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TROUBLES DES SENS ET DE L’ENCÉPHALE

Troubles sensoriels. — Lorsque le sang perd ses qualités nutritives ou excitantes, tous les sens peuvent, comme le toucher, subir une diminution d’action ou une exaltation fonctionnelle.

Le goût ou l’odorat subissent de véritables perversions ; dans ce cas, on constate ordinairement, en même temps, une ânes-

thésie ou une hyperesthésie des membranes sensorielles; les muqueuses palatine et nasale cessent de percevoir les impressions spéciales, et souvent même les sensations de contact.

II arrive plus souvent que les malades accusent des bourdonnements d’oreilles et des éblouissements; ces phénomènes semblent se rapporter au trouble de la circulation. Mais parfois la vision elle-même cesse d’être distincte; l’appareil d’accommodation fonctionne incomplètement, et subit presque toujours le contre-coup de la débilitation générale; les amblyopies ne reconnaissent ordinairement pas d’autre cause, et ce n’est que dans certaines conditions exceptionnelles que le nerf sensoriel est lui-même atteint. Ainsi, lorsqu’un sens est frappé d'inertie, il faut interroger tour à tour la sensibilité spéciale et commune, répartie dans les expansions nerveuses des membranes muqueuses; d’une autre part, la circulation locale, les appareils auxiliaires, enfin les nerfs eux-mêmes, soit dans leur trajet, soit à leur origine centrale. 11 ne suffît pas de dire que la vue ou l’ouïe est affaiblie, il importe de préciser les diverses origines de ces phénomènes, car elles entraînent des différences radicales, dans les prévisions pronostiques, et modifient profondément les indications du traitement.

Troubles du système encéphalique, vertiges, hallucinations, délire, coma, convulsions. — L’anémie manque rarement de produire des vertiges ; c’est, avec le trouble de la vue, une des premières et des plus persistantes manifestations nerveuses de l’anémie post-hémorrhagique. Dans les périodes avancées de l’aglobulie, les malades sont souvent frappés d’hallucinations. Enfin, après les hémorrhagies abondantes et répétées, il n’est pas sans exemple de voir éclater des phénomènes cérébraux, du délire, des attaques convulsives.

Rapports des phénomènes cérébraux avec la circulation intracrânienne.— Lorsqu’à l’exemple de Sliiff, on comprime l’artère carotide contre le larynx (supposons que ce soit l’artère carotide du côté gauche), aussitôt la moitié correspondante du visage pâlit, la vue se trouble; du côté opposé il se manifeste un picotement suivi de chaleur dans la face, le dos, les membres, surtout le pied et la main. Plus tard la sensibilité à la douleur diminue et les mouvements volontaires deviennent incom-

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plets. Ainsi une interruption, môme unilatérale, (Je la circulation intracrânienne sutlit pour déterminer le vertige et une anesthésie partielle; mais ces phénomènes cessent rapidement, parce qu’il s’établit une circulation anastomotique, et c’est ce qui explique l’innocuité de la ligature de la carotide chez l’homme; toutefois, si les anastomoses des vaisseaux ne suffisent pas pour rétablir le cours du sang dans toutes les circonvolutions, il peut en résulter des ruptures vasculaires , avec hémorrhagies cérébrales, ou des oblitérations partielles des artères avec ramollissement consécutif. Aussi la ligature des deux carotides n’a jamais réussi chez l’homme. Chez les animaux, cette opération semble plus inofifensive, elle ne suffit même pas pour interrompre la circulation encéphalique ; la marche de l’animal devient incertaine, irrégulière, le cœur s’accélère, ainsi que la respiration; mais si après la ligature des carotides on comprime les vertébrales , il se manifeste des convulsions. Ainsi , en privant l’encéphale de sa quantité normale de sang, on détermine artificiellement les mêmes phénomènes que ceux de l’anémie grave chez l’homme.

Mais il est un moyen expérimental qui les reproduit encore plus fidèlement : c’est l’hémorrhagie artificielle par la saignée; Kussmaul et Tenner ont prouvé que l’oligaimie des parties antérieures au bulbe détermine le vertige et le coma, et que des convulsions se manifestent aussitôt que la protubérance est privée de sang. Ainsi, de quelque façon que l’encéphale devienne exsangue, que ce soit par la ligature des artères, ou pai des pertes de sang considérables ou répétées, il survient une série d’accidents vertigineux, comateux, convulsifs, parfaitement analogues à ceux de l’anémie. Il est bien entendu que, si l’oligaimie est incomplète, comme dans l’anémie, les troubles cérébraux sont atténués, rudimentaires ; c’est pourquoi l’anémique accuse si souvent des vertiges avec ou sans perversion des sens, et se trouve si rarement atteint de mouvements convulsifs ou de paralysie, qui sont le dernier terme de la série, c’est-à-dire l’expression de la vacuité complète des vaisseaux. Ainsi, qu’il s’agisse de troubles cérébraux ou sensoriels, de l’anesthésie périphérique, de la fatigue musculaire, c’est toujours la même origine, la même cause, à savon la diminution

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du sang ou des globules. Il suffit même que la pression change dans les artères cérébrales, pour que les modifications s’opèrent dans les fonctions de l’encéphale; on sait aujouid hui que de même que les vaisseaux de la surface cutanée, ceux de la cavité crânienne peuvent se contracter ou se dilater et modifier la circulation cérébrale; si en outre le cœur est affaibli dans son action, la tension diminue dans les artèrés; il y a là autant de causes de perturbation dans la circulation du sang encéphalique.

Troubles des nerfs et muscles pericrâniens. Céphalalgie. —

Les chloro-anémiques sont très-sujets aux douleurs de tête ; je me sers à dessein de ce mot vague, qui comprend tous les genres de céphalalgies ainsi que la migraine; sans enquête préalable, on les a localisées tantôt dans les parties profondes, tantôt dans les branches nerveuses de la cinquième paire, et le mot névralgie qui visait à la précision anatomique ne faisait que consacrer une hypothèse; les céphalalgies siègent en réalité dans les muscles des sourcils, du front, des tempes, de l’occiput; les muscles occipito-frontaux sont atteints à leurs attaches antérieures ou dans la partie charnue, et dans ce dernier cas, la douleur se propage souvent aux trapèzes et splénius. Quel que soit son siège, elle se manifeste par un sentiment de constriction, ou de pulsations, exaspérées par la pression du corps du muscle ; elle diminue au contraire par le repos, par da position horizontale et la compression des artères; quand elle a cessé même depuis longtemps, il suffit souvent de l’impression du froid pour rappeler ce serrement douloureux du front; il est des malades qui ne peuvent marcher contre le vent, sans éprouver cette impression pénible, qu’on est toujours tenté de rapporter au rhumatisme, tandis qu’il ne s’agit que d’une action locale du froid sur la fibre musculaire, qui subit une contraction violente et douloureuse.

Quand la douleur est étendue, bilatérale, il est facile d’en reconnaître le siège et la nature, mais lorsqu’elle est limitée à un seul côté, on peut la confondre avec une névralgie du trijumeau ; les points douloureux cependant ne correspondent pas aux divisions, ni aux points d’émergence des divers rameaux nerveux; la compression du muscle produit du soulagement,

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en diminuant les battements artériels; enfin les douleurs unilatérales sont bien moins fixes que celles de la névralgie du trijumeau, et souvent elles sont limitées à une portion trèsrestreinte du muscle, tandis que la névralgie s’étend suivant une ligne douloureuse.

Migraine. — La migraine, qui chez les cliloro-anémiques alterne souvent avec les sensations douloureuses des muscles épicraniens, en diffère cependant d’une manière absolue, comme elle est distincte des névralgies du trijumeau; elle se caractérise en efl'et non-seulement par la douleur, mais par les troubles de la circulation faciale, et souvent par des nausées ou des vomissements.

La douleur est presque toujours limitée à un seul côté, et se fixe à la région temporale, frontale ou orbitaire, sans suivre le trajet des nerfs; elle semble dépendre de la contraction des muscles; en effet, elle augmente par les mouvements de la tête et par l’impression de la lumière, qui agit en provoquant la contraction des muscles frontaux et sourciliers. D’une autre part, la douleur s’exaspère par les mouvements du corps, ainsi que par toutes les circonstances physiques ou morales, qui accélèrent les battements artériels; elle est donc manifestement influencée par la circulation, qui d’ailleurs se trouble dès le début, ainsi que le prouvent les frissons, les malaises, la courbature, la faiblesse. Quand la douleur atteint le maximum, le visage devient pâle, exsangue ; les artères temporales battent avec force, le globe de l’œil s’enfonce dans l’orbite et s’injecte. Or, tous ces phénomènes indiquent clairement que les muscles des artères cervicales se contractent sous l’influence d’une irritation des nerfs vasculaires ; on sait en effet que la galvanisation du filet sympathique du cou donne exactement les mêmes résultats, c’est-à-dire une décoloration de la face et le retrait du globe oculaire. Si les artères encéphaliques participent à la tétanisation, il en résulte une oligaimie cérébrale et des vertiges analogues à ceux qui accompagnent fréquemment la migiaine. A une période plus avancée, lorsque les muscles vasculaiies se fatiguent, les vaisseaux se relâchent, la circulation devient plus rapide, la face et l’oreille s’animent, s’échauffent, et la pupille se rétrécit; c’est là ce qui constitue précisément, dans les mi-

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graines, la deuxième phase, qui alterne souvent avec la première. — Enfin, les nausées et les vomissements indiquent une excitation du nerf pneumogastrique, qui anime les muscles de l’estomac; cette excitation s’explique encore par l’oligaimie du bulbe. La migraine n’est donc pas une névralgie simple de la cinquième paire; c’est une excitation des nerfs vasomoteurs des artères du cou, de la face et de la tête; cette excitation explique tous les troubles de la circulation locale, de l’organe visuel, de l’encéphale et de l’estomac; en un mot, tous les phénomènes, à l’exception de la douleur.

La douleur paraît avoir son siège dans les muscles; ceux-ci, recevant peu de sang ou un sang pauvre en globules, se fatiguent facilement comme tous les muscles, et cette fatigue, qui devient douloureuse, est perçue par les nerfs intra-musculaires; r hémicrânie est donc une fatigue douloureuse des muscles épicraniens, par excitation des nerfs vasomoteurs de la tête. Ces deux phénomènes sont connexes, car les battements artériels isochrones au pouls, et toutes les causes d’accélération du sang, exagèrent immédiatement la douleur, en soulevant, en tiraillant les muscles affectés; si la compression des arlères temporales soulage momentanément, c’est qu’elle supprime ces battements.

Nerfs et muscles périrachidiens et intercostaux. — Rachialgie.

Irritation spinale.

Les douleurs du dos préoccupent presque tous les chloroanémiques, par cette raison que les médecins eux-mêmes attribuent souvent le mal à une maladie de la moelle épinière, ou pour le moins à une irritation spinale. Ces douleurs qui siègent le long des apophyses épineuses des vertèbres, dans les masses charnues du long dorsal et du muscle sacro-lombaire, s’exaspèrent toujours par la pression, par les mouvements et les efforts, c est-à-dire par la contraction des muscles, ou bien encore par des positions vicieuses, en d’autres termes, par la tension des fibres. La rachialgie a donc, comme la plupart des céphalalgies, son siège dans les muscles. Souvent les mêmes douleurs existent dans les muscles intercostaux ; elles s’étendent d’une manière continue en demi-ceinture le long des 5e, 6e et

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7e intervalles costaux, dans une hauteur de k à 5 travers de doigts, se continuent parfois en arrière avec la douleur intervertébrale, en avant avec des douleurs des parois abdominales, s’exagèrent par la pression exercée sur un point quelconque des côtes ou des muscles, mais sans revêtir le caractère ni d’élancements ni d’irradiations douloureuses, comme cela aurait lieu, s’il s’agissait d’une névralgie intercostale. Lorsque la douleur spontanée ou provoquée dans la région spinale se répète dans les parties innervées par le segment correspondant de la moelle, ainsi quand une douleur dorsale provoque des élancements névralgiformes dans la poitrine, ou bien encore de la dyspnée, des palpitations, des syncopes, on appelait cet état une irritation spinale. C’est une hypothèse qui a passé de mode, depuis les justes remarques de Romberg, les observations de Bassereau, Valleix, etc., sur les névralgies intercostales, et surtout depuis la localisation si précise de la rachialgie hystérique par Briquet.

Troubles du mouvement.

Les saignées et les hémorrhagies agissent comme la ligature des carotides et des vertébrales, en anémiant l’encéphale ; il en résulte des convulsions violentes avec anesthésie, mais très-

rarement la perte de la motricité.

La diète la plus rigoureuse , telle qu’elle a été longtemps prescrite dans les fièvres typhoïdes, est incapable à elle seule de détruire les mouvements.

Les diarrhées les plus graves, les plus opposées par leur origine leur composition et leurs effets délétères sur le sang, telles que la dyssenterie et le choléra, ne produisent que difficilement des amyosthénies; les rares paralysies qui semblent se manifester dans ces circonstances sont ou des atrophies musculaires, ou des paralysies d’une nature spéciale, qui sont connues sous le nom de paralysies atrophiques.

L’albuminurie et l’urémie provoquent ordinairement un ensemble bien défini de symptômes nerveux ; des convu sions, des modifications dynamiques et le plus souvent matérielles de l’organe visuel, le coma ou le délire; en un mot, les phénomènes urémiques. Quant aux paralysies urémiques, elles ne sont

SIGNES DES ANÉMIES

qu’à l’état de conjecture, à l’exception peut-être de celles qu’on observe dans la grossesse ou dans l’état puerpéral.

A défaut d’altérations proportionnelles dans les éléments du sang, on pourrait invoquer dans les maladies spécifiques l’influence mystérieuse des poisons morbides sur le sytsème nerveux. Dans le typhus, dans la fièvre typhoïde, dans la diphtérie, ces applications ont été tentées, mais sans résultats, sans preuves.

Ainsi les dyscrasies, qui dominent pour ainsi dire la pathologie des névroses du sentiment et de l’intelligence, ne jouent dans la production des paralysies du mouvement qu’un rôle secondaire ; la plupart des paralysies motrices qu’on a attribuées à l’anémie comportent une autre interprétation.

Phénomènes hystériformes. — Sydenham dit que la clllOI’OSG

n’est qu’une hystérie; Trousseau et Pidoux font remarquer avec juste raison que l’hystérie détermine plus souvent encore la chlorose (ou plutôt l’anémie); cette complexité des phénomènes des deux maladies s’explique ainsi : l’hystérie produit des troubles digestifs suivis d’anémie; la chlorose produit des phénomènes hystériformes extrêmement variés qui rappellent de tous points les attaques véritables d’hystérie.

Ce sont là les principaux troubles du mouvement résultant de la chloro-anémie.

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