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C. Anémies d'épuisement nervo-musculaire

Alimentation de l’ouvrier.

Dans les traités classiques de physiologie et de médecine, la fatigue musculaire est indiquée sans hésitation comme une source d’appauvrissement du sang, comme une cause d’anémie; mais la preuve n’en a jamais été fournie, et les données récentes de la science expérimentale ont mis en doute et le fait et l’explication. Le travail excessif ne se borne pas à altérer les globules ; il lèse profondément tous les tissus, et cela est si vrai que, chez les animaux surmenés, il est facile, d’après les recherches de Bouley, de provoquer les maladies les plus graves, entre autres la morve. L’exercice musculaire est, dans de larges limites, un \entable bienfait. Mais dès que la dépense de forces est exagérée ou continue, il en resuite une détérioration de tout le système musculaire, et par suite un dépérissement bien autrement grave que l’anémie globulaire. Le travail physique produit donc moins ou plus qu’une anémie. Mais quelle est la limite do travail, et quand commence l’abus des forces ? Quel est le genre de nourriture approprié au développement des forces musculaires? La solution de ces questions, qui touchent de si près l’hygiène sociale, exigera de nombreux développements. II importe de savoir : 1° les transmutations intimes qui s’opèrent dans le muscle pendant le travail, soit modéré, soit excessif; 2° la transformation des affinités chimiques en travail mécanique; 3° enfin les modifications que le travail imprime à

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l’organisme dans les conditions hygiéniques normales ou défectueuses.

La composition du muscle comme ses propriétés physiques diffèrent absolument, selon qu’il est à l’état de repos, de contraction, de fatigue. Dès que le muscle est excité à prendre l’état astif, ses oxydations se multiplient, ses forces augmentent, son travail mécanique commence. Si ce travail est exagéré, les produits d’oxydation s’accumulent dans l’organe, dont ils gênent le fonctionnement, c’est la fatigue ; si enfin le muscle cesse d’absorber l’oxygène, il entre dans cette phase mortelle appelée rigidité cadavérique, qui peut, au milieu de la vie, envahir un muscle ou un groupe musculaire isolé. La composition chimique diffère naturellement dans ces divers états du muscle.

Oxydation pendant le repos et l’action. La substance mUSCU-

laire abstraction faite des tissus tendineux et connectifs, se compose de trois séries fondamentales: les corps protéiques

sels des globules.

(a) Corps albumineux constituants : masculine et myosme —

' ' 1 X vivant flïYPP.S

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est élevée, plus le suc albumineux se coagule rapidement ; à à5 degrés sa coagulation est instantanée; aussi, chez les mammifères, la mort a lieu infailliblement à 49 degrés de chaleur ; la myosine du cœur se lige et enraye ses mouvements (Bernard). C’est encore la coagulation qui détermine les phénomènes de la rigidité cadavérique et de la fatigue.

Outre la myosine et la musculine, le muscle contient encore des traces d’albumine qu’on peut entraîner par une injection d’eau ; le suc spécial reste dans la trame fibrillaire.

(b) Produits dérivés de la musculine : créatine, acide urique. — Dans le muscle, on trouve un grand nombre de produits d’oxydations. Les plus importants sont la créatine et la créatinine, dont l’ensemble se monte chez les mammifères à 18 pour 100, au repos, et à 21 pour 100 pendant la contraction (Sarokin) ; dans le dernier cas, c’est la créatine qui subit la principale augmentation : elle dépasse alors de plus de moitié la proportion de créatinine. Toutes deux dérivent des corps albuminoïdes du muscle, et ce qui le prouve, c’est que la créatine, en passant par le sang, où elle prédomine, se transforme d’une part en urée et d’autre part en créatinine, et c’est sous cette dernière forme qu’elle est éliminée par l’urine.

Outre ces produits régressifs, le muscle contient de l’acide urique et des substances qui s’en rapprochent ; c’est la sarkine, la xanthine, l’hypoxanthine, qui sont toutes isomères.

Inosite, glycose.— Scherer a constaté dans le cœur, de Tinosite qui diffère du sucre de raisin en ce qu’il n’est ni fermentescible ni susceptible de réduire la liqueur de Fehling. Cette substance, qu’on a retrouvée dans certains parenchymes (Valentiner), dans les urines pathologiques (Gallois), et même dans les urines saines, semble manquer dans les muscles de la vie de relation: mais il existe dans tous les muscles une quantité très-appréciable de glycose analogue au sucre hépatique et diabétique. Déjà soupçonné par Poiseuille et Lefort, indiqué par Samson, démontré par Rouget dans les muscles de l’embryon, où il est à l’état de matière glycogène, le sucre a été retrouvé par Meisner dans la substance musculaire en général, même quand l’alimentation ne comprenait ni fécule ni sucre. Comme c’est : dans le muscle et non dans le sang que la matière saccharine a

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son siège, on peut supposer qu’elle n’est qu’un produit du dédoublement ou de l’oxydation des matières protéiques. Si Meisner l’a constatée principalement dans le muscle au repos, Ranke a au contraire prouvé qu’elle ne se développe que pendant et par la contraction.

Acide lactique. — Le muscle qui a conservé ses propriétés vitales, à moins d’avoir été épuisé par le travail, fournit un suc constamment neutre ou alcalin. Dubois-Reymond a piouvé, contre Liebig, qu’un fragment de muscle pris sur le vivant, ou sur un animal qui vient de mourir sans convulsions, présente toujours l’une ou l’autre des réactions indiquées, même si on a eu soin de vider les vaisseaux par un courant d’eau, pour éviter l’immixtion du sang, qui est alcalin. L acidité est, au contraire, manifeste pendant la vie, lorsque le muscle a été fatigué, ainsi à la suite de convulsions, de tétanos, soit spontané soit provoqué par la strychnine ou par des courants électriques répétés. La preuve de cette influence s’acquiert facilement si l’on compare sur le même animal empoisonné par la strychnine les muscles en général avec ceux des membres inférieurs, dont on a préalablement coupé le nerf sciatique, de façon à enrayer les convulsions locales. Le même pnenomene se développe aussi sur les muscles qui subissent la rigidité cadavérique • il suffit de les exposer à une température de 45 degrés pour qu’à l’instant même ils deviennent rigides et en même temps acides. Dans tous ces cas, la réaction est due à l’acide lactique ; cet acide se forme dans le muscle lu.-meme et ne préexiste pas dans le sang, car on peut enlever impunémen tout le sang sans détruire l’acidité du muscle. Quand 1 organe est épuisé par des contractions successives, l’acide lactique s accumule dans le suc musculaire, dont il détermine bientôt la coagulation. Par le fait des contractions, le sucre augmente et suSt, selon toutes les probabilités, la ferm— ac Uque. On sait aujourd’hui que tous les sucres, c est-à-dire non-seu ment le sucre de lait, mais aussi la glycose et l’inosite, peuven , ST» décomposant, donner naissance à l’ac. e tacüqum ^ (c) Échanges gazeux ou respiration des mu formation de la musculine et de la myosine en principes régressifs n’est pas directement démontrée, il ne reste au con rai ,

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aucun doute sur les oxydations complètes qui s’opèrent dans le muscle; il absorbe, en effet, l’oxygène et dégage l’acide carbonique ; c’est la preuve d’une respiration intime, qui peut s’opérer même dans le muscle entièrement isolé et privé du sang qu’il contenait. Lorsque, ainsi préparé, on plonge le muscle dans l’oxygène , il conserve son irritabilité bien plus longtemps que dans les autres gaz (Humboldt). Il continue à absorber l’oxygène, et en même temps à former de l’acide carbonique, surtout si on excite le nerf moteur. Ces phénomènes sont plus marqués pendant la vie ; les échanges gazeux acquièrent toute leur intensité pendant l’excitation, c’est-à-dire pendant la contraction du muscle : on peut s’en assurer en comparant le sang du muscle au repos avec celui du muscle qui fonctionne. Le sang veineux contient en moyenne 6,71 pour 100 d acide carbonique de plus que le sang artériel. Pendant la contraction, la différence s’élève à 10,79 pour 100 (Sczelkow). L acide carbonique exhalé par le muscle lui-même augmente dans des proportions encore plus marquées ; ibpeut s’élever de 82 à 180 ; mais il est un fait important à noter, c’est que l’absorption d’oxygène n’augmente jamais de plus de 50 pour 100. Pendant la contraction , il y a pour un volume d’oxygène absorbé, plus d’acide carbonique expiré qu’au repos, c’est-à-dire que la plus grande partie de l’oxygène absorbé est utilisée pour la formation de 1 acide carbonique. On peut donc affirmer que les oxydations sont toutes augmentées, mais surtout celles qui sont complètes.

Au résumé, la chair musculaire se détruit pendant et par le tiavail qu elle fournit. Les résultats de cette usure sont, d’une part, les dérivés azotés, la créatine, l’acide urique, la sarkine ; d autre part, des dérivés hydrocarbonés (sucre et acide lactique); enfin des produits ultimes (acide carbonique). C’est là la doctrine qui a régné jusqu’à ce que Bischof et Voit vinrent soutenir que le travail ne désagrégé et ne détruit pas les éléments du muscle. Nous discuterons cette opinion qui est contraire à toutes les idées reçues.

Oxydations pendant la fatigue musculaire. — TOUS les genres

d’excitants n’exercent pas le même effet sur le muscle, et son irritabilité varie sans cesse. Si elle augmente, par exemple

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avec la quantité d’oxygène qu’il renferme (Humboldt, G. Liebig), avec la force du courant musculaire, il arrive cependant un moment où toutes les excitations produisent les mêmes résultats : après des contractions répétées ou prolongées, le fonctionnement même du muscle finit par abaisser la force musculaire pour un certain temps, et cette dépréciation s’appelle la fatigue. Quelle en est la cause réelle ? Est-ce l’usure de l’oxygène, ou l’accumulation des produits d’oxydation dans le muscle, ou le défaut d’éléments nouveaux préparés pendant le repos? Les produits régressifs s accumulent manifestement dans le sang. Lorsque, en effet, on soumet une grenouille à l’action de la strychnine jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de contractions réflexes, et qu’on enlève tout le sang en saignant l’aorte, les mouvements reparaissent par des excitations électriques, qui jusque-là étaient restées impuissantes. Ainsi, la soustraction du sang intra-musculaire enlève les agents de l’épuisement. Or, comme le sang, ainsi que nous le démontrerons, loin d’être contraire à l’action du muscle, lui est pour ainsi dire indispensable, ce sont les produits anormaux qui lui impriment des qualités nuisibles. Dès l’instant qu’ils sont entraînés par la circulation, la fatigue cesse. Ce qui prouve que c’est bien le suc musculaire, devenu acide, qui est la cause de l’épuisement, c’est que, si on injecte ce liquide, on diminue graduellement l’irritabilité du muscle, qui dès lors ne se contracte plus que faiblement, et si on opère sur le cœur, il ne se remet plus.

Parmi les matières contenues dans le plasma musculaire, c’est surtout l’acide lactique qui agit; car, si on l’injecte seul, il tue immédiatement le cœur et les autres muscles, après une excitation préalable. En ce cas, il suffit de neutraliser 1 acide DOur que le phénomène fasse défaut.

Au résumé, le muscle qui est fatigué n’est pas encore épuisé ; la fatigue résulte de l’accumulation des produits de décomposition dans le muscle. Ce n’est pas le tissu contractile qui manque, et il n’est pas besoin de nouveaux matériaux pour fortifier le muscle fatigué ; mais les anciens produits doiven être éliminés, sinon la motricité s’épuise totalement (Raïue).

' Influence du sang sur les oxydations et les forces du ~

Les oxydations que nous venons d’étudier s’activent pendant

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les contractions, s’exagèrent pendant la fatigue; les contractions elles-mêmes ne peuvent avoir lieu pendant la vie que par l’excitation nerveuse, soit qu’elle provienne des centres nerveux, soit qu’elle émane du système nerveux périphérique sous forme directe ouréllexe. Elle s’exerce par le nerf moteur qui jouit d’une irritabilité propre, facile à vérifier et prompte à se perdre par la section du nerf. Mais outre cette excitabilité d’emprunt, le muscle possède une autre excitabilité spéciale et parfaitement distincte, car, tandis que la première se perd ordinairement quatre jours après la destruction du nerf, la seconde peut persister trois mois et plus : c’est ce qui ressort clairement des recherches de Longet. Mais il est un caractère commun aux nerfs comme aux muscles, c’est de ne pouvoir fonctionner que par le sang. Le sang artériel apporte à tous ces organes les matériaux de nutrition ; si on le supprime soit par la ligature du vaisseau, soit par une compression, soit par une oblitération, toute fonction cesse. Ainsi, chez le chien, si on lie ou si on comprime l’aorte, les mouvements du train postérieur s’affaiblissent et ne peuvent plus se manifester qu 'après un repos assez prolongé ; les nerfs conservent bien encore quelques heures leur irritabilité, mais l’excitation ne produit plus que des effets peu marqués ; les muscles ne perdent leur irritabilité que plus tard, il suffit même de la présence d’une très-petite quantité de sang pour qu’ils se rétablissent, tandis que les nerfs ne peuvent pas revivre, même si on leur restitue le sang. La sensibilité se paralyse le plus ordinairement après que les mouvements sont affaiblis, et elle disparaît des extrémités vers les centres ; l’inverse a lieu pour les mouvements. Tous ces phénomènes sont manifestement le résultat de l’arrêt de la circulation, ainsi qu’il résulte des expériences de Sténon, Brown- Séquard et surtout des injections pratiquées par Vulpian à l’aide de poudres inertes dans les vaisseaux. Privé de sang artériel, le muscle ne trouve plus d’oxygène pour respirer; puis, les matériaux pour opérer ses échanges intimes venant à leur tour à manquer, il meurt ; la substance musculaire s’altère ; le fluide coagulable se concrète, en même temps qu’il se développe une réaction acide de tout l’organe; le contenu des canalicules musculaires se durcit, prend un aspect terne, la

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fibre ne peut plus se plisser et elle perd son irritabilité; tout le muscle prend une consistance pâteuse, devient plus court et plus épais; enfin son courant électrique disparaît; c’est là la rigidité cadavérique, qu’on considérait autrefois comme une contraction ultime, mais qu’on sait maintenant (Kühne) être le résultat d’une coagulation ultime. Quand un muscle privé de sang oxygéné a perdu son irritabilité et sa texture normale, il peut se rétablir, tant que la coagulation et la rigidité ne sont pas encore entièrement développées. Il suffit d’y faire pénétrer l’oxygène, soit en levant les ligatures artérielles soit en y injectant du sang artériel; Brown-Séquard prétend même que ce résultat peut s’obtenir quand déjà la rigidité a commencé, mais Kühne n’a pas réussi .

L'influence du sang sur la musculation est telle, qu’en le supprimant on peut produire une rigidité cadavérique artificielle sur l’animal vivant; il suffit de lier les artères pour que la roideur partielle se développe dans les muscles privés de sang; puis, si on relâche la ligature, l’irritabilité reparaît, et on peut ainsi pendant vingt à cent vingt minutes provoquer la mort et la revivification du muscle. En même temps il se développe dans le muscle rigide un fluide très-acide qui disparaît lorsqu’on rétablit la circulation, tandis que tous les autres muscles restent normaux ; ainsi la rigidité artificielle ne diffère pas dans sa nature, mais seulement dans son mode de production, de la roideur cadavérique chez les mêmes animaux ; l’une et l’autre résultent de la suppression de l’action du sang.

^2. De l’origine et de la transmutation des forces.

Dans l’organisme il y a des forces à l’état de tension qui se transforment sans cesse en forces actives; les premières sont représentées par l’oxygène absorbé, et d’une autre part par les corps oxydables qui pénètrent dans l’économie sous forme d’aliments. Par 1a. décomposition de ces corps et leur transformation en produits d’oxydation, c’est-à-dire en eau, acide carbonique, ou même en produits moins avances comme 1 urée, les affinités chimiques subissent de profondes modifications qui se traduisent par des déplacements moléculaires, de véritables

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mouvements intimes; les forces représentées par ces affinités perdent leur état tensif; elles se dégagent pour ainsi dire et prennent la forme active. Ces forces actives sont la chaleur, l’électricité et le travail mécanique. Or il est démontré aujourd’hui, depuis le mémorable travail du docteur Mayer, de Heilbronn, qu’elles peuvent toutes se transformer l’une dans l’autre, et cette transmutation est telle qu’il ne se perd aucune force, comme il ne se perd aucun atome dans le monde physique; cette loi qui a reçu depuis quelques années de si nombreuses applications en mécanique, se trouve être également vraie et utile dans l’ordre biologique; Helmholtz et Clausius en Allemagne, Joule en Angleterre, Béclard, Hirn, Regnauld, Verdet, Fabre, Gavarret, en France, l’ont prouvé d’une façon irréfutable.

Mesure du travail et de la caloricité. — En mécanique on appelle forces toutes les causes du mouvement de la matière pondérable. Lorsqu’une machine à vapeur soulève un fardeau, c’est la force expansive de la vapeur, en d’autres termes, c’est le calorique qui est employé à surmonter l’action de la pesanteur; le calorique constitue donc une force, et à ce litre elle ne peut être évaluée que par ses effets. Ce qu’on appelle la température d’un corps, et ce que nous mesurons avec nos thermomètres, n’indique que la force calorique actuellement libre dans ce corps ; mais le thermomètre ne précise point la quantité de chaleur absolue ; celle-ci varie non-seulement selon l’intensité de la chaleur du corps, mais selon son volume; en combinant ces deux éléments, on peut arriver à une mesure correcte, c’est ce qu’on fait en physique ; on appelle unité de chaleur ou calorie, la quantité de chaleur nécessaire à un kilog. d’eau à 0, .pour élever sa température de 1 degré centigrade.

Voyons maintenant ce qu’est le travail. Lorsqu’une force motrice détermine le mouvement d’un corps, sa vitesse ne dépend pas seulement de l’intensité de cette force, mais de l’espace que parcourt ce corps; c’est ce double produit qui exprime l’action réelle, et constitue ce qu’on nomme le travail ^mécanique; la quantité d’action qu’il faut dépenser pou?

> soulever un kilog. à un mètre de hauteur, c’est ce qu’on appelle le kilogrammètre.

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§ 3. — Sources de la chaleur.

Le corps de tous les êtres vivants constitue une source de chaleur, un foyer continu; si le calorique qui s’y développe sans cesse n’en élève pas indéfiniment la température, c’est parce que les pertes externes de chaleur sont égales aux quantités de chaleur produites intérieurement, et sont d’ailleurs réglées par l’organisme lui-même, de manière à ce que la température de chaque être reste constante à un demi degré près, malgré les variations de température du milieu ambiant. Cette chaleur interne n’est pas, comme on le croyait autrefois, créée de toutes pièces par la puissance vitale ; la vie ne peut créer avec rien aucun des éléments pondérables ou impondérables qui constituent l’être vivant, nihil ex nihilo ; l’organisme ne peut qu’utiliser les éléments qu’il trouve dans le monde physique, et je me hâte d’ajouter que tout ce qu’il a utilisé de force ou de matière ne peut plus rentrer dans le néant: nihil in nihilum.

Pour ce qui est de la chaleur, elle se forme dans tous les organes qui sont le siège d’une oxydation, cest-à-dire partout, à l’exception des tissus cornés ; quand le corps est en repos, ce calorique disparaît par le fonctionnement physiologique; toute la puissance du cœur se transmet à la masse du sang, et se détruit par le frottement du liquide contre les parois des vaisseaux, surtout des capillaires, en développant la vitesse et le travail mécanique. Quand le corps est en mouvement, il se forme et de la chaleur et du travail mécanique, tous deux dans les muscles, qui sont les seuls organes doués d une véritable motricité. Lorsqu’enfin les contractions musculaires s’appliquent à un travail statique, la chaleur développée est moins forte que par le mouvement proprement dit ; c’est ce qui résulte des belles recherches de Béclard sur la transmutation des

forces.

Au résumé, l’origine des forces peut se formuler ainsi: toute force active, dans l’organisme, n’est que la résultante des forces préexistant à l’état de tension ; toute force active dérive, en fin de compte, soit d’une décomposition chimique de la

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matière organique, soit des affinités qui se détruisent pendant les oxydations.

Pour maintenir l’équilibre dans l’organisme il faut toujours une certaine somme d’oxydations; elle est indispensable à l’accomplissement des fonctions essentielles de la vie, c’est-à-dire des contractions du cœur, des mouvements respiratoires, et de la calorification. A ce minimum de forces correspond le minimum des métamorphoses intimes. Si les forces sont employées en plus comme dans le travail effectif des muscles de la volonté, ou bien encore si la chaleur animale se perd comme dans les climats froids, les oxydations augmentent; il en résulte une formation et une perte plus notable de produits régressifs, entre autres de l’acide carbonique ; de là la nécessité d’une réparation plus complète, en d’autres termes, d’un régime plus substantiel ou plus approprié. Tousses aliments peuvent développer ces forces, car il n’en est aucun qui ne puisse se prêter aux transformations ; il n’existe pas de principe nutritif exclusivement plastique ni calorigène, et la division classique des substances alimentaires ne saurait trouver ici son application. 11 n’en est pas moins vrai que, selon la dépense de forces musculaires, il y a un bilan à établir, une part à faire à chacun des deux genres de régimes.

L’état du système musculaire au moment de son fonctionnement influe singulièrement sur la qualité et la quantité de matériaux à exploiter. Depuis longtemps on sait que le muscle n’emprunte pas toute sa force aux nerfs moteurs, mais qu’il peut être considéré comme une sorte de machine avec un ressort tendu, qui ne reçoit du nerf que l’impulsion nécessaire pou” entrer en action, et par conséquent pour transformer sa force tensive en force vive ; celle-ci une fois mise en jeu dure tout le temps de la contraction, aussi bien pendant le raccourcissement du muscle, que dans la période de rétablissement.

L’excitation nerveuse n’est là que pour déterminer la combustion des matériaux oxydables du muscle, combustion qui mesure, comme nous l’avons dit, la somme des forces libres ; mais le degré et l’intensité des oxydations ne dépend qu’en partie de l’action nerveuse.

172 ÉTIOLOGIE DES ANÉMIES D’ÉPUISEMENT NEItVO-MUSCULAIKE.

Le muscle lui-même exerce une inlluence considérable sur ce résultat; ainsi, toutes conditions nerveuses étant égales, le mouvement de décomposition comprend d’autant plus d’éléments, que le muscle est plus tendu au moment de l’excitation nerveuse, et que sa tension augmente pendant le cours de la contraction. De deux muscles égaux et également innervés, celui qui subit pendant la contraction la tension la plus énergique, produira aussi le plus d’acide lactique, de chaleur et de force mécanique. Ainsi, après l’excitation nerveuse, le muscle continue à subir une oxydation qui, par conséquent, dégage de nouvelles forces pendant tout le temps de la contraction. On peut juger ainsi de la part à faire à l’influx nerveux, à l’état physique du muscle, au processus chimique qui s’y opère. Quel que soit du reste l’état antérieur des muscles, quel que soit le régime préalable, on peut tenir comme certain que le rapport des divers éléments combustibles qui se combinent avec l’oxygène est toujours le même. Il résulte de là que la chaleur développée à chaque instant dans notre corps est toujours rigoureusement proportionnelle au poids d’oxygène absorbé en un temps donné. Selon l’âge, le sexe, la constitution ou l’état de santé des individus, la quantité d’oxygène absorbée par heure (par conséquent la quantité de chaleur développée) varie d’une personne à l’autre entre 28 et 40 grammes ; mais chez tous, chaque gramme d’oxygène consommé produit à très-peu près 5 calories, c’est-à-dire cinq fois la chaleur nécessaire pour élever d’un degré la température d un kilogramme d’eau à zéro; par conséquent, celui qui absorbera 28 grammes d’oxygène produira 140 calories; en inspirant 40 grammes il donne naissance à 200 calories; cest là ce qui explique en partie le degré de résistance des divers individus, mais ce qui l’explique mieux encore, c’est l’énergie avec laquelle l’organisme retient la chaleur produite, et la manière dont il futilise.

g 4 De la transformation de la chaleur en travail mécanique.

Après avoir défini les sources du calorique, l’unité de chaleur ou calorie, l’unité de travail ou kilogrammètre, nous sommes à même de formuler la théorie mécanique de la cha-

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leur. Si une machine thermique, si compliquée qu’elle soit, produit un certain travail mécanique, c’est aux dépens d’une quantité correspondante de chaleur, en d’autres termes, s’il se produit du travail, il disparaît de la chaleur. De plus, la quantité de chaleur disparue et la quantité correspondante de travail apparu ont entre elles un rapport qui est toujours le même, quelles que soient les conditions dans lesquelles le phénomène se produit; c’est ce rapport constant, unique, qu’on appelle l’équivalent mécanique de la chaleur.

11 résulte des expériences les plus variées que l’équivalent mécanique de la chaleur est représenté par le nombre 425, c’est-à-dire, une calorie perdue produit 425 kilogram mètres de travail ; il suffit donc, pour savoir le nombre de kilcgrammètres de travail, produit par la disparition d’un certain nombre de calories, de multiplier ce dernier nombre par 425.

Chaleur produite par le déplacement du corps. — ■ Lorsque nous montons un escalier ou une montagne, les muscles par leurs contractions élèvent successivement le centre de gravité du corps, en surmontant la résistance qu’oppose le poids du corps; il y a ici une action évidente, dont le résultat définitif est d’élever la masse du corps, c’est là un travail effectif. Or toute production de travail suppose une perte de calorique; c’est ce qui a lieu en réalité. Admettons qu’un homme du poids de 75 kilos s’élève de 400 mètres par heure, et que pendant cette ascension il consomme par la respiration 100 grammes d’oxygène par heure; on sait déjà que chaque gramme d’oxygène fournit 5 calories; 100 grammes d’oxygène doivent produire 500 unités de chaleur ; mais, par la mesure directe de la chaleur, on ne trouve en fait que 430 calories; il s’en pe.’ii donc 70; c’est précisément ce qu’a coûté le travail de 30,000 kilogram mètres produits.

Supposons maintenant que le même expérimentateur descende de 400 mètres par heure, tout en continuant à absorber 100 grammes d’oxygène par heure; au lieu de 500 calories, on en trouve celte fois 570; c’est ce qu’ont produit 30,000 kilogrammètres de travail non dépensé ; c’est l’organisme qui en a recueilli le bénéfice. En effet, pendant la marche descendante le corps tend à descendre par son propre poids, en sur-

17 h ÉTIOLOGIE DES ANÉMIES d’ÉPUISEMENT NERVO-MUSCULAIRE.

montant la résistance musculaire; cette résistance n’est qu’un travail en pure porte, et toute perle de travail tourne en bénéfice de calorique.

Ainsi, dès qu’on fournit un travail externe positif, le gramme d’oxygène absorbé donne moins de 5 calories, chiffre correspondant, à l’état do repos ; dès qu’on fait un travail négatif, le gramme d’oxygène rend plus de 5 calories. Dans l’un et l’autre cas, la chaleur totale est toujours proportionnée exactement à la valeur totale du travail fourni ou perdu. Le moteur animé est donc soumis aux lois générales de la théorie mécanique de la chaleur.

En voici une nouvelle preuve : « Lorsque nous marchons a sur un sol horizontal, le centre de gravité du corps s’élève « et s’abaisse alternativement de hauteurs égales; il y a donc « production et perte alternatives de travail externe, et il doit « y avoir une dépense et une production alternatives de force a calorique qui se balancent et donnent zéro pour résultat u final. » (Hirn.)

On croit généralement que chacun des modes de locomotion constitue un travail; pour le physicien, il n’y a que la marche ascensionnelle qui forme un travail réel et par conséquent coûte du calorique à l’organisme; la marche descendante est, au contraire, un bénéfice de calorique pour l’organisme. Quant au mouvement horizontal, il ne produit aucune perte, aucune augmentation de chaleur.

't outes ces données ont été vérifiées par l’expérimentation ; Hirn a fait construire dans ce but une chambre respiratoire munie de tuyaux où l’air inspiré et l’air expiré sont mesurés, analysés à chaque instant de l’opération ; cette chambre contient en outre un calorimètre, et un appareil à palettes sur lesquelles l’expérimentateur peut élever le poids du corps. {Pour plus de détails voir le mémoire de M. Hirn.)

Voici maintenant les objections à la première partie de la doctrine : puisqu’il se consomme du calorique dans notre organisme quand nous fournissons un travail externe, comment se fait-il qu’une marche ascensionnelle, loin de rafraîchir le corps, amène au contraire rapidement un état de caloricité quelquefois intolérable ? Dès que nous commençons ù gravir,

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les battements du cœur s’accélèrent, la respiration s’élève de 18 à 30 ; le volume d’air inspiré s’accroît de 500 à 2,300 litres; la quantité d’oxygène absorbée, qui est de 30, augmente jusqu’à 130 grammes par heure; or, en supposant même une consommation active du calorique par le travail, il n’en reste pas moins un excès souvent considérable de chaleur. Comment l’expliquer? L’organisme est pourvu d’un véritable régulateur de la température : c’est le système nerveux ; c’est lui qui, chez l’homme robuste, habitué à la marche, fait que l’excès de chaleur produite est pour ainsi dire nul ; l’homme qui exécute avec intelligence un travail mécanique quelconque ne met en activité que les seuls muscles qui servent à produire ce travail ; les appareils respiratoire et circulatoire ne sont que médiocrement excités, tandis que l’homme qui met en jeu des forces ou des muscles inutiles à son but exagère en pure perte l’action des grands systèmes calorifiques et développe ainsi une quantité très-grande de chaleur qui ne sert pas à l’action dynamique (Ilirn).

Dans tous les cas, les pertes de calorique tendent à devenir égales à la production ; dans ce but l’organisme dispose de deux moyens : pour se débarrasser de tout excès de chaleur, il nivelle graduellement sa température avec la température extérieure, quand celle-ci est plus basse que la chaleur animale; mais lorsque cette ressource manque, il s’opère un autre genre de déperdition de calorique; elle est due à la perspiration cutanée et pulmonaire. Ainsi s’explique la disparition de l’excès de chaleur, quel que soit le milieu ambiant ; ainsi encore peut-on comprendre pourquoi le travail externe s’accompagne en définitive d’un refroidissement effectif.

Tout ce que nous venons de dire de la marche s’applique aux mouvements partiels.

Chaleur produite par les mouvements partiels. — Par ses recherches très-ingénieuses, Béclard tend à prouver que quand nous soulevons un poids par la flexion du bras, la température s’abaisse dans tous les muscles qui concourent à cette flexion, et fournissent ce travail externe; que les mêmes muscles, au contraire, s'échauffent lorsque nous laissons lentement le poids ramener le bras à sa position première ; qu’ enfin la tempéra-

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ture reste invariable lorsque le bras se meut horizontalement, c’est-à-dire lorsqu’il n’y a pas de travail externe produit, ni de travail perdu. Pour arriver à ces résultats, Béclard institua plusieurs séries d’expériences dans lesquelles il compare les contractions musculaires suivies d’ell'et mécanique, avec les contractions qu’il appelle statiques, et qui ne se traduisent par aucun travail extérieur. Une de ces expériences les plus probantes consiste à monter avec le bras droit un poids déterminé, en lui faisant parcourir un espace de 1 6 centimètres, puis à recommencer ainsi pendant cinq minutes, sans avoir à soutenir ce poids pendant la descente ; on obtient ainsi une diminution de température de 0,16, par cela même que la montée du poids constitue un travail effectif.

Puis, au lieu d’employer la puissance musculaire du bras à soulever un poids, si l’expérimentateur maintient ce poids en équilibre pendant ce même laps de temps, il ne fait en réalité qu’un travail négatit, qui ne doit pas modifier la température primitive, et c’est, en effet, ce qui a lieu. Au contraire, lorsque nous soulevons un poids, nous transformons notre calorique en travail mécanique ; nous usons, nous perdons du calorique exactement comme dans l’expérience de Hirn, lorsque nous élevons notre propre corps à une certaine hauteur.

Voici encore un exemple confirmatif. L individu qui soulève et qui abaisse alternativement un poids perd de la chaleur dans le premier moment, mais la regagne dans la deuxième action ; dans le premier cas, il a fait un travail effectif; dans la deuxième phase, un travail négatit ; les résultats opposés se compensent.

De nombreuses objections ont été faites aux recherches et aux résultats annoncés par Béclard ; en réalité les différences accusées dans ces diverses expériences sont peu marquées; ainsi la chaleur enlevée par le travail mécanique positif n est que de 1 à 2/10 de degré. Béclard a prévu la difficulté et la résolue partiellement en invoquant la perte de calorique par les surfaces d’évaporation ; mais cela ne suffit pas ; si en effet les températures ne diffèrent pas dans les deux séries d expériences, c’est que le travail qui consiste à soulever et à tenir soulevé un poids n’est qu’un travail statique ; or, par cela même il est incapable d’user la chaleur, c’est-à-dire, de dinn-

ÉTIOLOGIE DES ANÉMIES D’ÉPUISEMENT NERVO-MUSCULAIRE. 177

nuer la température du muscle d’une manière notable, comme la station debout diminuerait la chaleur du corps.

A cette remarque fondamentale, il faut ajouter une autre non moins péremptoire ; c’est que la température des muscles augmente en raison directe de leur tension antérieure ; cette donnée ressort clairement des recherches de Ileidenhain, sur la température considérée dans un muscle isolé.

Chaleur produite par la contraction d'un seul muscle . — Becquerel et Breschet, et surtout Helmholtz avaient déjà prouvé que la contraction d’un muscle en élève la température; mais ils n’avaient fait la part ni du genre de travail utile ou négatif, ni de la tension antérieure du muscle; il appartint à Heidenhain de démontrer que plus les forces tensives étaient développées dans un muscle au moment de sa contraction, plus l’action musculaire produit de chaleur. De deux muscles également innervés, également excités, celui qui est le plus chargé, le plus tendu, est aussi celui qui développe le plus de chaleur. Dans l’état naturel, le muscle est tendu par l’élasticité, force physique incapable de produire ni d’augmenter la chaleur; d’une autre part, parla tonicité musculaire ou tension vitale à laquelle préside le système nerveux. Lorsque cette force constante est augmentée par une nouvelle excitation, c’est alors que la chaleur augmente le plus manifestement, ' mais la transformation de la tonicité en force active pendant la contraction ne dépend pas uniquement de l’intensité de l’excitation des nerfs moteurs ; celte transmutation est bien plutôt déterminée par l’état du muscle, c’est-à-dire par sa tension avant et pendant 1 action ; en un mot, la somme des forces effectives augmente en proportion de la tension ; toutefois, au delà d’une Certaine limite, cette loi cesse d’être vraie, car si le musle est surchargé, son énergie diminue.

Tous les faits concordent avec cette donnée; en supposant une excitation nerveuse toujours la même dans toutes les expériences, voici en effet ce qu’on observe :

1° Si on charge les muscles avec des poids de plus en plus considérables, on voit, pendant l’excitation, augmenter à la fois le travail mécanique et la chaleur, celle-ci progressant plus lentement. Mais, au delà d’une certaine surcharge, la chaleur

178 ÉTIOLOGIE DES ANÉMIES D’ÉPUISEMENT NERV0-MUSCULAII1E. ainsi que le travail tendent à diminuer, et cest lu. tcmperatuie

qui baisse le plus rapidement;

2° Si, le muscle étant chargé graduellement, on V empêche de sc raccourcir pendant l’excitation, le travail est annihilé, mais la chaleur produite est considérable ; dans ce cas, la tension dépasse de beaucoup pendant le travail ce qu’elle était au

début ;

3° Si, étant chargé d’un poids déterminé, le muscle se contracte librement, il développera peu de chaleur en se contractant, c’est-à-dire en travaillant; mais il suffit qu’on s’oppose à la contraction du muscle et, par conséquent, qu’on empêche le travail, pour qu’à l’instant même la chaleur augmente. En pareil cas le travail non utilisé s’est transformé en chaleur.. C’est donc la confirmation complète de la loi des mutations de forces.

Ainsi, pour Heidenhain, la chaleur ne se développe pas par le fait seul du travail, mais en raison de la tonicité vitale ; cest elle qui se transforme directement en travail mécanique; la tension tonique du muscle est donc le vrai régulateur des effets

mécaniques qui se produisent.

A vrai dire, il importe peu que ce soit la tension ou le calorique qui se transforme en travail mécanique; toujoui» est-il qu’il y a là un exemple manifeste de la transmutation réciproque des forces vitales et mécaniques. Je me hâte d’aiouter qu’il faut remonter plus loin encore, c’est-a-dire aux forces chimiques ; ce sont les affinités moléculaires qui, en se modifiant, produisent la chaleur, et par conséquent constituent la force initiale.

Résume - La chaleur des muscles n augmente manifestement qu’en raison directe de l’état préalable de la tonicité du

nmsclc» • • t

Le travail mécanique effectif utilise avant tout cette tonicité,

puis la chaleur développée pendant la contraction.

Les forces soit tensives, soit thermiques, soit mécaniques, n peuvent se transformer l’une dans l’autre qu’en s’accompagnant

d’une modification chimique du muscle.

Nous avons déjà démontré ces oxydations du muscle , s’agit maintenant de déterminer quelle est 1 influence de musculation sur l’état chimique de l’organisme.

ÉTIOLOGIE DES ANÉMIES D’ÉPUISEMENT NERVO-MUSCULAIRE. 179

§ 5* — Chimie de l’organisme pendant le travail musculaire.

Pendant et par la contraction, le muscle subit deux genres d:oxydations : l’une, qui est complète, se traduit par une élimination d’acide carbonique en quantité supérieure à celle de l’oxygène absorbé ; l’autre genre d’oxydation est imparfait; il se borne à transformer les corps albumineux du muscle en une série de dérivés appelés créatine, acide urique, sarkine, dont aucun n’est aussi oxydé que l’urée. Pendant cette double série de phénomènes, que deviennent les combustions de tout l’organisme ? 11 était naturel de supposer que les influences locales musculaires retentiraient sur le reste de l’économie, et en effet, à en juger par les combustions respiratoires, on devait conclure à une suractivité générale pendant l’exercice musculaire.

Le travail active la combustion du carbone. — L’absorption d’oxygène est manifestement exagérée par le travail physique. Lavoisier a déjà démontré que la consommation d’oxygène est alors deux fois et demie plus considérable que pendant le repos (63 litres d’oxygène au lieu de 26 par heure). D’une autre part, les produits éliminatoires, surtout l’acide carbonique, augmentent dans des proportions plus marquées encore. Valentin, Sellai ling, Andial et Gavarret, E. Smith et presque tous les observateurs l’ont vérifié. Mais voici l’école physiologique de Munich, îepiésentéo par Bischot, Voit et Ranke, qui conteste sinon le fait, du moins son interprétation. Ce n’est pas pendant et par i exercice que 1 émission d’acide carbonique •s’accroît- il est impossible, d’après ces physiologistes, d’établir la corrélation de ces deux phénomènes. Pendant le travail, on peut même noter une diminution de l’exhalation gazeuse ; mais si on observe une plus longue période , c’est-à-dire durant’ le repos qui suit, on constate généralement un accroissement plus ou moins prolongé de l’exosmose carbonique. Toujours est-il que l’exhalation exagérée d’acide carbonique par le poumon indique un surcroît d’oxydations complètes, générales, et constitue un fait constant soit pendant, soit après le travail.

Le travail n’active pas sensiblement la combustion des principes azotés. — Par analogie, on a pensé que l’organisme devait

180 ÉTIOLOGIE DES ANÉMIES D’ÉPUISEMENT NERVO-MUSCULAIRE.

participer à tous les genres de combustions qui s’opèrent pendant l’exercice des muscles. La métamorphose de la musculine en principes rétrogrades semblait justifier celte manière de voir : on pouvait supposer que cette destruction des composés albuminoïdes se continuerait jusqu’à son dernier terme, c’est-àdire jusqu’àla formation de l’urée, qui représente la combustion la plus avancée des corps organiques et en constitue, pour ainsi dire, le déchet. Cet excès d’urée, passant dans le sang, devait se retrouver dans les urines. Cette doctrine, qui appartient à Liebig, se formulait ainsi : le travail musculaire use les tissus organiques, ouïes substances protéiques de l’économie, et augmente l’émission de l’urée, tandis qu’au repos les éléments se perdent en moindre quantité, et leur transformation ne sert qu’à développer la chaleur. Mais il s’agit avant tout d’établir cette première donnée, puis de démontrer que toute l’urée passe par les urines, et sert ainsi à mesurer le degré de décomposition de la trame organique. Le chimiste Lehman s’est chargé de la vérification expérimentale. « Un homme au repos, dit-il, fournit 32 grammes d’urée par jour, pendant et après le travail 36 à 37 grammes. » D’après d’autres (Beigel, Speck) l’augmentation serait d’un huitième ou même d’un tiers.

Or, toutes ces assertions sont contredites par les recherches plus précises de Roussin, de Draper, de Bischof et Voït, Louis Lehman et Ranke. Sur un chien qui, au repos, fournissait là, 2 grammes d’urée, Voït ne vit que 2,6 d’augmentation pendant le travail. Le même chien recevant une ration considérable d’aliments, on constata un excès énorme d’urée, 110 grammes; mais ce chiffre ne monta qu’à llà pendant le travail forcé. Ainsi, quel que soit le régime, le fonctionnement musculaire n’augmente pas l’uree d’une manière sensible. Louis Lehman, expérimentant sur l’homme, arriva même à nier toute espèce d’augmentation, et Ranke, qui opérait sur lui-même, fut amené aux mêmes conclusions négatives.

La contradiction entre les diverses expériences était flagrante. Les partisans de la doctrine de Liebig ont cru pouvoir atténuer les résultats nouveaux en disant que si l’urée ne se montre pas en excès dans les urines, c’est que l’usure du tissu musculaire ne va pas jusqu’à la formation de l’urée, mais s’arrête aux pro-

ÉTIOLOGIE DES ANÉMIES d’ÉPUISEMENT NERVO-MUSCULAIRE. 181

duits intermédiaires, comme la créatine, qui doit être plus considérable dans l’urine pendant le travail qu’au repos ; mais rien de semblable n’a été constaté. D’autres ont dit que si l’urée en excès ne s’élimine pas par les reins, elle passe par une autre voie, entre autres par la peau, en même temps que la sueur ; ce n’est là encore qu’une hypothèse à vérifier. Voici une troisième objection. 11 y a deux espèces d’urées : celle du sang, qui présente des différences énormes, dépendant uniquement de la quantité d’azote des aliments; la décomposition de la chair musculaire constitue une autre origine de l’urée; celle-ci varie peu en apparence, mais la plus petite variation relative doit être prise en considération. Enfin, Meisner a reproché à Voit d’avoir calculé d’après l’urine excrétée en un jour; or, après le travail, « il survient, dit Meisner, une fatigue qui peut entraîner la diminution de l’urée. » Mais ce reproche n’est pas fondé, car l’épuisement musculaire ne produit rien de semblable. Toutes ces objections ne détruisent donc en rien la loi formulée par Voit, à savoir que le travail n'use pas les corps albuminoïdes de l’organisme et n’ augmente pas sensiblement l'émission de l'urée.

Les variations de l’urée n’indiquent que les mutations de tou l’organisme. — Il est certain que la contraction ne saurait se faire sans que le muscle éprouve des modifications qui, toutes, indiquent l’usure de la substance musculaire. C’est cette métamorphose de la musculine qui est l’origine de la force. Les affinités chimiques se transforment en forces vives. Mais les mutations organiques, les oxydations de l’organisme luimême, à en croire Bischof et Voit, ne sont pas soumises à des conditions qu’on puisse créer à volonté ; elles dépendent uniquement de la masse et de la composition des matériaux nutritifs en réserve. Cette première donnée s’appuie sur une preuve directe, car le travail musculaire n’augmente pas régulièrement l’émission de l’urée. On peut s’en convaincre en divisant l’expérimentation par petites périodes; l’analyse des urines démontre alors que les quantités d’urée qui s’éliminent ne sont nullement comparables entre elles. Cela est vrai, même quand le travail est continu.

L’élimination de l’urée n’est donc jamais l’image fidèle des

182 ÉTIOLOGIE DES ANÉMIES d’ÉPUISEMENT NERVO-MUSCULAIRE.

petites oscillations que subissent les mutations organiques : l’urée ne traduit que les grandes métamorphoses ; les mouvements intimes ne sont pas en état de produire un résultat uniforme sur la sécrétion de l’urée. A une légère augmentation, d’ailleurs variable de l’urée, succède bientôt une diminution.

Le travail musculaire semble donc n’être qu’un simple effet mécanique résultant de la désagrégation locale qui s’opère dans le muscle. L’organisme est, jusqu’à un certain point, étranger aux effets de ce travail. L’intensité des oxydations corporelles déployées durant une longue période est certainement indépendante du travail mécanique fourni pendant ce temps, car, à l’excès des échanges de la phase d’activité, on voit succéder une dépréciation correspondante.

Le muscle se répare facilement. — De tout ce qui précède on est forcé de conclure qu’à de très-courts intervalles il s’établit dans le muscle une sorte d’opération compensatrice qui fait disparaître les changements de composition produits par l’action musculaire ; les métamorphoses augmentent pendant l’exercice, elles diminuent après; or, en considéiant attentivement ces transformations, on constate la présence de 1 acide lactique, de la créatine, et du phosphate de soude; ces substances sont toutes des irritants énergiques et des muscles et des nerfs; mais elles n’excitent qu’au début de leur action, et si elles agissent à petite dose ; au contraire, en s’accumulant dans les tissus, elles en paralysent, elles en épuisent les propriétés; c’est là la cause de la fatigue, et par conséquent de la diminution des oxydations.

Mais ces mêmes substances ne modifient pas définitivement la texture des muscles ; il suffit de les éloigner du tissu musculaire par le lavage, ou bien de neutraliser l’acide, pour faire disparaître leurs mauvais effets. Sur le vivant elles sont entraînées par le sang et la lymphe, ou bien elles deviennent inoffensives par la neutralisation de l’acide lactique au moyen de la créatinine qui se produit alors en excès ; tout ce travail c épuration a lieu par et pendant le repos. Mais son mode d action n’est pas encore connu; les produits nouveaux agissent peutêtre sur la force électromotrice des muscles, ou chimiquement

ÉTIOLOGIE DES ANÉMIES D’ÉPUISEMENT NERVO-MUSCULAIRE. 183

sur la myosine cil la coagulant, ou bien en soustrayant 1 ozone de manière à annihiler les oxydations. Peu importe; ce qui est certain, c’est que la force musculaire disparaît sous leur influence ; la fatigue n’est donc que l’accumulation de ces matériaux ; dès qu’ils viennent à être éloignés, le muscle se rétablit, par cette raison que la contraction n’avait pas détruit la substance charnue.

Ainsi, les forces qui deviennent libres pendant le travail musculaire sont le résultat d’une activité momentanément plus marquée des oxydations ou des décompositions intra-musculaires; leurs effets apparents devraient se traduire par une émission plus considérable d’urée ou d’autres produits régressifs; mais ce phénomène est contre-balancé par le procédé compensateur mtra-musculaire dont nous venons de parler; — on peut donc dire qu’en général l’étendue des oxydations de l’organisme est, due plutôt à la quantité des matériaux disponibles, qu’aux influences de l’exercice musculaire.

Quels sont les matériaux réparateurs des muscles ? — Si l’organisme dispose d’une provision de matériaux protéiques, le travail s’accomplit dans des conditions qui sont tout d’abord favorables, mais qui finissent par êlre insuffisantes; nous venons de voir, en effet, que les principes azotés sont ceux qui semblent s’user le moins par la musculation, si du moins l’on en juge par l’émission de l’urée, qui en pareil cas ne subit aucune augmentation; ce sont les principes carbonés qui se décomposent le plus manifestement, et ce qui le prouve, c’est que la formation et l’exhalation de l’acide carbonique acquièrent une activité incontestable.

S’il en est ainsi, l’organisme en mouvement ressemble de tous points à une machine thermique : le tissu musculaire, c’est le fer du cylindre, qui résiste sans subir d’altération appréciable ; de même que l’appareil mécanique, notre système moteur consomme l’oxygène; dans les deux cas la combustion produit les mêmes principes, c’est-à-dire l’eau et l’acide carbonique qui s’éliminent ; en même temps il se développe de la chaleur qui se transforme en travail utile; enfin le combustible est le même; le charbon de la machine, c’est le carbone contenu dans la graisse et le sucre de l’économie. Mais d’où pro-

18i| ÉTIOLOGIE DES ANÉMIES D’ÉPUISEMENT NERVO-MUSCULAIRE.

viennent ces matières combustibles? C’est là la question principale à résoudre.

Elles ne peuvent provenir que des aliments graisseux et hydro-carbonés, ou bien des matières grasses et saccharines qui existent dans les muscles. En admettant la première de ces origines, en considérant le travail musculaire comme s’exerçant uniquement aux dépens des aliments ternaires, on est conduit naturellement à préconiser le régime non azoté (sucre, fécule ou graisse) ; les substances protéiques, d’après cette manière de voir, restent intactes, ou jouent tout au plus le rôle de ferments destinés à favoriser la décomposition des hydro-carbures; le régime animalisé devient donc accessoire ou même inutile au travailleur.

Le danger d’une pareille conclusion nous force à discuter la deuxième hypothèse, celle qui attribue l’acide carbonique exhalé à la décomposition de la graisse et du sucre musculaire. Mais ici encore nous rencontrons de graves objections : il n’existe, en effet, dans nos muscles, que peu de graisse, et à peine des traces de matières saccharines : à ce compte, la source du combustible serait bien vite épuisée et la mécanique animale ne trouverait plus le calorique nécessaire au développement de la force active. D’une autre part, comme la physiologie et la chimie nous enseignent que ces principes sucrés sont uniquement le résultat d’une métamorphose incomplète de la musculine, force est de conclure qu’en dernier ressort c’est le tissu musculaire, substance éminemment azotée, qui fait seule les frais de la contraction, qui seule subit une dépréciation marquée ; mais alors l’urée qui représente les déchets des tissus protéiques devrait, pendant l’exercice musculaire, s’éliminer en plus grande quantité que dans l’état normal. Or nous savons maintenant qu’il n’en est rien ; les fibres musculaires ne s’usent pas complètement; il semble donc inutile de pourvoir au renouvellement de ce genre d’organes par une alimentation exclusivement azotée, comme le prescrivait la doctrine de Liebig,

Entre les deux hypothèses, voici la vérité probable : la chaleur provient certainement en partie des matières hydro-carbonées, soit alimentaires, soit musculaires, qui se décomposent

ÉTIOLOGIE DES ANÉMIES d’ÉPUISEMENT NERVO-MUSCULAIRE. 185

entièrement de manière à former de l’eau et de l’acide carbonique; mais la chaleur prend aussi sa source dans le parenchyme musculaire lui-même; celui-ci subit une altération incomplète qui s’arrête aux degrés intermédiaires et dont les produits ne se traduisent pas par l’urée; ce sont des dédoublements de la musculine, ayant pour résultat l’augmentation de la créatinine, de l’acide urique, et, d’une autre part, de l’inosite musculaire. Toutes ces transformations contribuent à développer du calorique; il est donc impossible de négliger la métamorphose des muscles, et il est imprudent de répudier leurs moyens réparateurs, qui ne sont autres que les aliments azotés.

Conclusions. — 1° Le travail musculaire active la respiration pulmonaire et musculaire; il augmente ainsi l’absorption de l’oxygène et l’exhalation de l’acide carbonique;

2° Cependant l’exercice musculaire n’use ni les substances protéiques ni les tissus organiques; car l’urée, qui en représente les déchets, n’éprouve aucune modification quantitative;

3° L’urée, en effet, ne varie que par les métamorphoses complètes de l’organisme, et surtout en raison de l’état antérieur de la nutrition ;

k° Le travail ne fait subir au muscle lui-même que des transformations temporaires qui s'effacent par et après la fatigue;

5° La contraction développe d’autant plus de chaleur, que la tonicité vitale du muscle était plus développée;

6° Ainsi l’état antérieur du muscle et l’état antérieur de l’organisme s:nt les vrais régulateurs de la force chimique de la chaleur et du travail produit.

§ 6. — Applications pratiques à l’hygiène de l’ouvrier.

Ti ois opinions ont été émises sur les effets du travail musculaire.

La première, qui paraissait inattaquable, attribue aux contractions le pouvoir de détruire la substance charnue ; le produit de cette décomposition c’est l’urée, qui se manifeste en excès dans les urines. Si cette première doctrine est vraie, il faut en conclure que les corps protéiques qui seuls constituent

186 ÉTIOLOGIE DES ANÉMIES D’ÉPUISEMENT NERVO-MUSCULAIRE.

les éléments anatomiques ont seuls le privilège de développer le travail mécanique; l’alimentation de l’ouvrier devra donc être exclusivement animalisée pour réparer ces pertes incessantes. — Mais il est démontré aujourd’hui que la destruction du muscle ne va pas jusqu’au dernier terme de la série rétrograde, c’est-à-dire jusqu’à l’urée, car l’urée n’existe pas dans le muscle et n’augmente pas dans l’urme.

Ces faits négatifs donnèrent naissance à une autre doctrine.

Celle-ci, plus mal édifiée encore que la première, repose sur cette donnée incontestable, que le muscle respire, et que d’une autre part la respiration pulmonaire est activée par la musculation; — l’oxygène qui pénètre ainsi en plus grande quantité dans l’organisme sert -à brûler les graisses, les sucres de la substance musculaire. Voici la déduction qu on en a tirée : poui remplacer les hydrocarbures qui se détruisent par l’exercice musculaire, les aliments respiratoires, c’est-à-dire les graisses, les matières féculentes et saccharines, en d’autres termes, toutes les substances non azotées sont les plus efficaces; ce sont les vrais producteurs de la chaleur, et par conséquent du mouvement. Cette théorie, qui est subversive de toutes les idées reçues, de toutes les données de l’observation, ne tendrait à rien moins qu’à modifier le régime de l’ouvrier dans le sens le plus

fâcheux. • • A ,

En réalité, les deux doctrines sont erronées et entraînent des

conséquences fausses au point de vue de l’hygiène; elles consacrent toutes deux la division des aliments en plastiques et respiratoires, les uns destinés à former la substance organique, les autres à développer la chaleur. Or nous savons que les cléments plastiques sont souvent dévies de leur usage ; il arrive souvent chez l’homme, et en toute occurrence chez l’animal carnivore, qu’ils servent d’aliments respiratoires et thermogénés, même sans avoir servi ni à la formation des tissus ni au développement des forces musculaires, comme le veut Liebig. Le pouvoir plastique ou thermogène des aliments ne saurait être utilisé exclusivement pour le travail. ,

La troisième doctrine, celle qui est professée par l’Ecole de Munich, est infiniment plus rationnelle et plus féconde en applications pratiques. Cette théorie peut se résumer ainsi : le tra-

ÉTIOLOGIE DES ANEMIES D’EPUISEMENT NERVO-MUSCULAIRE. 187

vail n’use pas les tissus musculaires ni les corps albuminoïdes alimentaires, il produit seulement des modifications moléculaires dans la myosine et la musculine, de manière à les transformer en produits régressifs, tels que la créatine, la créatinine, la sarkine et l’acide urique. Mais la décomposition s’arrête à ces premiers dérivés, elle ne va pas jusqu’à former de l’urée, produit extrême de l’oxydation des tissus ; c’est pourquoi l’urée • n’existe pas dans le muscle, et n’augmente ni dans l’organisme, ni dans les urines.

Outre ces principes azotés, il se produit aux dépens de la musculine, du sucre, de l’acide lactique; puis ces substances se décomposent elles-mêmes, et les corps protéiques en favorisent la destruction; il en résulte de l’acide carbonique, qui est éliminé en plus grande quantité par le muscle pendant ses contractions que pendant l’état de repos. Ainsi l’usure porte à la fois sur la musculine et la myosine ainsi que sur les substances hydrocarburées. — Ce sont ces métamorphoses et les nouvelles affinités, qui provoquent le développe ment de la chaleur et des forces actives. Bientôt après la contraction le muscle se fatigue, par suite de l’accumulation de ces substances nouvelles, entre autres de l’acide lactique. La circulation enlève à son tour ces agents de l’épuisement, et le muscle se rétablit. — L’exercice musculaire ne produit par conséquent sur l’organisme aucune déperdition persistante, aucun effet nuisible. Or, s’il en est ainsi, la réparation se fera par le régime qui convient le mieux dans l’état sain, c’est-à-dire par le régime mixte, qui couvre à la fois les dépenses d’azote et les dépenses de c~ 'bone. Si la nourriture ne renferme pas assez de carbone pour combler le déficit, le résultat est tout aussi fâcheux que si elle ne contenait pas toute la quantité nécessaire d’azote; dans le premier cas, l’azote ingéré s’use dans les combustions exagérées et pour ainsi dire en pure perte ; si, au contraire, le contingent de carbone est suffisant, tout l’azote est utilisé, et c est ce qui a lieu dans le régime mixte, composé de viandes et d’albuminates, mêlés avec une certaine quantité ou de graisse, ou de fécule, ou de sucre. L’ouvrier ne doit donc pas se nourrir seulement de chair musculaire comme on l’a conseillé, dans le but de développer les forces; un régime trop

188 ÉTIOLOGIE DES ANÉMIES D’ÉPUISEMENT NERVO-MUSCULAIRE

substantiel épuiserait ses forces, quoique moins vite qu’un régime qui ne contiendrait pas suffisamment d’azote. — Après avoir été soumis autrefois à une alimentation presque exclusivement hydrocarburée, il tend aujourd’hui à suivre un excès contraire; la vérité ést que le maximum d’énergie musculaire correspond au maintien de l’organisme dans les limites natu- " relies des oxydations; c’est l’hygiène, telle que nous venons de la formuler, qui atteint le mieux ce but. — Pour combattre les données de l’empirisme, il fallait cette longue discussion scientifique ; mais la solution de ce problème social en valait la peine.

D. — Des anémies par épuisement nerveux.

Les affections de l’âme, les chagrins, les préoccupations, les excès de travail intellectuel ont toujours été considérés comme des causes de dépérissement et d’anémie ; mais on ne s’est jamais enquis du mode d’action de ces conditions morales; il est certain qu’elles ne peuvent agir directement sur la composition du sang; ce liquide ne saurait se modifier que par l’intermédiaire des organes digestifs qui préparent les éléments sanguins, ou bien par l’intervention des glandes hématopoïétiques, comme le foie et la rate, qui transforment les globules blancs en globules rouges. Cela étant admis, on ne peut supposer qu’une diminution de l’innervation de ces divers organes, en d’autres termes un épuisement des nerfs viscéraux; il s’agit donc de savoir comment les nerfs fonctionnent, et comment ils s’épuisent.

Physiologie du fonctionnement et de l’épuisement nerveux. — Le nerf se compose de fibres, et de cellules qui sont unipolaires ou multipolaires ; les fibres sont constituées par une enveloppe analogue à la substance élastique, par la moelle et un cylindre central appelé axis. L’axis est une substance albumineuse coagulable assez semblable à la myosine; la moelle est une masse fluide, visqueuse, formée par une graisse liquide dont les caractères chimiques n’ont pu etre étudies que dans 1 encéphale.

Le chimiste Oscar Liebreich a trouvé récemment dans les centres nerveux un principe défini appelé protagon, dont les

ÉTIOLOGIE DES ANÉMIES n’ÉPUISEMENT NERVO-MUSCULAIRE. 189

métamorphoses isomériques forment l’acide cérébrique décrit par Frémy, l’acide oléophosphorique étudié par Gobley, l’élaïne, la lécithine, en un mot toutes les matières grasses acides ou neutres, phosphorées ou simples, que l’analyse avait démontrées dans le tissu encéphalique. Le protagon est une substance cristallisable, incolore, très-soluble dans l’alcool à chaud, dans les graisses et les huiles éthérées, et insoluble dans l’éther, qui peut servir à son extraction. Traitée par l’eau de baryte cette substance se décompose en acide glycérinophosphorique, en acide stéarique et une base que l’auteur appelle neurine.

Outre lé protagon on constate, comme dans les muscles, des dérivés protéiques, la créatine, l’acide urique, la leucine; d’une autre part, des produits non azotés (acide lactique, inosile) ; enfin des sels minéraux, principalement des phosphates alcalins.

Applications pratiques. — Cette énumération seule suffit pour faire voir l’analogie décomposition, et par conséquent de fonctionnement des systèmes nerveux et musculaire. L’innervation sensorielle doit donc s’accompagner d’oxydation comme la musculation. C’est là une cause d’épuisement; il n’est donc pas étonnant que l’excès de fonctionnement, qui se lie intimement à ces métamorphoses chimiques et à des modifications électro-toniques, finisse par épuiser l’action des nerfs.

Mais ce n’est pas la seule cause; les nerfs ont avec les centres nerveux des connexions qui sont à la fois fonctionnelles et nutritives; si on coupe, ou mieux si on excise un nerf moteur, on voit, dès le quatrième ou le cinquième jour, se développer sur la portion périphérique du nerf une véritable dégénérescence et caractérisée parla coagulation, la segmentation de la moelle, la dispartion des deux contours propres à chaque tube nerveux. Lorsqu’il s’agit des nerfs moteurs, c’est le bout périphérique qui seul subit cette altération ; si bien qu’on peut toujours à ce seul caractère reconnaître le nerf moteur dégénéré; s’il s’agit des nerfs sensitifs, la dégénérescence ne frappe que le segment central; enfin, quand on coupe le sympathique cervical, on voit dégénérer le filet, qui monte vers le ganglion supérieur (c’est donc un filet moteur), tandis que les fibres qui vont du ganglion à l’encéphale restent normales. On peut donc dire,

190 ÉTIOLOGIE UES ANÉMIES D’ÉPUISEMENT NEIIVO-MUSCULAIRE.

que pour tous les nerfs il existe un centre de nutrition : pour les nerfs moteurs il réside dans la partie des racines antérieures situées prés de la moelle ; pour les nerfs sensibles, c’est dans les ganglions intervertébraux; enlin pour le sympathique, ce sont les ganglions sympathiques eux-mêmes qui agissent, au moins sur les filets moteurs, comme foyers nutritifs.

Ainsi il est démontré que les nerfs ne peuvent fonctionner qu’à la condition de n’êtrc pas surexcités, et en deuxième lieu, de rester en connexion avec les centres nutritifs. — Or, lorsque le cerveau est surexcité, ce n’est pas une raison pour que les nerfs sympathiques et pneumogastriques, qui en sont jusqu’à un certain point indépendants, subissent le même sort; il ne reste donc que la deuxième hypothèse à discuter. Supposons en effet que l’encéphale soit fatigué par le travail intellectuel, par des préoccupations incessantes, des passions concentrées ; supposons que l’innervation de la moelle s’use par les abus sexuels; dans ces divers cas les centres cérébrorachidiens s’épuisent dans leur action, au point de subir une sorte de paralysie ; ils se trouvent pour ainsi dire séparés des nerfs périphériques, qui dès lors sont privés de leurs foyers de nutrition ; ces nerfs ainsi isolés de leurs sources, se dégradent, sinon, dans leur texture, au moins dans leurs fonctions. Que cette dégradation vienne à atteindre les nerfs sympathiques et pneumogastriques, toutes les grandes fonctions de la vie vont se modifier; le cœur et le poumon cessent d’agir selon le rhythme normal ; la circulation éprouvé des stases dans les glandes vasculaires, et la formation des globules devient défectueuse.

D’une autre part l’innervation des organes digestifs par ces mêmes nerfs venant par les mêmes motifs à subir une atteinte grave, l’appétit se perd, la muqueuse gastrique sécrète une mucosité qui entrave la digestion, et d’une autre part 1 intestin subit des contractions exagérées avec tendance à la diarrhée. Ce sont là autant d’obstacles à l’assimilation des aliments, et par conséquent à la reconstitution des éléments du sang. Je ne fais qu’émettre une hypothèse ; mais c’est la seule conciliable avec la physiologie; c’est la seule aussi qui se prête aux déductions pratiques. Lorsqu’un individu est épuisé par le travail ou par les impressions morales, et que la fatigue cérébrale a produit

ses effets, pour en arrêter le progrès, il n’est pas de moyen plus sûr que de faciliter l’absorption par un régime à la fois stimulant et substantiel, car en dernier ressort il s’agit de guérir une anémie d’inanition.

Toutes ces données physiologiques s’appliquent aux états nerveux morbides; l’hystérie et l’hypochondrie finissent souvent par amener un véritable dépérissement, et c’est en troublant les fonctions digestives ; or, chez les hystériques et surtout les hypochondriaques, l’encéphale est tourmenté par des impressions qui le séparent pour ainsi dire du reste du système nerveux, de sorte que les fonctions auxquelles président les nerfs vagues et sympathiques sont privées de leur influx normal, et cessent de s’exercer.

TROISIÈME CLASSE D’ANÉMIES. — ANÉMIES D’ORIGINE DÉGÉNÉRATIVE ET TOXIQUE.

La troisième classe comprend toutes les anémies qui résultent d’une dégénération des organes formateurs du sang, qu’elle soit primitive, ou toxique, ou d’origine diathésique.

Lorsque les organes lymphatiques ou lymphoïdes viennent à s’altérer, la formation des globules lymphatiques est enrayée en partie; une des sources principales du sang se tarit plus ou moins complètement, et l’aglobulie peut en être la conséquence ; si elle se produit rarement dans ces circonstances, c’est que ces organes, qui ne sont presque jamais atteints tous à la fois, peuvent aisément se suppléer; les altérations des glandes lymphatiques n’envahissent ordinairement qu’un petit nombre de ganglions, et par cela même ne produisent que difficilement les effets de l’anémie, si la lésion est primitive et localisée.

La rate joue un rôle plus important et plus direct dans la formation des hématies; aussi, à la suite des dégénérescences spléniques, quelle qu’en soit la cause, l’anémie constitue la règle générale. Les fonctions hématopoïétiques du foie sont moins bien définies, et ses lésions tendent plutôt à altérer les globules par l’action de la bile, qu’à en diminuer le nombre. Toutes ces données vont trouver leur application dans l’étude' des maladies toxiques et diathésiques.

(A). Anémies toxiques.

La plupart des poisons en pénétrant dans l’économie atteignent d’abord les glandes lymphatiques ou lymphoïdes; en général, leur action sur le sang n’est pas directe et le liquide nourricier ne s’altère que par suite des modifications de ses organes formateurs. Cette importante donnée, déjà formulée par Peter dans sa thèse d’agrégation, s’applique à la plupart des poisons, en comprenant sous ce nom, les substances toxiques proprement dites, les virus, les miasmes, l’alimentation viciée. Tous peuvent produire l’anémie, c’est-à-dire altérer le sang dans sa texture; mais à une période plus avancée, toute l’économie participe aux désordres; c’est ce qu’on appelle la ca chexie, qui est le dernier terme de l’intoxication.

L’ empoisonnement saturnin peut servir de type aux anémies toxiques. Le plomb étant absorbé par les voies digestives ou respiratoires, peut bien se combiner avec les matières plasmatiques du sang et en altérer la composition ; mais là ne se borne pas son action : il pénètre dans l’intimité des tissus et particulièrement dans le foie et les reins. Ollivier a trouvé, dès le début de l’intoxication, des molécules plombiques fixées dans les reins, la desquammation des épithéliums urinirères, et une albuminurie consécutive. Le foie est aussi un des réceptacles du poison, et la lésion de cet important organe ne saurait être étrangère au développement de l’anémie, qu’on observe parfois longtemps avant l’apparition des coliques et des autres accidents aigus de l’empoisonnement.

L’arsenic pris à dose médicamenteuse commence par pro- *duire une respiration plus active, plus libre, une aptitude plus marquée aux mouvements, une coloration animée des téguments de la face, des oxydations plus intenses qui se traduisent par une augmentation de l’urée; mais plus tard il se combine avec les globules et en paralyse l’action (Vogel) ; puis cette combinaison tend à se détruire à son tour; l’hémoglobuline passe alors dans le sérum, et de là à travers les membranes capillaires. En même temps il se localise dans la peau, qui prend une teinte bronzée, et dans le foie dont les fonctions

hématogènes se troublent, de façon à diminuer le nombre des globules.

Le mercuré agit comme le plomb; en se combinant avec les matières plasmatiques du sang, il forme des albuminates mercuriques qui altèrent la composition de ce liquide; plus tard, après avoir atteint les glandes muqueuses, le poison modifie plus encore les éléments histologiques du sang.

Le virus syphilitique, qui peut être considéré comme le type des poisons virulents, pénètre toujours par ou dans les ganglions lymphatiques; il n’est donc pas étonnant que la syphilis produise si souvent une altération du sang, et cela dès le début, c’est-à-dire avant les éruptions et les autres accidents secondaires; les malades, peu de temps après ou même pendant la guérison du chancre induré, deviennent pâles, faibles, sujets aux palpitations, à la gêne respiratoire, à des douleurs générales bien différentes des douleurs ostéocopes. L’analyse du sang indique alors une diminution marquée des globules, avec hydrémie (Ricord etGrassi); et l’auscultation dénote le souffle vasculaire; c’est là une véritable anémie, qui, jointe à des craintes exagérées, mène souvent les malades à l’hypochondrie. C’est qu’en effet la syphilis a une action directe et primitive sur les glandes, et la constante coïncidence des engorgements ganglionnaires permet de les considérer comme le point de départ de cette anémie, qu’il ne faut pas confondre avec la cachexie syphilitique.

L’intoxication paludéenne nous fournit un exemple d’anémie miasmatique; on connaît l’aspect particulier de la peau à la suite des fièvres intermittentes prolongées; la teinte grisâtre ou bistrée envahit graduellement les téguments, et parfois se reconnaît jusque dans la substance des centres nerveux. Voici l’explication de ce fait si étrange : le miasme palustre une fois absorbé porte son action primitive sur la rate, qui forme la matière pigmentaire d’une manière excessive; de là ces amas de granulations noirâtres passent dans la veine porte, puis dans les veines sus-hépatiques et dans la circulation générale, par conséquent dans les membranes tégumentaire,s, ainsi que dans le cerveau qui se colore d’une façon spéciale; c’est ce qu’on a appelé la mélanémie* Si les masses pigmentaires s’a-

IM ÉTIOLOGIE DÈS ANÉMIES DIATHÉSIQUES.

grégent, ils peuvent, sous forme d’embolie pigmentaire, déterminer la rupture des vaisseaux et produire des accidents pernicieux, à en croire Mekel et Frerichs. Toujours est-il que la rate est le point de départ de toutes ces formations morbides; elle ne fonctionne donc que d’une manière vicieuse et incomplète; elle ne forme qu’une quantité insuffisante de globules blancs et d’hématies. Aussi, malgré les lésions spéciales à l’infection palustre, le miasme n’agit en définitive qu’à la manière des autres poisons, c’est-à-dire sur l’une des glandes vasculaires, et consécutivement sur le sang.

Les aliments viciés peuvent également donner naissance à l’anémie; l’usage du maïs altéré par le verdet détermine la pellagre, qui constitue, d’après les belles recherches de mon ami Théophile Roussel, un véritable empoisonnement ayant sa marche, ses symptômes bien caractérisés, qu’il faut distinguer des phénomènes de la cachexie pellagroïde ; celle-ci n’est, à vrai dire, qu’une anémie d’inanition ou de misère.

(B). Anémies diathésiques.

Les anémies diathésiques, au début, donnent lieu aussi fréquemment à l’anémie, qu’au déclin elles déterminent l’état cachectique. La diathèse est en effet, comme le dit Grisolle, une constitution morbide : à ce titre, elle occupe tout l’organisme-, mais elle commence par un organe ou par un système, se continue par les éléments histologiques du sang, et se propage finalement à toute la constitution.

Anémies rhumatismales.

Les diathèses qui agissent le plus énergiquement et le plus vite sur le sang sont constituées par l’arthritis, la scrofule, la tuberculose et le cancer. — L’arthritis comprend trois maladies que la tradition et l’expérience ont toujours distinguées sous le nom dégoutté et de rhumatisme, et entre ces deux maladies se piace l’arthrite noueuse, qui a ses caractères spéciaux. Cette distinction me paraît d’autant mieux justifiée, qu’au point de vue des lésions, soit des organes, soit du sang, pes maladies diffèrent d’une manière radicale ; pour ne parler que de l’anémie, on peut

ÉTIOLOGIE DES ANÉMIES DIATHÊSIQUES.

dire qu’elle constitue la règle générale après le rhumatisme articulaire, l'exception apres la goutte et 1 accompagnement constant de l’arthrite noueuse. — Mais à quoi tiennent ces différences? Ainsi, qu’est-ce qui fait que les rhumatisants deviennent profondément anémiques dès les premiers jours de l’attaque, et restent dans cet état longtemps encore après que les souffrances ont cessé? Sous ce rapport, le rhumatisme semble jouir d’un fâcheux privilège. — Que dans nos salles d’hôpital on compare un rhumatisant et un pneumonique, bien que chez les deux malades le sang présente essentiellement le caractère couenneux, leur aspect réciproque diffère totalement; le premier se décolore dès que la fièvre diminue ; il s’affaiblit immédiatement, présente un bruit de souille vasculaire et souvent cardiaque, qui indique la déglobulie, tandis que dans la pldegmasie pulmonaire le malade reste turgescent jusqu’à la chute de la fièvre, et aussitôt après il se rétablit, souvent même sans avoir subi les effets de la convalescence. Quelle est donc la cause de cette altération rapide du sang dans le rhumatisme? Ce n’est assurément pas le traitement, car des phénomènes identiques s’observent, même quand on s’est abstenu de toute déplétion sanguine; que la maladie ait été traitée par le sulfate de quinine, la vératrine, l’opium, les vésicatoires, ou même par les toniques, l’anémie se produit pour ainsi dire fatalement, et quand les saignées ont été prescrites, elles ne font qu’ajouter l’anémie par déperdition à l’anémie rhumatismale proprement dite. Or, celle-ci ne peut puiser son origine que dans les lésions d’organes; l’irritation porte en effet sur une masse considérable de tissus connectifs qui, dès ce moment, cesse de fournir son contingent de globules lymphatiques ; la lésion est si peu grave en apparence, quelle ne semble qu’etlleurer les membranes synoviales et séreuses; mais la diffusion de la maladie sur de grandes surfaces, l’envahissement successif et répété des diverses articulations ne manquera pas de compromettre la fonction hématogène dévolue, au moins en partie, au tissu connectif.

Dans l’arthrite noueuse qui tend également à la généralisation, l’anémie est constante, et elle ne cesse plus; mais comme la plupart du temps les déformations atteignent les femmes, il reste à décider si l’altération du sang précède les localisations

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articulaires et y prédispose, ou bien si elle est l’efl'et des lésions vocales.

Il en est tout autrement dans la diathèse goutteuse; en dehors des accès, la santé des goutteux est généralement excellente, et à moins que le désordre n’ait porté sur les organes digestifs, la convalescence est nulle; ce n’est qu’après des attaques répétées, rapprochées et douloureuses, que l’aspect des malades change, que leurs forces déclinent. Jusque là, leur sang peut impunément se charger d’acide urique; les tissus peuvent s’imprégner d’urates formés, sans aucun doute, aux dépens des parenchymes albumineux ou musculaires qui se brûlent incomplètement ; mais ces oxydations imparfaites ne constituent que le caractère chimique de la goutte ; elles ne compromettent pas le fonctionnement ni la texture des globules.

Anémies des scrofuleux, phthisiques, cancéreux, rachitiques.

La scrofule, au début, ne produit l’anémie qu’en compro-

netlant la texture de plusieurs séries ganglionnaires; dans ce cas, les éléments globulaires du sang ne se réparent plus complètement, tandis que si l’altération ne porte que sur les glandes lymphoïdes des membranes muqueuses, elle ne suffit pas pour produire ce résultat. Plus tard, lorsque les glandes viennent à suppurer, il peut survenir une anémie par la perte des principes histologiques et chimiques contenus dans le pus. Lorsque enfin la maladie attaque le système osseux, la suppuration, par sa persistance, entraîne les altérations les plus graves, c’est-à-dire la désalbuminémie, qui ne tarde pas à être suivie d’une dégénérescence amyloïde du foie, avec ou sans ascite, d’une transformation analogue du rein avec albuminurie et infiltration du tissu cellulaire. C’est là le prélude et le signe de la cachexie,

La tuberculose, avant de provoquer la fièvre, produit souvent une profonde altération des traits avec décoloration du visage, et une faiblesse générale qui doit faire craindre que les matériaux du sang ne s’usent à former des néoplasies. Puis, quand les tubercules se ramollissent, ils constituent un foyer de suppuration qui , de même que toutes les lésions ulcéreuses et suppuratives, désalbuminisent le sang, détruisent la texture du

étiologie des anémies des convalescents.

foie, et des reins, qui deviennent graisseux ou cireux, de sorte que l’albumine du sang filtre à travers les tubes urinifères.

Le cancer, qui atteint si rapidement les ganglions, produit aussitôt une teinte spéciale des téguments, qui suffit souvent pour faire reconnaître la cause de l’anémie. Il semble qu en pareil cas le pigment du sang soit altéré, en même temps que le nombre des globules diminue; ce qui est certain, c’est que les urines présentent souvent, en pareil cas, une matière colorante anomale.

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