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RATE

De toutes les glandes lymphoïdes , la rate est la plus importante ; on y trouve , sous le nom de corpuscules de Malpighi , de véritables follicules lymphatiques, qui adhèrent aux parois des dernières artérioles ; la tunique celluleuse de ces vaisseaux est comme infiltrée de ces corps adénoïdes (Ludwig, Billroth, Key, Sclnveiger).

Outre les corpuscules, la rate contient une substance appelée pulpe , dont l’élude histologique et chimique nous révélera la formation des globules. Le microscope y démontre d’abord des espaces entièrement analogues aux alvéoles et sinus des ganglions lymphatiques, avec cette seule différence, qu’ici les vaisseaux sanguins jouent le rôle des vaisseaux lymphatiques; dans les ganglions, ce sont les extrémités sinueuses des lymphatiques; dans la rate, ce sont les capillaires sanguins qui s’ouvrent dans les alvéoles, et c’est de ces alvéoles que les veines émergent. Or, comme les alvéoles sont remplis de corpuscules sanguins, les principes du sang s’y trouvent en contact avec leurs éléments formateurs ; il en résulte que, outre le mélange de globules rouges et de globules blancs, on trouve dans ces espaces

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de nombreux éléments de transition entre les uns et les autres; il y a des cellules diversement colorées, des noyaux libres et des noyaux enkystés qu’on a considérés à tort comme des globules rouges envoie de déformation, et enfin du sang en nature.

Au point de vue chimique, la pulpe splénique présente une série de produits qui indiquent clairement le travail de métamorphose qui s’opère dans la rate aux dépens des globules ; ces produits peuvent être classés ainsi : 1° Des dérivés protéiques , à savoir la leucine, qui est constante, la liénine, que Scherer considère comme distincte de la leucine, et que Virchow identifie avec elle, la tyrosine, qui existe en grande quantité; une autre série de produits indique une oxydation bien plus avancée; c’est l’acide urique, qui se retrouve en quantité notable, l’hypoxanthine et la sarkine, qui offrent la plus grande analogie avec l’acide urique ; cette série se complète par l’oxyde xanthique, qui se distingue par une grande richesse en fer (Scherer); 2° des acides organiques , principalement l’acide lactique , qui communique à la pulpe sa réaction acide , les acides acétique, formique, butyrique (Scherer), et l’acide succinique (Cloetta); 3° une matière saccharoïde constatée par les mêmes observateurs, c’est-à-dire l’inosite, une matière grasse, la cholestérine (Bôdeker); 4° des matières colorantes riches en fer et carbone; 5° des substances minérales , des chlorures, des phosphates , sulfates, silicates de potasse, mais surtout de soude, de chaux et de magnésie ; le fer est combiné avec les matières albuminoïdes et les acides organiques (Scherer).

Sang de la veine splénique. — Un contraste frappant existe entre la pulpe et le sang efférent de la rate. Tous les éléments chimiques indiquant la transformation des tissus, des corps protéiques ou des globules, manquent dans le sang de la veine splénique; l’acide urique et l’hypoxanthine ne se retrouvent plus; le pigment et le fer ne sont plus qu’en petite quantité et la réaction du sang est alcaline comme dans tous les vaisseaux. Ces données négatives de la chimie sont d autant plus intéressantes que l’analyse histologique démontre au contraire la plus grande analogie entre les éléments globulaires du sang de la veine avec ceux de la pulpe de la rate. On y trouve quatre sortes d’éléments figurés :

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1° Une quantité exceptionnelle de leucocytes, qui sont généralement très-volumineux; la proportion des globules blancs aux globules rouges, qui est de 1 : 220 dans l’artère splénique, s’élève à 1 : 60 (Hirtl) ; Vierordt et Funke prétendent même avoir trouvé 1 globule blanc sur k ou 5 hématies.

2° Des globules rouges, qui sont très-remarquables par leur très-petit volume, par leur forme moins aplatie, par leur grande résistance à l’action de l’eau, par l’absence du pouvoir de graviter et de s’empiler, enfin par l’extrême facilité avec laquelle le contenu ou l’hématine prend la forme cristallisée ; or ce sont là précisément les caractères qu’on attribue aux globules de nouvelle formation;

3° Des globules intermédiaires entre les leucocytes et les hématies : ce sont des globules légèrement teints de jaune, à surface pâle, granulée, unie ou multinucléaire ;

Z,» Des vésicules globulifères, qui seraient rares ou même exceptionnelles, d’après Gray et Funke, et qu’on ne retrouverait que pendant la digestion, d’après Schœnfeld.

La comparaison du sang de la veine splénique avec la pulpe démontre que si les produits d’oxydation disparaissent dans la rate, les globules blancs et rouges s’y développent au contraire en quantité considérable, et passent de la pulpe dans la veine émergente; l’excès de leucocytes dans le sang qui a traversé la rate indique clairement le lieu de leur formation.

Le parallèle chimique entre les deux sangs artériel et veineux de la rate devait jeter un nouveau jour sur le mécanisme des transformations qui s’opèrent dans la glande. M. Béclard a saisi l’importance de cette analyse comparative. Or, le résultat principal de ses belles recherches est celui-ci : le sang efférent contient un excès de fibrine qui a dû naturellement se former dans la rate aux dépens des globules en voie de métamorphose. 11 semble d’après cela que la fibrine du sang procède des globules, et qu’elle est un des produits de leur décomposition. Funke parut d’abord confirmer ces données chimiques, sinon les conclusions, qui étaient d’ailleurs émises sous forme de doute. Dans une première analyse pratiquée sur le sang de la veine splénique chez le cheval, Funke trouva 5 millièmes de fibrine sur 1000, au lieu de 2 millièmes contenus dans le sang artériel.

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üno seconde analyse donna 4. et 1,7. Cependant, dans son Traité de physiologie (dernière édition, 1863, page 186), le même auteur dit : « Mes analyses chimiques démontrent jusqu’à « l’évidence que chaque conclusion de Béclard est erronée; il « n’y a qu’une seule différence, et elle est absolue, entre le sang « splénique et celui qui est fourni par l’organe; c’est la dimi- « nution constante de la fibrine, diminution telle que souvent « le sang veineux en contient à peine des traces. » J’ai cité textuellement à cause de l’importance du sujet et de la contradiction. Or, Lehmann , qui répéta les mêmes expériences, est arrivé à des résultats si divers qu’il renonce à formuler aucune loi. Les faits avancés par Béclard ne sont donc pas atteints, c’est tout au plus s’ils sont atténués. Mais d’où vient la contradiction entre ccs diverses assertions? 11 n’y a qu’une seule manière de l’expliquer, c’est que la plasmine, qui était ignorée de tous ces expérimentateurs, produit en se dédoublant, tantôt plus de fibrine concrète, comme le dit Béclard, tantôt une fibrine presque exclusivement dissoute, comme le dit Funke.

La comparaison du sang veineux splénique avec le sang de la veine jugulaire a démontré à Béclard, puis à Gray, qu’entre ces deux sangs il existe également des différences radicales; le sang splénique contiendrait plus d’eau, plus d’albumine, de fibrine et de graisse et moins de globules que le sang jugulaire. Or, l’excès de fibrine et la diminution des globules (136 au lieu de 150) ont été vivement contestés par Funke, qui accuse les méthodes de numération employées par Béclard; mais les recherches de Gray et Sinstra sont venues confirmer cet abaissement du nombre des globules rouges. On ne saurait toutefois en conclure que les globules se détruisent dans la rate, car, d’une part, les globules du sang de la veine splénique présentent tous les caractères des cellules de nouvelle formation, et, d’une autre part, l’excès si prononcé de globules blancs ne permet pas de douter du rôle formateur de la rate. Le sang de la veine jugulaire ne représente d’ailleurs que le sang de la tête ou des bras et ne saurait être considéré comme l’équivalent du sang général.

11 est plus rigoureux de si -Te l’analyse comparative du sang avant et après son for rionnement dans l’organe ,

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et d’en rechercher la destination définitive. Or, si on poursuit le sang splénique au delà de la veine porte, c’est-à-dire dans son passage à travers le foie, si en d’autres termes on le compare avec le sang de la veine sus-hépatique, on peut constater qu’il n’existe pas une seule différence constante (Funke). Les globules peuvent être un peu plus ou moins nombreux que dans le sang sus-hépatique ; les autres éléments des globules et du plasma, les sels du plasma entre autres, peuvent subir quelques oscillations; mais on ne saurait inférer de là que la fibrine se forme dans la rate pour se détruire dans le foie ; on ne saurait conclure que la rate détruit les globules qui se reforment dans le foie.

Fonctions de la rate. — Deux opinions régnent sur les fonctions de la rate : l’une attribue à cet organe le pouvoir de détruire les globules; l’autre lui attribue un rôle diamétralement opposé. La première doctrine, professée par Béclard, s’appuie principalement sur quatre preuves. La première preuve est la diminution des globules rouges dans le sang efférent; mais il est une remarque qui a échappé à cet observateur distingué, c’est que la diminution des cellules hématiques n’est que relative, car, ainsi qu’il l’a démontré lui-même, le sang de la veine splénique contient un excès d’eau, et l’abaissement du chiffre des globules n’est sans doute que relatif à cette dilution du sang. Une seconde preuve a été invoquée surtout par Kôlliker, qui depuis a abandonné cette manière de voir ; c’est l’existence de kystes globulifères, c’est-à-dire de poches contenant des globules en voie de destruction. Or, ces kystes sont accidentels (Sanderson, Remak). Un troisième argument est tiré des produits de décomposition, qui s’observent dans la pulpe splénique; l’acide urique, l’hypoxanthine, entre autres, semblent indiquer une désoxydation des éléments plastiques du sang; mais jusqu’ici, on ignore si c’est aux dépens du plasma ou des globules que se forment ces produits qui ne se retrouvent d’ailleurs plus dans le sang de la veine.

Un dernier argument serait fourni par l’expérimentation , c’est-à-dire par l’extirpation de la rate. L’ablation de cet organe donnerait lieu à une accumulation de globules rouges dans le sang, à une véritable pléthore (Moleschot) ; mais je deman-

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derai, au nom de la clinique, si dans la fièvre typhoïde , paludéenne, ou dans les fièvres graves qui altèrent si profondément ■ la rate, on constate une pléthore; Andral et Gavarret, dans leurs belles analyses du sang, ont formellement démontré le contraire.

De cette longue discussion, qui trouve sa justification dans ses applications pratiques , on peut conclure que le rôle de la rate n’est pas exclusivement destructeur des globules rouges; un organe spécial est inutile dans ce but; partout où il se forme des matières pigmentaires, il y a des globules qui se détruisent (Virchow, Funke); partout les globules sont en corrélation et en rapport d’échanges avec le plasma; or ces échanges indiquent une décomposition partielle ou totale des globules.

Les fonctions de la rate sont d’un ordre plus élevé; c’est une glande lymphoïde destinée ïi former des globules blancs et rouges; ce qui le prouve, c’est l’énorme augmentation des leucocytes dans le sang émergent; c’est le passage des leucocytes à l’état de globules hématiques et la présence de formes intermédiaires qu’on constate chez le fœtus, et même chez l’adulte : c’est enfin le caractère des globules rouges, qui sont petits, sans disque, résistant à l’action de l’eau; or ces propriétés qu’on retrouve aussi dans le sang de la veine sushépatique n’appartiennent qu’aux globales de nouvelle formation.

L’extirpation de la rate fournit une nouvelle preuve de ses fonctions hématopoïétiques; les expériences de Ludwig, de Vulpian, d’Éberhardt ont démontré qu’en pareil cas les ganglions lymphatiques du mésentère s’hypertrophient , et remplacent jusqu’à un certain point les alvéoles lymphatiques dont l’économie se trouve privée par cette mutilation. L’activité plastique de la rate se manifeste surtout pendant la digestion ; elle se gonfle cinq heures après le repas (Schœnfeld), et les globules blancs abondent; tandis que pendant l’inanition, surtout chez les animaux qui avaient été bien nourris auparavant, cest la transformation des leucocytes en globules rouges qui semble augmentée, car le sang veineux charrie alors plus de globules rouges que dans l’état ordinaire; et leur nombre égale désoi-

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mais celui des globules du sang artériel ; si on vient à supprimer la rate, l’inanition est mieux supportée que chez les animaux sains ; l’hypertrophie compensatrice des autres ganglions lymphoïdes suffit alors et à la formation et à la transformation des leucocytes; — n’est-ce pas là une des causes de l’innocuité de la diète dans les fièvres graves?

Au résumé, la rate agit comme les ganglions, mais la liste des organes formateurs des globules blancs n’est pas encore close , — il faut y ajouter le thymus, la glande thyroïde et le tissu cellulaire.

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