DEUXIÈME TYPE. — ANÉMIE GLOBULAIRE
Si l’anémie totale est rare et en tous les cas transitoire, 1 anémie globulaire, caractérisée par la diminution des globules, est, au contraire, la forme la plus fréquente de toutes les anémiés; c’est le type le mieux tracé, et depuis les belles recherches de
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MM. Andral et Gavarret, de Becquerel et Rodier, on a peu à peu identifié d’une manière absolue l’anémie et l’aglobulie; il est bien vrai que l’abaissement du chiffre des globules suffit pour constituer le point de départ d’une série d’accidents morbides nettement définis, et, si l’aglobulie n’était pas habituellement le résultat d’une déperdition ou d’une dénutrition, on pourrait dire que cette lésion suffit à elle seule pour créer une entité morbide; il est vrai encore que l’aglobulie vient s’ajouter ordinairement aux autres types de l’anémie , c’est-à-dire à l’oligaimie, aussi bien qu’à l’hydrémie et à l’hypo-albuminose; mais lorsque le sang est altéré dans tous ses éléments, lorsque l’albumine et la fibrine sont atteintes, il en résulte toute une série de désordres nouveaux qui ne sauraient s’expliquer par le seul fait de l’aglobulie. Dès lors, nous sommes autorisés à maintenir les distinctions que nous avons établies, tout en considérant l’aglobulie comme l’anémie la mieux caractérisée , la plus constante.
Chez l’homme, le chiffre normal des globules a été diversement apprécié, et les résultats définitifs présentent des différences énormes selon les méthodes d’analyse; il est encore une autre cause de difficultés, ce sont les variations individuelles, les oscillations considérables qu’on trouve non-seulement d’un individu à l’autre, mais chez le même individu selon les circonstances physiologiques; les moyennes n’expriment par conséquent qu’un chiffre fictif ; c’est un simple point de repère pour apprécier les déviations extrêmes; or de tous ces points de repère, les chiffres classiques de 127 à 130 pour mille, indiqués par M. Lecanu, puis par MM. Andral et Gavarret, sont encore, malgré les objections faites à l’analyse indirecte des globules par voie de dessiccation , ceux qui se rapprochent le plus de la vérité; car, en le multipliant par 4 comme le veut Schmidt, ou par 3 1/2 comme le propose Sackarin dans ses recherches récentes, on arrive par cette multiplication à représenter la partie liquide contenue dans les globules, et à retrouver les chiffres de 450 à 520 pour mille que fournit le pesage des globules à l’état humide.
On peut donc, avec Andral et Gavarret, prendre les chiffres 110 comme minimum et 1 40 comme maximum de l’état nor-
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mal ; mais Scherer et Figuier considèrent ces nombres comme exagérés , et leurs observations donnent des résultats inférieurs. Quoi qu’il en soit, le sang des anémies succédant aux saignées réalise très-nettement le type des anémies d’origine hémorrhagique , qui commencent toutes par une aglobulie. C’est là le premier effet de toute hémorrhagie, et souvent c’est même la seule lésion que le sang subisse (MM. Andral et Gavarret) ; j’ajoute que cette lésion est la plus persistante , car de tous les éléments du sang, ce sont les globules qui se réparent le plus difficilement.
Au point de vue de la reconstitution du sang après les hémorrhagies , on peut établir une sorte de hiérarchie entre les divers éléments : aux deux extrémités de la série se trouvent les corpuscules, d’une part, et, d’une autre part, l’eau que le sang récupère pour ainsi dire instantanément.
En même temps que la quantité d’eau augmente et que le nombre des globules s’abaisse, les globules présentent des altérations physiques ; ils tendent à s’agglomérer plus facilement, et cette circonstance remarquable favorise singulièrement la formation de ce qu’on appelle la couenne.
Les globules perdent, en outre, de leur globuline, mais en même temps deviennent relativement plus riches en hématine (G. Schmidt); or, ce phénomène est én opposition formelle avec certaines théories, qui considèrent les ferrugineux dans l’anémie comme un moyen immédiat de réparation de l’hématine des globules.
Le nombre des globules blancs augmente après les saignées (Nasse, Remak) ; c’est la préface de la leucocythémie , qui peut succéder aux grandes hémorrhagies.
Ce sont là les altérations histologiques les plus habituelles du sang des saignées répétées.
TROISIÈME TYPE. — HYDRÉMIE.
Contrairement à l’oligaimie et à l’aglobulie, qui constituent les deux premiers types chimiques de l’anémie, 1 hydrémie est rarement primitive et plus rarement isolée; ordinairement elle est la conséquence de l’une ou de l’autre lésion.
Les saignées les plus considérables, les hémorrhagies les plus
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profuses, celles qui font perdre au sang un ou plusieurs kilogrammes, c’est-à-dire jusqu’à la dixième partie de la totalité, ne déterminent pas* une anémie vraie qui puisse persister ; le sang ne tarde pas à se reconstituer partiellement ; et voici comment.
Aussitôt après la saignée, la pression intravasculaire diminue; l’équilibre entre le sang et les liquides des parenchymes environnants étant rompu, il en résulte une résorption de ces liquides; le sang subit aussi une véritable dilution, et rétablit promptement son volume tout en perdant sa composition primitive. En effet, en même temps que le sérum augmente, ses éléments solides diminuent. Si on pratique trois saignées de cent grammes, ils sont relativement moins considérables dans la deuxième que dans la première; puis l’endosmose devenant de plus en plus active, la troisième est manifestement plus diluée et moins chargée de substances solides, surtout de matières organiques. C’est là un genre d’hydrémie qu’on pourrait appeler compensatrice.
Dans d’autres circonstances, l’hydrémie s’associe avec l’aglobulie. Depuis les beaux travaux de MM. Andral et Gavarret , l’aglobulie est considérée à juste titre comme le caractère chimique le plus vrai de l’anémie, si bien que ces deux mots sont pour ainsi dire devenus synonymes; il est incontestable que l’abaissement du chiffre des globules suffit pour devenir le point de départ d’une série d’accidents morbides nettement définis.
• Qu’à cette première altération il vienne se joindre un certain degré d’hydrémie, il n’y aura de changements nouveaux que dans la pression du sang et la circulation; mais c’est à l’insuffisance des hématies qu’il faut rapporter les troubles principaux, surtout ceux des fonctions nerveuses.
En dehors de l’anémie totale et de l’aglobulie, l’hydrémie peut-elle exister d’une manière primitive? Il est des cas d’anémies spontanées, de chlorose, où la quantité d’eau est manifestement en excès avant que le chiffre des globules soit atteint; c’est du moins l’avis de Bouillaud, qui désigne cet état sous le nom d’hydrémie; c’était aussi l’opinion de Beau, dont la science déplore la perte récente; cet éminent médecin considérait la pléthore séreuse comme le vrai caractère chimique des anémies.
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