‹ Leçons de pathologie expérimentaleChapitre 9 sur 57 · QUANTITÉ UE GLOBULES · texte numérisé non relu

QUANTITÉ UE GLOBULES

Les parties constituantes du sang, c’est-à-dire les globules et le plasma, dont nous venons d’esquisser la composition chimique, se trouvent dans des proportions déterminées. La quantité de globules a été appréciée par des méthodes d’analyse très-diverses qu’on peut grouper ainsi ; 1° pesage indirect ou direct des globules secs et séparés du plasma; 2° poids des globules humides; 3° numération des globules; k° appréciation chromométrique.

La première est celle de Prévost et Dumas, Andral et Gavarret, modifiée par Becquerel et Rodier, Popp, Schérer, Simon; elle calcule indirectement et par déduction le poids des globules desséchés; après avoir séparé le caillot et le sérum, desséché l’un et l’autre, on déduit du résidu du caillot les éléments solides en dissolution dans l’eau, ainsi que la fibrine (d’un autre échantillon); le chiffre restant représenterait le. poids des parties solides des globules. Cette méthode a donné en moyenne 1 25 à 130 parties de globules supposés secs pour 1000 parties de sang.

On suppose ainsi que toute l’eau contenue dans le sang tait partie du sérum, et doit lui être attribuée; car les globules ne renferment pas de véritable sérum, ainsi que nous l’avons démontré. D’une autre part, le caillot retient plus ou moins de sérum, de sorte qu’on retranche du résidu solide un chiffre très-variable qui n’a point de rapport constant avec la quantité des éléments solides contenus dans les globules.

Une analyse plus directe a été préconisée par Figuier et perfectionnée par Dumas, Gorup; certaines solutions salines (entre autres le sulfate de soude) étant mêlées au sang, les globules traversent plus difficilement le filtre; on peut ainsi obtenir ces corpuscules sans mélange de fibrine; mais on ne détermine ainsi que les parties coagulables des globules, tandis qu on perd tous les sels et les parties non coagulables apppartenant aux globules.

La deuxième méthode évalue lu proportion des globules à

l’état humide; Schmidt (de Dorpat) qui 1 a découverte cherche à déterminer, par des procédés micrographiques, le volume des globules désséchés ; or, en se desséchant sous le microscope, un globule perd 68 à 69 centièmes de son volume et contient par conséquent de 31 à 32 pour 100 d’éléments solides; d une autre part, Schmidt a mesuré le volume du sérum emprisonné dans le caillot et il a constaté que le caillot même le plus rétracté contient encore 20 volumes de sérum pour 100; les Zj/5 du volume du caillot proviendraient donc des globules. Par ces divers calculs, Schmidt est arrivé à ce résultat singulier que le nombre indiqué pour le poids des globules supposés secs n’a qu’à être multiplié par k (ou par 3 1/2 d’après Sackarin) pour donner le poids des globules humides, et servir ainsi à déterminer en même temps le poids du sérum contenu dans le caillot; la connaissance de ce poids permet de calculer la somme des éléments appartenant aux globules.

Or, les globules humides représentent 47 0 à 540 parties sur 1000; Lehman arrive au même résultat, c’est-à-dire à 512 pour 1000; ce chiffre s’accorde parfaitement avec celui dos globules secs indiqué par Andral et Gavarret, 125 à 130 multiplié par k- Ainsi les globules forment dans le sang environ les 500/1000 ou la moitié de la masse totale.

Parchappe a employé de son côté un procédé analogue à celui de Schmidt.

Enfin la meilleure méthode de pesage des globules humides appartient à Hoppe Seyler; mais elle ne s’applique qu’au sang couenneux, c’est-à-dire au sang dont la fibrine vient se coaguler isolément à la surface en une couche distincte et blanche, privée de globules. La quantité de fibrine contenue dans un échantillon de plasma ou de sang peut être déterminée facilement; en déduisant ce chiffre de la quantité totale du sang examiné, on a le poids des globules humides.

Pour le sang non couenneux, Hoppe propose une .autre méthode qui consiste à calculer le nombre des globules humides par la quantité d’hémoglobine qu’ils contiennent. Une solution faible de sel marin n’enlève aux corpuscules ni l’hémoglobine ni les albuminates, et laisse le sérum parfaitement clair; on a donc ainsi un moyen de séparer les deux parties; il suffit de

mêler le sang défibriné avec un grand excès de solution saline ; les corpuscules se déposent et conservent leur hématine parfaitement intacte; c’est une remarque qui avait déjà été faite par Denis de Commercy. Les corpuscules étant séparés, le résidu est traité par l’alcool bouillant et incinéré ; en soustrayant les cendres de l’hémoglobine desséchée, on obtient le poids de celle-ci dans une portion déterminée de sang. On arrive à connaître successivement le poids de l’hémoglobine desséchée, les albuminates du sang total, ceux du sérum; sachant combien le sang renferme de sérine, on arrive à calculer la part du sérum et du plasma dans le sang. Déduisant le poids du plasma du poids du sang complet, le reste représente les globules humides.

Un troisième mode d’analyse, ou méthode numérique de Vierordt, consiste à compter les globules sous le microscope; on aspire une petite quantité de sang frais dans un tube capillaire bien gradué et on en mesure le volume ; puis on fait passer ce sang dans un liquide qui ait la propriété de l’étendre, sans altérer les globules (eau gommée, eau albumineuse). Le mélange ainsi obtenu est repris par une pipette, étendu en lignes régulières sur un porte-objet où on le laisse sécher; puis on place ce porte-objet sous le microscope et on compte les globules. Dans un millimètre cube de ce sang, le nombre moyen des globules est d’environ à, 180, 000 et 5,551,000.

Si l’eau gommée ou un autre liquide empêchait absolument les courants d’endosmose entre le contenu des hématies et le plasma, on aurait, par ce procédé, un moyen certain de préciser, par la quantité de solution emprisonnée dans le caillot, et par celle qui se trouve dans le sérum, combien le caillot retient encore de sérum. Après déduction faite de cette dernière quantité et de la quantité de fibrine, on obtiendrait le poids des globules humides; la méthode de Vierordt aurait donc un double avantage; mais il n’en est pas ainsi; elle est entachée d’erreur, en ce sens qu’aucun liquide ne laisse les globules absolument intacts. Aucun ne les prive du pouvoir d’endosmose.

Le dernier procédé a été proposé sous le nom de chromométrique par Welker : « On juge de la richesse du sang en « globules pur la quantité de liquide incolore qu il taut j ajou-

« ter pour faire arriver la teinte à un certain degré, dont la « valeur a été déterminée directement. Comme terme de com- « paraison, il prend un millimètre cube de sang, en compte les « globules et l’étend d’une quantité déterminée d’eau alcoolisée, « puis il ajoute à l’échantillon à examiner la quantité liquide « titrée pour le ramener à une teinte identique, et il tient note « de cette quantité. Il admet que l’intensité de la couleur du « sang est en rapport direct avec le nombre des globules rouet ges, et la quantité de liquide incolore qu’il faut ajouter pour « égaliser la coloration est proportionnée à l’abondance de ces « corpuscules (Milne-Edwards). » Mais, comme le fait très-bien observer l’éminent physiologiste auquel j’emprunte ces paroles, la teinte du sang est influencée aussi par la quantité de globules blancs, et j’ajoute par la densité variable du sérum, ainsi que par la quantité des gaz oxygène et acide carbonique qui ont une influence incontestable sur la forme des globules et par conséquent sur leur pouvoir réfringent.

Les résultats obtenus par ce procédé ne sont donc pas toujours comparables entre eux. L’échelle chromatique ne saurait fournir une analyse précise.

Page 1