PATIIOGÉNIE DES ANÉMIES ALIMENTAIRES ET DYSPEPTIQUES
L’anémie peut se développer : 1° par une alimentation insuffisante ; 2° par un régime défectueux, c’est-à-dire, qui ne con-
lient pas les proportions normales d’azote ou de carbone; 3° par suite des affections du tube digestif et de ses annexes qui empêchent l’assimilation.
§ l". — Des anémies par alimentation insuffisante. Inanitions. .
Les alimentations insuffisantes déterminent à la longue les mêmes phénomènes que l’abstinence. 11 résulte des travaux de Chossat, Boussingault, Bidder et Schmidt, et des recherches plus récentes de Bischoff et Voit, Panum, Ranke, que si l’organisme, ne recevant du dehors que l’oxygène atmosphérique, reste privé de toute nourriture, il peut, pendant plusieurs jours, vivre de sa substance constitutive ; c’est là l’inanition.
Déperdition des éléments histologiques. — Pendant tout le temps que dure l’inanition, les fonctions du cœur et de la respiration continuant à s’exercer nécessitent une dépense de forces constante, quoique réduite au minimum. A cette dépense correspondent des oxydations qui sont toujours, du moins au point de vue de leur composition, les* mêmes que dans l’état physiologique ; l’urée et l’acide carbonique continuent à se produire et à s’éliminer. Or, comme l’aliment fait défaut, leur origine ne peut être que dans les tissus et humeurs de l’économie, c’est-à-dire dans la graisse de réserve, la trame des muscles et parenchymes, et finalement dans les principes albuminoïdes du sang.
De là, comme phénomène initial, une perte de poids corporel qui, très-marquée le premier jour, à cause de l’élimination des dernières masses alimentaires, continue ensuite uniformément pendant toute la durée de l’inanition ; dès que cette déperdition atteint Z[0 centièmes du poids primitif, elle est incompatible avec la vie ; la limite est reculée à 51 centièmes lorsqu’il existait un engraissement préalable. « En nour- « rissant un animal d’une manière insuffisante, au lieu de le « priver totalement d’aliments, on retarde, il est vrai, plus ou « moins l’époque de la mort ; mais on n’altère en rien la loi « d’après laquelle la mort arrive; dans l’un et l’autre cas, « l’animal meurt dès que le poids initial a diminué des Z|0 « centièmes. » (Bouchardat.)
Ce n’est pas tout que d’avoir fixé la loi de la perte intégrale du corps, il importe de connaître le déchet proportionnel que subissent les divers organes, systèmes et liquides de l’économie. C’est la graisse qui se perd d’abord, et celte dépréciation frappe uniformément la graisse préexistant dans l’organisme, c’est-à-dire les matériaux constituant la réserve nutritive ; à la fin de l’inanition, elle a disparu dans la proportion d’au moins 80 centièmes (Bidder et Schmidt), et de 93 centièmes, d’après Chossat.
Le système musculaire est atteint gravement comme le tissu graisseux ; les 66 centièmes de la substance charnue disparaissent pendant l’expérience; les calculs de Chossat, qui avait surestimé la perte de la graisse, ont par cela même amoindri le degré de la fonte musculaire. Aussi les animaux consument successivement leur graisse, leur chair ; ils deviennent pour ainsi dire autophages.
Du sang dans l’inanition. — Pendant que la graisse et les muscles subissent une si grave dépréciation, que devient le sang? Chossat avait manifestement surfait les déperditions du liquide nourricier, en les fixant arbitrairement à 60 centièmes de la quantité normale ; les expériences de Valentin et de Heidenhain, et les recherches récentes de Panum, sont d’accord pour infirmer ce résultat ; afin d’apprécier la proportion totale du sang, ces expérimentateurs se sont servis de la méthode de Welker, qui consiste à délayer le sang et à le comparer ensuite avec une plaque colorée par l’hématine (voir page 23). Panum, pour éviter toute erreur, chercha à établir d'abord la quantité normale de sang chez le chien, et la quotité relative au poids de l’animal ; en faisant les mêmes recherches sur un chien mis à l’abstinence des aliments solides, il constata d’abord que la contenance des globules en hématine ne se modifie pas sensiblement pendant l’expérience; d’une autre part, la masse du sang elle-même, dans ses rapports avec le poids du corps, reste à peu près la même ; enfin, la quantité de sang peut bien diminuer d’une manière absolue, mais cette diminution n’est pas plus marquée que celle du poids de l’individu.
Si le sang ne se déprécie pas en totalité, cependant il subit des modifications dans sa composition intime; sur une jeune
lille tenue pendant quinze jours à une diète rigoureuse, Denis a vu l’eau du sérum s’élever de 787 (chiffre moyen) à 829 ; celte dilution du sang, cette tendance à l’hydrémie, a été vériliée par tous les observateurs.
Une autre altération généralement admise depuis les recherches de Lecanu, de Gavarret, de Poggiale, c’est l’abaissement du chiffre des globules ; cependant Panum, en pratiquant les analyses d’après la méthode de Scherer, est arrivé à des résultats différents ; or, s il y a une diminution absolue de la masse sanguine, il doit y avoir nécessairement une diminution absolue du nombre des globules, ce qui s’accorde parfaitement avec les conclusions de Gavarret et les analyses de Lccanu, qui a vu les globules s’abaisser de 127 à 82; mais au moment où cet examen a été pratiqué, le corps n’avait-il pas perdu déjà un tiers de son poids? S’il en est ainsi, on peut dire des globules ce que nous avons dit du sang total, c’est que leur diminution est proportionnée aux déperditions en général, mais ne saurait être ni la cause, ni le point de départ des autres phénomènes de l’inanition. Il en est tout autrement dans l’aglobulie d’origine hémorrhagique ; entre celle-ci et l’aglobulie qui succède à l’inanition, il y a donc à établir une distinction radicale qui domine toute la thérapeutique de ces deux classes d’anémies.
La fibrine ne se modifie pas plus que l’élément globulaire ; elle n’est donc pas, comme on le croit généralement, la matière nutritive des organes ; car, s’il en était ainsi, elle devrait diminuer plus rapidement que les parenchymes, et c’est le contraire qui a lieu. C’est l’albumine qui diminue de la manière la plus manifeste, et cela dès les premiers jours ; la dépréciation est de près de 50 pour 100 ; on peut donc lui attribuer quelques propriétés nutritives.
Au résumé, l’inanition ne déprécie le sang et ses globules que proportionnellement aux déperditions corporelles; l’aglobulie n’est donc pas primitive, il se développe au contraire une tendance manifeste à l’hydrémie vraie, c’est-à-dire, avec perte d’albumine ; or, nous savons que l’analbuminémie présente des conséquences bien autrement graves que l’anémie globulaire.
Urines cle l’inanition. — L’urine, pendant les trois premiers jours de l’inanition, diminue plus vite que le poids du corps ;
pendant les jours suivants, la diminution est proportionnelle à celle du corps. En même temps, la sécrétion éprouve des changements considérables : l’acidité normale de l’urine persiste ; les acides phosphorique et sulfurique tendent même à augmenter, le chlorure de sodium disparaît au contraire rapidement, et, dès le cinquième jour de l’expérience, il n’y en a plus de traces; mais le phénomène le plus remarquable est la diminution de l’urée; l’autophagie, très-manifeste le premier jour, donne encore lieu à une quantité d’urée assez marquée ; l’usure des tissus semble devoir donner les mêmes résultats, c’est-à-dire les mêmes produits éliminatoires azotés, qu’une nourriture azotée; on en avait conclu a priori que l’urée qui représente la dénutrition des organes devait se maintenir au chiffre normal; or, il n’en est rien. Dès le surlendemain, chez le chien, il ne s’élimine plus que 8 grammes d’urée, le sixième jour h grammes, et moins de 1 gramme le dix-huitième jour.
La production de l’urée s’amoindrit avec les progrès de l’inanition, ce qui prouve que les oxydations s’affaiblissent partout, surtout dans les tissus organisés. Les mêmes phénomènes s’observent chez l’homme. Après une abstinence de vingt-quatre heures, il ne rend plus que 17 grammes d’urée (ou 9 grammes d’azote). Qu’on ne croie pas d’ailleurs que l’azote qui manque, en pareil cas, se retrouve dans aucun autre principe de l’urine; l’acide urique qui, dans l’état normal, est représenté par une moyenne de 0,50 par jour, tombe à 0,33 par le fait de la diète. Par rapport à l’urée, l’acide urique diminue également; ce rapport n’est plus que 1:71 au lieu d’être de 1: 45, chiffre normal.
Pendant que l’urée et l’acide urique diminuent et que les chlorures disparaissent, il se manifeste une autre altération grave, c’est l’albuminurie, qui n’a cependant pas de connexité positive avec aucun des phénomènes indiqués, pas même avec la disparition des sels. E. Rosenthal a constaté en effet, que si on ajoute 2 à 3 grammes de sel marin à une alimentation insuffisante, il reparaît dans les urines, mais l’albumine ne disparaît pas immédiatement. Cette albuminurie ne peut être attribuée qu’à deux causes, ou une lésion des reins ou la dilution du sang; or, les urines ne contiennent dans ce cas ni globules sanguins, ni corpuscules de pus, ni épithéliums, ni cylindre
fibrineux; tout ce qui, clans les urines, indique une dégénérescence ou une irritation des reins, semble donc manquer d’une manière absolue; les reins n’éprouvent d’ailleurs pas de modification appréciable de poids par le fait de l’inanition (G bossai). Cependant, il est douteux que l’hydrémie suffise pour provoquer le passage du sérum à travers les tubes urinifères; l’examen histologique des reins n’a jamais été pratiqué, pas même par Rosenthal; les urines n’ont pas été examinées au point de vue des épithéliums ; on est donc en droit de supposer qu’une modification intime s’établit dans la texture rénale, soit primitivement, soit sous l’influence de l’altération du sang, qui ne serait par conséquent qu’une circonstance adjuvante, une cause prédisposante de dénutrition du rein.
Combustions respiratoires. — Température. — Les phénomènes respiratoires se modifient comme les oxydations des tissus organiques ; pendant les premiers jours, la quantité d’acide carbonique exhalée correspond exactement à la perte totale du poids, de sorte que chaque kilogramme du poids corporel fournit chaque jour la même quantité d’acide carbonique que dans l’état de santé; plus tard, les rapports changent; chaque portion de la trame organique semble former et éliminer une plus grande quantité d’acide carbonique ; mais, considéré dans son ensemble et pendant toute l’inanition, l’organisme rend moins d’acide carbonique. Ainsi, chez l’homme, au lieu de 216 grammes, le poumon n’expire plus que 185 grammes de carbone ; cette fonction est donc moins atteinte que la formation de l’urée ; mais chez les animaux arrivés à la limite extrême de la vie, l’émission de carbone s’affaiblit rapidement.
En somme, l’absorption d’oxygène s’amoindrit régulièrement du début jusqu’à la fin de l’expérience; l’animal brûle les matériaux graisseux, puis les chairs, de sorte que le rapport de l’oxygène à l’acide carbonique s’établit alors à peu près comme s’il s’agit d’une alimentation graisseuse, puis d’un régime protéique insuffisant.
La faiblesse des oxydations détermine une débilitation considérable, une circulation plus faible, une respiration plus lente, mais surtout un abaissement de la température ; le premier jour, il y a un refroidissement marqué, puis il n’est plus que
de 3 degrés par jour; les variations diurnes continuent; pendant le sommeil, la chaleur se perd ; enfin, quand elle est descendue à 25 degrés, l’animal meurt.
Digestion et absorption. — L’abstinence prolongée détermine dans le tube digestifdes modifications telles, que la sécrétion du suc gastrique est enrayée, que la digestion devient dillicile ou impossible; aussi, après la diète, on ne doit revenir que graduellement à l’alimentation normale.
Une diète rigoureuse présente donc ce premier danger; elle en entraîne un autre, c’est la difficulté de l’absorption à une certaine période de l’inanition ; en effet, chez les malades soumis à l’abstinence, les matériaux de résorption sont puisés pour ainsi dire exclusivement dans les tissus adipeux et musculaires; si les suppurations diminuent, si les ulcères se tarissent, si les éruptions pâlissent, c’est que les sécrétions s’arrêtent, mais d’une manière temporaire; en tous les cas, l’absorption est loin de s’exercer sur les produits morbides ; il sufiitde citer les épanchements séreux ou fibrineux, les inflammations parenchymateuses, que l’on voit résister aux diètes les plus absolues.
g 2. — Des anémies par alimentations défectueuses.
Nourriture exclusivement hydro carbonée. — Le régime non azoté produit rapidement les mêmes désordres que l’abstinence; l’amaigrissement porte principalement sur les tissus organisés; il en résulte que l’urée, qui se maintient d’abord à son chiffre normal, finit par diminuer et tomber au minimum* exactement comme dans la diète absolue. L’acide urique diminue aussi, mais dans des proportions moindres; par un régime mixte, son rapport avec l’urée s’exprime par 1,45 ; sous l’influence du régime hydro-carboné, il n’est plus représenté que par 1,61. L’élimination du carbone, au contraire, se maintient dans la moyenne physiologique pendant un assez long temps; l’acide carbonique continue à se former aux dépens des aliments féculents et, d’une autre part, aux dépens de la graisse de réserve ; mais comme l’azote absorbé ne suffit pas pour couvrir les pertes de même nature , l’activité nervomusculaire s’amoindrit et les oxydations des matières hydro-
carbonées, d’origine externe ou interne, finissent par s’enrayer à leur tour. On a donc tous les effets de l’inanition.
Nourriture exclusivement animale. — Il paraît étrange qu’une nourriture exclusivement animale puisse produire l’inanition ; cependant rien n’est plus exact. Magendie, en nourrissant un chien avec la fibrine, le vit bientôt dépérir; cette expérience, qui a été confirmée par tous les physiologistes, ne saurait s’expliquer par l’ancienne doctrine, qui attribue aux aliments albuminoïdes un pouvoir plastique et une propriété nutritive irréprochable; aussi, a-t-on pensé que le dépérissement était dû en ce cas au dégoût, à la difficulté de digérer ; mais la vérité est celle-ci : pour que l’azote absorbé puisse couvrir la dépense d’azote, il faut qu’il y ait en même temps équation entre la recette et la perte de carbone ; c’est une confirmation irréfutable de la loi posée par Voït. — La nourriture de l’homme ne peut être exclusivement animale; bien que dans ces dernières années on ait singulièrement préconisé et exagéré ce genre de régime, il produit des inconvénients graves, quoique différents de ceux de l’alimentation défectueuse. La digestion et l’absorption ne s’accomplissent plus d’une manière complète ; chez un homme qui prendrait 1500 à 2000 grammes de viande par jour, le pouvoir digestif ne s’exerce plus que sur les 8 à 9/10 de l’aliment. Un autre fait bien plus étrange s’observe en pareil cas ; le poids corporel éprouve une sensible diminution ; les quantités les plus considérables d’albuminates ou de syntonine musculaire qu’un homme puisse ingérer et surtout digérer ne suffisent pas pour couvrir les pertes; qu’arrive-t-il en effet en pareil cas? Les chairs et le sang ne s’usent plus que modérément, et cette transformation ne suffit pas pour fournir le carbone qui doit s’exhaler naturellement ; la proportion de charbon contenue dans la chair dépasse à peine celle qui est expirée pendant l’inanition ; donc la dénutrition doit porter sur les tissus de l’organisme ; ils s’épuisent en carbone, sans pouvoir s’annexer l’azote.
Les composés azolifères s’éliminent, en effet, d’une manière excessive; l’ingestion de 1800 grammes de viande donne à Ranke 86 grammes d’urée, au lieu de 28, chiffre normal; l’acide urique, d’une autre part, s’élève proportionnellement;
et contracte relativement à l’urée le rapport de 1:36 et même 1:23 (le rapport normal est de 1 :Z|5) ; ainsi le régime exclusivement azoté augmente à la fois l’urée et l’acide urique ; mais cette augmentation ne se fait pas immédiatement en proportion directe de l’apport; elle n’est sensible qu’après vingtquatre heures révolues, puis elle continue le jour suivant.
A un moment donné, si on pouvait obtenir l’équilibre nutritif par l’usage exclusif de la viande, il faudrait toujours tenir compte du régime antérieur. Un chien habituellement nourri de viande consomme pour sa ration journalière d’entretien environ ZjO grammes de viande pour chaque kilogramme du poids de l’animal; si la ration n’est plus que de trentequatre grammes, l’ amaigrissement commence.
Il en est de même chez l’homme ; on ne saurait impunément rationner l’individu habitué à une alimentation de luxe. Cette circonstance doit toujours être présente 5 l’esprit du praticien, qui prescrit un régime spécial.
Pour compléter l’histoire des alimentations exclusives ou insuffisantes, il nous reste à parler des maladies populaires, qui résultent de ces graves défauts de l’hygiène publique.
inanitions épidémiques. Dans certaines contrées pauvres ou privées de voies de communication , les mauvaises récoltes, les années de sécheresse qui compromettent les pâturages, les épizooties qui sévissent sur le bétail alimentaire, finissent par produire parfois des ravages considérables. La rareté et le renchérissement des viandes, conséquence inévitable de ces périodes calamiteuses, déterminent toujours l’insuffisance alimentaire ou le défaut d’azote ; dans tous les cas, les populations affamées ou mal nourries ne tardent pas à subir les effets d’une inanition lente, dont les phénomènes présentent, dans leur manière d’être et dans leur enchaînement, l’identité la plus absolue avec ceux de l’abstinence. Pour s’en convaincre, il n’est malheureusement pas nécessaire de remonter aux siècles précédents. En 1818, il régna en Belgique une famine dont Mersman a tracé le plus saisissant tableau. En 18/[3, Virchow fut délégué pour étudier les moyens de combattre les effets de la misère qui désolait les villages de la Silésie. Plus près de l’époque actuelle, on a pu observer en Ir-
lande les suites désastreuses de l’usage exclusif des pommes de terre. Enfin, en 1865, la chaleur et la sécheresse qui régnèrent en Hongrie amenèrent la perte des fourrages, et par suite la mort du bétail ; il en résulta une famine des plus graves. Dans toutes ces pénibles circonstances, les ell'ets ont été et sont toujours les mêmes.
La pâleur et l’amaigrissement constituent les premiers signes qui caractérisent la dénutrition; puis les mouvements deviennent lents et faibles; les digestions se troublent, et bientôt se manifeste la série des altérations du sang. Par suite de la privation d’aliments, les matières plasmatiques du sang s’usent pour l’entretien du fonctionnement organique; puis, comme elles ne sont pas remplacées, le sang devient séreux, en même temps que les globules diminuent d’une manière absolue, et que l’albumine subit une dépréciation de plus de moitié : si les lésions et leurs causes persistent, il peut en résulter une désalbuminémie et par conséquent une disposition à l’hydropisie. En 1771, Arand observa à Eichfeld 1 ’hydrops famelicus avec toutes ses conséquences ; mais de pareils phénomènes sont au moins rares. Virchow, qui a observé la famine de Spessart et en même temps une épidémie de typhus pétéchial, n’a pas constaté les infiltrations séreuses ; il conclut de là que ce phénomène ne se produit qu’autant qu’il se joint à une autre cause, telle qu’une intoxication paludéenne, un état cachectique,
g 3, — Des anémies d’origine dyspeptique.
A côté des anémies de privations doivent naturellement figurer celles qui résultent d’un défaut d’assimilation ; il suffit que les digestions soient troublées pendant un certain temps pour qu’il s’en suive une inanition semblable à celle qui résulte d’une alimentation insuffisante. Quand le suc gastrique est diminué ou altéré par suite des lésions des glandes à pepsine, lors même que ces lésions n’auraient pas le caractère des dégénérescences, la dyspepsie qui en est la conséquence entraîne la dénutrition d’une manière fatale; il n’en est pas de même lorsqu’il s’agit de dyspepsies dites nerveuses , et surtout de gastralgies ; les troubles nervo-musculaires de 1 estomac, tels q.ue les crampes, les anesthésies et les hyperesthésies de 1 oi-
gane, peuvent persister longtemps, sans que la nutrition en souffre. La raison en est bien simple : la sécrétion du suc gastrique n’est que médiocrement influencée par l’innervation; nous le prouverons en parlant des phénomènes digestifs qui ont lieu chez les anémiques.
Les dyspepsies et leurs diverses formes ont, en effet, le double privilège d’être à la fois causes et symptômes des anémies. En tant que causes, elles produisent les anémies d’inanition; en tant que signes des anémies en général, elles contribuent souvent à aggraver l’état des malades.