FOIE
Le foie est destiné à trois fonctions 1°: à la régénération des globules; 2° il la formation du sucre; 3° à la sécrétion de la bile.
De ces fonctions, qui paraissent connexes, la première a été la plus controversée; elle repose toutefois sur des arguments qui ont une véritable importance pratique, et principalement sur les modifications que le sang éprouve dans son passage à travers le foie. Si, en effet, on compare le sang de la veine sus-hépatique avec celui de la veine porte, on est frappé de l’augmentation du nombre des globules blancs et rouges dans le sang qui a traversé la glande hépatique. Tandis que le sang de la veine porte, dit Lehman, contient à peu piès le même nombre de leucocytes que le sang veineux en général, on peut constater, au contraire, dans le sang sus-hépatique une quantité énorme, c’est-à-dire jusqu’à 5 fois plus considérable de cellules lymphatiques; mais il y a là une évidente et double exagération ; comment comprendre, en effet, que le sang de la veine porte, qui reçoit le sang de la veine splénique, si chargé de leucocytes, ne parvienne pas à acquérir plus de richesse? Ce n’est pas dans leur court trajet de la rate à rem-
GENÈSE DES GLOBULES
bouchure de la veine splénique dans la veine porte que cette masse de globules blancs a pu se détruire ; ce n’est pas l’immixtion du sang des veines mésaraïques qui a pu appauvrir à ce point le sang qui va pénétrer dans le foie ; il y a donc dans les expériences de Lehmann une erreur provenant sans doute de ce que le sang splénique était coagulé ou stagnant après la mort, et avant la ligature de la veine porte , qu’on pratiquait pour recueillir le sang.
L’autre exagération porte sur le chiffre des leucocytes du sang efférent du foie, car Hirt a constaté la proportion suivante : dans la veine sus-hépatique 1 globule blanc sur 136 globules rouges ; dans la veine porte 1 sur 524 ; ainsi dans le foie le chiffre des leucocytes augmente d’un tiers environ , tandis qu’au sortir de la rate il est huit à dix fois plus considérable que dans le sang artériel correspondant. On peut donc supposer que l’excès de leucocytes du sang sus-hépatique est dû en partie au moins à la présence du sang splénique, mais on ne saurait nier qu’il s’en forme une certaine quantité dans la glande hépatique, car on en trouve plus à la sortie qu’à 1 entrée, malgré le sang mésaraïque, si pauvre en leucocytes, et qui pénètre dans le foie. Une autre preuve, c’est que les leucocytes du sang sus-hépatique sont plus volumineux, plus pâles, plus fins de texture et moins granulés que les leucocytes de la veine porte ; ceux-ci ont souvent une tendance à la dégénérescence graisseuse; ceux-là, au contraire, présentent les caractères d’une régénération.
Le foie contribue d’une manière active à la formation des globules rouges; mille parties de sang de la veine porte chez le cheval ne contiennent que 141 parties de globules rouges humides, tandis qu’on en trouve 317 sur 1000 dans le sang sus-hépatique; la proportion est même triplée chez le chien ^ mais li se présente ici une difficulté d’interprétation : cette augmentation est-elle absolue? dans ce cas on ne saurait dénier au ioie le pouvoir de former les globules rouges; la question reste indécise, si l’excès de globules n’est que relatif. Or, il est a remarquer que, après la formation de la bile, le plasma du sang se condense singulièrement, si bien qu’après et surtout pendant la sécrétion de la bile, l’eau du sang sus-hépatique ne
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l'orme que les 68/100 de la totalité des éléments constituants, tandis que dans le sang de la veine porte , l’eau constitue les 77/100 de la masse ; dans un liquide qui présente une pareille concentration, l’augmentation des globules rouges ne saurait être considérée comme réellement absolue. Lehmann indique une autre preuve en faveur de la genèse des globules rouges dans le foie ; les éléments figurés sont petits, faiblement déprimés, résistants à l’action de l’eau ; or, ce sont là les caractères qu’il attribue aux cellules de nouvelle formation; mais ici se présente encore la question d’origine : ces globules régénérés qu’on retrouve aussi dans le sang efférent de la rate ne sont-ils pas eux-mêmes préformés et de provenance splénique? Mais alors que deviennent les globules anciens que la veine mésaraïque déverse dans la veine porte? Ces globules disparaissent dans le foie, et, au sortir de cet organe, on n en retrouve plus de traces, il n’y a plus que des globules régénérés ; que ce soient les globules anciens ou les leucocytes qui se transforment sur place en globules rouges, 1 intervention directe de la glande n’est pas encore entièrement prouvée.
Résumé. 1° Origine des globules blancs. — La genèse des leucocytes est répartie entre les divers organes lymphatiques et lymphoïdes, savoir : 1° les ganglions lymphatiques; 2° les follicules; 3° le tissu adénoïde des membranes muqueuses; 4° la rate , là glande thyroïde ; 5° le tissu connectif. L’action génésique du foie n’est pas bien démontrée. Ces divers organes peuvent se suppléer dans leurs fonctions, de sorte que l’extirpation d’un de ces organes, de la rate ou du thymus, ou de certains, ganglions lymphatiques, provoque le développement organique et fonctionnel des autres appareils, sans compromettre la vie.
2° Transformation des leucocytes en globules rouges. — Cette transformation a lieu , selon toutes probabilités , dans tout le sang- mais elle n’est démontrée que dans la rate , dont le sang veineux contient de nombreuses formes intermédiaires. Quand cette mutation a lieu, une matière colorante, c'est-à-dire l’hématine , qui est une substance protéique ferrugineuse, se développe certainement aux dépens des autres matières protéiques probablement sous l’influence de l’oxygène du sang car. on voU parfois aussi la lymphe rougir sous l’intluence de l air
GENÈSE DES GLOBULES
(Virchow, Friedreich). Une fois formée , l’hématine , dans les globules récents, se cristallise très- facilement (Funke). En même temps que l’hémato-cristalline se manifeste, le noyau du leucocyte disparaît, la cellule tend à s’aplatir ; mais elle résiste encore à l’action de l’eau sans modifier sa forme. En même temps on observe dans le sang, surtout au moment où il se régénère après les saignées, des formes intermédiaires entre les leucocytes et les hématies (Erb.). Plus tard, dans l’état qu’on pourrait appeler adulte, la forme discoïde aplatie se prononce de plus en plus par suite de la disparition du noyau : l’enveloppe elle-même devient douteuse, d’où il résulte que le globule devient plus accessible aux courants de diffusion, se gonfle sous l’influence de l’eau, et finit même par s’y détruire.
3° Destruction clés globules rouges. — Partout où il se forme des matières colorantes , on doit supposer une destruction des globules rouges, car elles paraissent toutes provenir de l’hématine dégagée du globule. Toutefois , si cette destruction a lieu dans tout le sang , elle est plus marquée dans la rate, et plus encore dans le foie ; c’est dans la rate que se développent surtout les pigments du sang, et c’est là aussi qu’on retrouve les produits les plus marqués d’oxydation. Dans le foie , cette usure est mieux démontrée ; la lenteur de la circulation dans cet organe semble préparer le terrain; la formation de la biliverdine exige la dissolution d’un nombre de globules ; enfin, les sels biliaires opèrent facilement cette dissolution. Ainsi le foie et la rate sont en même temps organes destructeurs et régénérateurs des globules.
CHIMIE DES DIVERSES ANÉMIES
Étude expérimentale du sang.
Au point de vue des altérations du sang , et abstraction faite de ses causes efficientes, l’anémie présente quatre types , selon qu’il y a diminution de la masse du sang , perte des globules rouge's, dilution du plasma dans un excès d’eau, ou appauvrissement du sérum en principes albumineux, et l’anémie sera considérée comme oligaimique , globulaire, hydrémique , albumineuse. Tous ces états peuvent être reproduits par l’expérience.
CHIMIE DES DIVERSES ANÉMIES
Des divers types chimiques de l’anémie
PREMIER TYPE. — OLIGAIMIE.
La saignée détermine évidemment une oligaimie , mais qui ne saurait être que transitoire ; il en est de même dans les anémies d’origine hémorrhagique , que l’hémorrhagie soit physiologique ou morbide ; dans l’un et l’autre cas, comme la pression diminue, l’équilibre entre le sang et les liquides nourriciers est rompu, et il en résulte une résorption de ces liquides; par conséquent le sang augmente de quantité , tout en devenant plus ■aqueux que dans l’état normal.
L’origine de ces liquides est surtout dans la lymphe, dans les tissus, dans les parenchymes; l’absorption s’exerce aussi dans les organes sécréteurs ou excréteurs, qui sont destinés à entraîner au dehors les éléments régressifs de la nutrition , et même les principes aqueux, sous forme de liquide urinaire, de transpiration cutanée, pulmonaire, de bile , etc. Si en même temps l’absorption des liquides est augmentée, ce qui a lieu ordinairement par la soif qui accompagne les saignées ou les hémorrhagies , le sang ne tarde pas à s’assimiler 1 eau introduite dans l’économie, et la masse du sang en circulation tend vers la normale (Prévost et Dumas). M. Piorry a pratiqué à un chien une saignée énorme malgré la diète , et le lendemain il a pu retirer encore 12 onces de sang.
L’activité de l’absorption après les saignées a été prouvée par Magendie , Wedemeyer, Gunther, Veit ; les poisons pénètrent alors d’une manière plus rapide; il est vrai que ces expériences sont complexes, et ont même été controversées dans ces derniers temps; mais pour ce qui est de l’absorption des liquides, elle est manifestement augmentée dès que la tension diminue dans les vaisseaux, ainsi qu’on l’observe après la saignée.