CAUSES ACCESSOIRES DE LA COAGULATION
La coagulation est le résultat du dédoublement de la plasmine; les circonstances qui favorisent celte modification isomérique sont l’oxygène du sang, certains agents physiques qui troublent la circulation; enfin les éléments histologiques du sang ou des parois vasculaires exercent des influences diverses sur la production de ce phénomène.
§ \ . Des gaz coagulants. Oxygène.
Les divers gaz contenus dans le sang exercent sur la plasmine une action diamétralement opposée ; l’oxygène en favorise le dimorphisme, l’acide carbonique le ralentit; je ne parle pas de l’ammoniaque, dont la présence en nature dans le sang doit être considérée comme douteuse.
La coagulation de la fibrine au dedans comme au dehors de l’économie se lie intimement, d’après Virchow et d’autres expérimentateurs, à la combinaison de l’oxygène avec le sang; la fibrinogène de la lymphe ne devient fibrine que quand, dans les vaisseaux, elle éprouve le contact de l’oxygène; nous avons déjà réfuté l’existence de la fibrine dans le sang; c’est la plasmine qui seule s’y retrouve toute formée; c’est sur cette substance que l’oxygène agit en favorisant son dédoublement. Les arguments ne manquent pas pour prouver au moins son influence auxiliaire.
Au contact de l’air, le sang se coagule plus vile et plus complètement qu’à l’abri de l’air; si on soustrait le sang entièrement à l’action de l’air, la coagulation peut être empêchée ou retardée; si, au contraire, on augmente les points de contact avec l’atmosphère, la coagulation est prompte et le caillot consistant; ainsi, si on reçoit le sang dans un vase plat, le caillot est volumineux et la coagulation procède de la superficie vers le fond.
A cette première argumentation , Briicke oppose une expé-
l’LASMINK l'.T COAGULATION.
ricncc contraire pour prouver que l’oxvgènc n’exerce qu’une influence très-contestable sur la coagulation ; ce physiologiste recueille du sang dans un tube sous le mercure ou l’huile, c’està-dire à l’abri complet de l’air; or, au bout d’un certain temps, la coagulation ne saurait plus être empêchée; on peut même, pour éviter toute objection, priver le sang de l’oxygène que contiennent ses globules, et dont on serait tenté d’invoquer l’action coagulante; par la pompe aspirante, les globules peuvent être désoxydés, et cependant la coagulation finira par s’opérer.
Une autre preuve, invoquée en faveur de l’action coagulante de l’oxygène, est tirée du degré de coagulabilité que présenteraient les divers sangs physiologiques selon leur imprégnation plus ou moins complète par l’oxygène ; le sang artériel qui est plus oxygéné se coagule, dit-on, plus vite, et donne un caillot plus ferme que le sang veineux. Le sang des animaux, qu ^respirent dans une atmosphère pure, se concrète plus rapidement que dans les conditions inverses ; chez les animaux asphyxiés par défaut d’oxygène, la coagulation est même presque impossible; enfin la respiration de l’oxygène pur augmente la fibrine et la rend plus coagulable (Gardner).
De tous ces arguments, il n’en est pas un qui résiste à un examen sérieux : l’inhalation d’oxygène n’agit point sur la fibrine (Régnault et Reisel); la fluidité du sang des asphyxiés et la diminution de coagulabilité du sang veineux s’expliquent par la présence en excès de l’acide carbonique bien plutôt que par le défaut d’oxygène.
Une expérience plus décisive en apparence, en faveur de l’action coagulante de l’oxygène, consiste h lier la jugulaire et à laisser pénétrer l’air au-dessous de la ligature ; le sang se coagule immédiatement eji ce point, tandis qu’il reste fluide audessus du point lié; Claude Bernard se servit même de cette injection d’air pour coaguler le sang des sinus vertébraux. Quelle que soit, du reste, la veine dont on cherche à coaguler le sang, il est une condition préalable pour que le contact de l’air avec le vaisseau ouvert détermine la coagulation, il faut que la circulation soit ralentie; dès que le cours du sang a diminué de vitesse, la fibrine se concrète sous l’influence de l’air. Si, la circulation étant ralentie, on remplace l’air ou l’oxygène
PLASMINE ET COAGULATION.
par l’hydrogène, par l’azote, ou même par l’acide carbonique, la coagulation n’en a pas moins lieu. Donc, il semble qu’il suffise de l’interposition d’un lluide gazeux quelconque pour obtenir le même résultat; toutefois l’oxygène agit d’une manière plus certaine que les autres gaz. C’est l’acide carbonique qui s’oppose le plus longtemps à la coagulation.
§ 2. Coagulants physiques ou mécaniques. — Ralentissement de la circulation. — Corps étrangers. — Chaleur.
Le ralentissement de la circulation est une condition favorable à la coagulation, mais il n’en est pas la cause efficiente. Chez les animaux hibernants, la circulation est si ralentie que le sang est comme figé (Hunter); cependant cette stagnation n’est pas encore la coagulation tant que le sang reste refroidi. Mais si, chez un animal hibernant réchauffé, on retarde le cours du sang, ce liquide ne tarde pas à se coaguler.
Le contact du sang avec des corps étrangers est plus efficace pour produire la coagulation; il suffit de battre le sang ou de l’agiter avec des balles de plomb pour obtenir la condensation de la fibrine; si on introduit dans une veine un corps étranger quelconque, aurait-il la ténuité d’une aiguille, on voit bientôt le sang se déposer, se coaguler autour de ce corps, et ce caillot devenir à son tour le point de départ de stratifications successives. Supposez que ce corps étranger provienne du système circulatoire lui-même, qu’il s’agisse d’un caillot veineux ou d’une embolie; ce corps, une fois fixé, formera le point de départ, le noyau d’une série de couches fibrineuses, comme s’il s’agissait d’un corps étranger ayant traversé les parois du vaisseau.
Enfin les rugosités que présentent parfois les parois vasculaires, par suite d’un athérome, d’un dépôt crétacé ou d’une ulcération, ou même le plissement de la membrane interne, suffisent souvent pour arrêter et coaguler le sang, en un mot, pour agir è titre de corps étranger.
La chaleur est un agent puissant de coagulation, le froid la retarde ou l’empêche; chez les animaux à sang froid, en hiver, la coagulation est tellement lente qu’on peut filtrer le sang de la grenouille, les globules restant sur le filtre (Millier, Bernard).
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L’action de ht chaleur se démontre de plusieurs manières, et une foule de circonstances favorables à la coagulation se rattachent à l’excès de température. Ainsi, pendant la digestion, le sang est plus coagulable, parce que sa température est plus élevée que pendant l’abstinence. Ainsi, dans un vaisseau vivant ou dans le cœur, le sang conserve sa lluidité pendant un certain temps (Brücke); mais, si on vient ;'i chauffer le conduit vasculaire, la coagulation commence.
La coagulation peut même se faire spontanément dans le vaisseau ou dans le cœur au bout d’un certain temps, qui commence précisément avec la disparition de l’irritabilité musculaire. Or, la perte de l’irritabilité est due à ce que le muscle s’acidifie et devient rigide par la coagulation du suc musculaire; la chaleur agit de même, elle produit sur le suc musculaire et sur le sang un effet identique et simultané; ils se figent tous deux (Bernard).
La chaleur, toutefois, ne suffit pas seule pour décider la coagulation; la section du filet cervical sympathique produit un excès très-marqué de température dans le sang des vaisseaux de la face, et cependant le sang ne se coagule pas; c’est qu’en même temps son cours s’accélère; supprimez cette cause, et la coagulation se fait.
§ 3. Influence des globules sur la coagulation.
D’après Cohn , les globules rouges, en s’agglomérant, ont le pouvoir d’agir comme des corps étrangers, et de décomposer la fibrine, qu’il considère comme un albuminate alcalin. Or les globules s’accumulent dès que le sang est sorti des vaisseaux; si leur agglomération est prompte, la fibrine se coagule plus lentement; ainsi, chez les animaux, la lenteur de la coagulation est en raison inverse de la précipitation des globules; c’est chez le cheval que les hématies s’empilent le plus vile et que la coagulation est le plus lente; viennent ensuite le chien, le lapin, et finalement le porc, l’oiseau; chez ce dernier, le sang se prend immédiatement en masse, car ses globules se précipitent lentement.
Voici d’autres preuves invoquées par Cohn : le sang, traité par une solution saline, ne se coagule pas, parce que les glohu-
PLARMIMi ET COAGUf.ATIOX.
les tombent rapidement ; le sang, placé sous la pompe aspirante, reste fluide, parce que les globules se disséminent; certains transsudats ne se coagulent pas dans l’économie, étant privés de globules; mais, s’ils restent stationnaires, on y trouve des cellules d’exsudat ou des flocons tibrineux qui font l’ollice de corps étrangers et agissent comme coagulants.
Enfin, comme preuve pathologique, Cohn invoque les phénomènes de l’anémie; le sang anémique présente une diminution de globules rouges, un excès de globules blancs, quelquefois un certain excès de fibrine, et il se coagule facilement; or, comme les leucocytes ne forment pas masse, comme les globules rouges sont trop rares pour se précipiter immédiatement, ils se rassemblent dans le plasma et favorisent la coagu. lation.
Cette théorie, si bien édifiée en apparence, ne soutient pas l’examen; en effet, les globules peuvent manquer entièrement, et cependant la coagulation a lieu, c’est ce qui arrive chez le cheval; la partie supérieure du caillot est privée de corpuscules et se coagule néanmoins. Le nombre des globules n’a d’action que sur la forme, mais non sur la formation du caillot. Enfin l’action des globules serait uniquement mécanique si elle était démontrée, et la doctrine n’aurait plus le caractère vitaliste que auteur lui assigne.
§ 4. La vitalité des parois vasculaires est un obstacle à la coagulation du sang.
La paroi des vaisseaux exerce sur le sang une influence diamétralement opposée aux agents physiques, elle fluidifie le sang; pour le prouver, il suffit d’étudier ce qui se passe lorsqu’on place le sang dans un organe vivant ou au contraire dans un vase inerte. Renfermé dans le cœur, la veine d’un animal vivant, ou dans un vaisseau chylifère, le sang reste fluide au moins une demi-heure; si, au contraire, on emploie un vaisseau ou un cœur privé de vie depuis quelque temps, la coagulation se fait en quelques minutes, même à l’abri du contact de l’air. En général, dès que l’irritabilité s’éteint, les tissus perdent leur pouvoir fluidifiant (Bernard, Brücke); ainsi, chez les oiseaux, les organes musculaires sont rapidement privés d’excitabilité, le