubitable (Remak); ce sont d’abord des cellules à noyau, qui naissent avec les vaisseaux; les couches internes des séries de cellules formant la paroi vasculaire se transforment directement en globules rouges; puis le globule se divise peu à peu en deux parties et se reproduit ainsi. Mais, chez le fœtus arrivé à quatre ou cinq mois, ces divisions cessent d’avoir lieu, et dès que le sang est entièrement formé, dès que le foie est constitué, l’augmentation des cellules ne se fait plus ni par dédoublement des corpuscules, ni par des productions provenant du sang lui-même; tous les faits démontrent que les éléments figurés du sang proviennent de parties situées en dehors du liquide nourricier. Leur rénovation se fait désormais, soit d’une manière directe, par les glandes vasculaires, soit d’une manière indirecte, aux dépens des corpuscules élémentaires que charrie la lymphe, par conséquent dans les glandes lymphatiques et lymphoïdes.

Parmi les glandes vasculaires, c’est à la rate, au thymus, aux capsules surrénales et au foie qu’on a attribué le privilège de produire directement les globules rouges; mais ces trois premières glandes présentent une structure absolument identique à celle des glandes lymphatiques, de sorte qu’on peut interpréter leur action de la même manière que celle du système lymphatique proprement dit. Le foie possède, au contraire, une texture distincte, mais aussi son rôle en tant qu’organe hématopoïétique n’est pas démontré. C’est donc dans une transformation indirecte qu’il faut rechercher définitivement la genèse des globules rouges; ce sont les corpuscules lymphatiques qui en forment le substratum. La lymphe transporte dans le sang, et les matériaux provenant de l’usure des tissus, et les coipuscules lymphatiques et les globules blancs.

GENÈSE DES GLOBULES

La lymphe est composée comme le sang :

a. D’un plasma qui contient également une substance fibrinogène, une substance plasmatique qui détermine sa coagulation,

et tous les éléments du sérum;

b. De corpuscules appelés lymphatiques, véritables cellules à noyau, qui sont même entremêlés de quelques noyaux libres. Or, si ces corpuscules diffèrent des globules rouges par l’absence d’hématine et par la présence du noyau (qui manque dans ceux-ci), ils n’en ont pas moins tous un caractère commun, c’est la nature cellulaire.

S’il y avait un doute sur leur analogie, il disparaîtrait à coup sûr par la comparaison des globules lymphatiques avec les leucocytes du sang ; ici l’identité est parfaite. On peut donc dire que la lymphe constitue une première ébauche du sang, avec lequel elle se mêle définitivement après avoir parcouru les vaisseaux lymphatiques. Si on pénètre plus loin dans cette étude comparative, on constate une ressemblance complète des globules lymphatiques avec les cellules contenues dans les alvéoles des follicules et des glandes lymphatiques; ainsi les cellules glandulaires, les cellules de la lymphe et les globules blancs du sang constituent un seul et même élément; mais il y a plus, l’origine de ces divers éléments est commune, les globules lymphatiques dérivent évidemment des cellules glandulaires, car avant de passer par les glandes lymphatiques, la lymphe ne contient qu’un très-petit nombre de corpuscules, et ceux-ci proviennent des follicules. Or, parmi les glandes lymphatiques et folliculeuses, il faut compter désormais et par ordre d’importance :

1° Les glandes lymphatiques;

2° Les follicules ;

3° Les membranes muqueuses elles-mêmes ;

h° La rate, le thymus et la glande thyroïde, dont la texture rappelle celle des follicules ;

5° Le tissu cellulaire, dont la texture si distincte joue cependant un rôle très-analogue à celui des glandes;

6° Le foie, qui vient clore cette série.

GENÈSE DES GLOBULES

Page 1