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DIAGNOSTIC

ANALYSÉ COMPARATIVE DES DIVERSES ESPÈCES D’ANÉMIE (A.) COMPARAISON DES CHLOROSES ET DES ANÉMIES.

Les chloroses résultent, comme nous l’avons dit, des dé penses nécessitées par l’accroissement ou la reproduction de l’individu; de là les chloroses de la puberté, de la grossesse, de la constitution héréditaire, de la croissance. Prenons pour type la chlorose résultant de l’évolution pubère. — Quelles sont ses analogies et ses dissemblances avec les anémies?

Si, comme on l’a prétendu, la chlorose est une maladie

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absolument distincte des anémies, il faut déterminer les caractères qui les séparent; or, l’analyse la plus minutieuse, la comparaison la plus rigoureuse de leurs signes réciproques ne révèlent aucune différence radicale; Grisolle a donc raison d’identifier les deux maladies au point de vue séméiotique ; mais c’est dans les causes, dans la continuité de leur action, qu’il faut chercher, et qu’on trouvera des distinctions réelles. Monneret a défini la chlorose : une anémie dépendant des fonctions génitales; cette définition, parfaitement exacte en principe, me paraît devoir embrasser toutes les fonctions qui se rattachent au développement individuel, c’est-à-dire l’hérédité, l’accroissement, aussi bien que l’ovulation et la gestation; je dirai donc : la chlorose est une anémie globulaire, par suite clés besoins nutritifs que réclament les fonctions de reproduction et d’ accroissement.

Pendant la période la plus active du développement, la chlorose est fréquente , parce que l’accroissement nécessite une rénovation constante des globules blancs et rouges ; les leucocytes subissent en effet une augmentation manifeste; la proportion des globules blancs aux hématies chez l’enfant est de 1-150, tandis que chez l’adulte elle n’est que de 1-300. Aux approches de la puberté, cette augmentation des leucocytes se dessine mieux encore, particulièrement chez la jeune fille; l’ovulation, c’est-à-dire la formation du germe, est une nouvelle cause de leucocytose; en effet, chez la femme menstruée, et plus encore pendant la grossesse, le nombre des leucocytes est toujours plus marqué que chez l’homme adulte ; on peut donc dire que toute fonction d’accroissement ou de reproduction est une cause d’augmentation des globules blancs.

Quelle est la cause de ce phénomène? Les fonctions de ce genre constituent une véritable déperdition ; elles agissent sur les leucocytes exactement comme les maladies graves, comme les saignées. Il suffit d’une seule saignée pour exagérer considérablement le nombre proportionnel et même le nombre absolu des leucocytes ; le même phénomène se montre pendant le décours des fièvres et des phlegmasies. Après ces déperditions, l’organisme tend à se rénover; pendant l’accroissement. il se complète. Or les tissus ne peuvent se renouveler ou

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se parfaire que par l’intermédiaire des globules blancs, et ceux-ci augmentent en proportion des besoins nutritifs, comme ils augmentent pendant la digestion ou par une bonne alimentation.

Il semble d’après cela que le nombre des globules rouges doive augmenter proportionnellement, puisqu’ils résultent de la transformation des leucocytes; c’est en effet ce qui a lieu chez l’homme adulte à la suite d’une alimentation substantielle; en ce cas, en même temps que les globules blancs augmentent considérablement (Moleschott), les hématies sont au maximum; mais quand il s’agit de pourvoir à une fonction d’accroissement ou de reproduction, les globules blancs ne peuvent plus être utilisés dans un autre but ; ils ne servent plus à la formation des hématies; loin de là, les hématies sont moins nombreuses chez l’enfant et chez la femme menstruée que chez l’homme adulte; à cet égard encore les fonctions progressives agissent comme les saignées, qui, elles aussi, appauvrissent le sang en globules rouges. Ainsi dans toutes ces conditions, l’excès des globules blancs semble coïncider avec la diminution des globules hématiques; or, s’il y a diminution des hématies, la maladie est imminente, et c’est pourquoi l’enfant, la jeune fille et la femme sont si sujettes à la chlorose, qui est si rare chez l’homme.

De même que les anémies, la chlorose se manifeste par les trois groupes de phénomènes dont nous avons analysé le mécanisme physiologique. La pâleur des téguments, la diminution de la force du cœur, la faible tension artérielle, la mollesse et l’ampleur du pouls, les syncopes, les palpitations, les dyspnées, les bruits de souffle vasculaires dénotent le trouble de la circulation et de la respiration.

Les innervations anormales constituent la deuxième série; elles se traduisent à la périphérie par la diminution des sensations tactiles ou douloureuses, les névralgies, les myosalgies de fatigue, la répartition inégale des forces, parfois la faiblesse musculaire, et d’une manière exceptionnelle et douteuse, la paralysie vraie de. la motricité ; l’innervation troublée des centres nerveux et des sens se manifeste par des vertiges, des éblouissements, des bourdonnements d’oreilles. Toutes ces mo-

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clilications que subit l'influx nepvomoteur d’une part, le cours du sang d’une autre part, retentissent sur toutes les autres fonctions, particulièrement sur celles des organes d’assimilation, de sécrétion et de nutrition.

Les dépravations du goût, les spasmes œsophagiens, les crampes d’estomac, les gastralgies vraies ou fausses, les constipations par surexcitation des nerfs splanchniques ou faiblesse de la musculature intestinale, les tympanites, en un mot tous les troubles digestifs ; d’une autre part les sécrétions exagérées ou modifiées, la diminution des principes minéraux et organiques de l’urine, la nutrition imparfaite de certains tissus, l’abaissement de température, tous ces phénomènes qui indiquent l’irrégularité de l’assimilation et des sécrétions forment une troisième série de signes communs à la chlorose et aux anémies.

Quelles sont donc les différences qui séparent les deux maladies? « L’anémie, dit Becquerel, est une aglobulie pure et simple, tandis que la chlorose est une névrose, dans laquelle la diminution des globules du sang, bien que très-fréquente, n’est pas constante, ou tout au moins ne constitue pas le seul élément, toute la maladie. » Pour répondre à cette objection, en apparence fondamentale, j’invoquerai le témoignage de Becquerel lui-même, qui ne base son opinion que sur trois analyses négatives, et finit par conclure que la chlorose se complique souvent d’anémie, de manière à constituer la chloro-anémie; or, ces exceptions peuvent facilement s’interpréter; les chlorotiques passent souvent par des phases d’amélioration qui correspondent à la cessation des palpitations et du souffle, à la restitution des globules ; mais cet état transitoire n’infirme en rien la loi posée par Andral et Gavarret, à savoir : que l’aglobulie est un caractère constant de la chlorose; cette donnée est si universellement vraie , qu’au point de vue chimique on peut affirmer l’identité parfaite des deux maladies.

Voyons s’il existe des caractères différentiels dans la production des symptômes? On dit que la chlorose jouit du privilège exclusif de provoquer le genre de bruits vasculaires appelés bruits continus, ronflants ou musicaux. 11 est vrai que c est dans la chlorose qu’on observe l’aglobulie la plus considérable

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(80 parties de globales au lieu de 128) ; or on sait que c’est là une des circonstances les plus favorables au développement du souille ou chant artériel; mais dès que l’anémie produit la même altération, le même résultat s’ensuit, pourvu que les autres conditions physiques, c’est-à-dire la rapidité d’écoulement du sang par les branches artérielles, soient les mêmes. L’auscultation ne fournit donc aucun signe spécial à la chlorose.

Les phénomènes nerveux ne different également que par l’intensité; ils sont plus fréquents et plus variés dans la chlorose; on y remarque plus souvent des anesthésies, des hyperesthésies, des alternances d’excitation et de prostration nervo-musculaire, des accidents hyslériformes; les vertiges, les troubles des sens, la faiblesse générale semblent appartenir de préférence à l’anémie; mais, en définitive, il n’est aucune de ces manifestations qui soit exclusivement propre à l’un ou à l’autre des deux états morbides. La même réflexion s’applique aux spasmes œsophagiens, aux perversions de l’appétit et de la digestion. Le seul caractère différentiel qui me paraisse digne d’être noté, c’est le mode de nutrition des tissus ; chez la chlorotique, la réserve alimentaire constituée par la graisse du tissu adipeux semble être épargnée, et la maladie est compatible avec des apparences d’embonpoint : la dénutrition ne s’exerce en effet que sur les tissus protéiques, les muscles, les épidermes, etc.; elle s’opère aux dépens des tissus organiques plutôt que de la graisse, car les fonctions du développement individuel, qui sont seules en souffrance, n’utilisent que les corps protéiques et azotés ; au contraire, chez l’anémique, l’amaigrissement n’est pas rare, et ce fait s’explique facilement; l’anémie atteint tous les organes; la déperdition porte indistinctement sur tous les éléments, tant graisseux qu’albumineux des organes; aussi la réparation est urgente, et si l’alimentation n’y suffît, la restitution s’opère à laide de la résorption organique, c’est-à-dire sur la trame adipeuse aussi bien que sur les autres tissus. Cette différence entre les divers modes de désassimilation se rattache à l’origine même des deux maladies, et justifie pleinement la distinction étiologique que nous avons établie. Dans l’anémie tout l’organisme est frappé; dans la chlorose, le sang et les tissus ne s’usent que pour satisfaire aux exigences des fonctions de dé-

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veloppement. Or, parmi ces fonctions, c’est la reproduction, c’est-à-dire l’ovulation et la grossesse qui exercent l’inlluence la plus incontestable sur la formation des pâles couleurs.

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