NOTIONS PHYSIOLOGIQUES SUU LA RESPIRATION
§ 1er. — Des gaz du sang.
Les gaz du sang qui constituent pour les tissus et les liquides de l’organisme une sorte d’atmosphère interne, ne diffèrent point de l’atmosphère extérieure par leur nature intime ; mais ils s’en distinguent d’une manière absolue parleurs proportions respectives. Tandis que cent volumes d’air ambiant contiennent invariablement 20,81 d’oxygène, on trouve dans cent volumes de gaz du sang de 11 à 37 volumes d’oxygène; la moyenne, qui est de 28 pour 100, dépasse par conséquent de près d’un cinquième la quantité d’oxygène atmosphérique ; mais celte donnée n’est pas l’expression réelle des faits ; — ce qui est vrai, c’est que le sang artériel est généralement plus oxygéné que le sang veineux; c’est que l’un et l’autre varient selon les fonctions de l’organe auquel ils sont destinés, et surtout selon l’état d’activité ou de repos de cet organe.
ÉTIOLOGIE DES ANÉMIES RESPIRATOIRES
Un autre fait non moins remarquable ressort de l’analyse comparative des deux mélanges gazeux interne et externe. L’acide carbonique, dont on retrouve peine des traces dans l’air, figure au contraire dans les gaz du sang pour le chiffre énorme de 64 pour 100. 11 en résulte naturellement une diminution proportionnelle de l’azote, dont on trouve 4 peine 7 volumes, au lieu de 79 contenus dans l’air extérieur.
Pour compléter ces premières notions sur la proportion respective des gaz du sang, il reste encore 4 déterminer l’espace qu’ils occupent dans le sang lui-même. Or, 100 centimètres cubes de sang contiennent de 45 4 50 centimètres cubes de gaz, dont 15 d’oxygène, 30 d’acide carbonique, 14 4 d’azote. Ici encore les chiffres n’expriment que des moyennes qui sont vraies pour l’acide carbonique, mais variables pour l’azote et plus encore pour l’oxygène; ainsi le minimum d’oxygène qui se retrouve dans le sang veineux du muscle au repos, n’indique que 5,9 tandis que le sang artériel de la carotide contient 18,3 pour 100 du même gaz. Ce sont les résultats fournis par les expériences de Cl. Bernard et Sczelkow qui opéraient sur 100 centimètres cubes de sang, c’est-à-dire sur 45 4 50 volumes de gaz. Si, 4 l’exemple de Setschenow, on calcule sur 100 volumes du mélange gazeux lui-même, on arrive, en doublant les chiffres 5,9 et 18,3,4 une concordance parfaite avec les nombres 11 4 37 que nous avons formulés en commençant cette étude.
Oxygène. — Ses divers états dans le sang. — Les g'UZ présentent dans le sang deux états différents, une partie est simplement dissoute; l’autre est fixée ou combinée chimiquement avec les éléments du sang. La première seule suit la loi qui préside 4 l’absorption gazeuse par les liquides, ou la loi de Dalton. Tous les gaz dissous, que ce soit dans le sang ou dans tout autre liquide, tendent 4 diminuer avec l’augmentation de la température, 4 s’éliminer sous l’influence de l’abaissement de la pression extérieure, enfin, 4 se déplacer par l’action d’un gaz étranger. Or, la plupart de ces caractères manquent 4 l’oxygène interne ; son absorption est presque entièrement indépendante du degré de pression extérieure ; s’il en était autrement, on arriverait, comme l’observe judicieuse-
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ment Longet, à celte conséquence, que dans les régions élevées où le baromètre ne marque que 0,385 millimètres, le sang des habitants devrait renfermer moitié moins d’oxygène que chez les populations des contrées maritimes, où la pression barométrique s’élève au double (0,760) ; mais rien de semblable n’a lieu ; en voici la preuve expérimentale.
Lorsqu’on place le sang dans une atmosphère oxygénée, dont les pressions varient de 0,587 à 0,835 millimètres, on constate que 100 centimètres cubes de sang se chargent à peu près de la même quantité d’oxygène; elle ne varie que de 9,2 à 9,5 (W. Muller) ; ainsi, malgré les différences considérables de tension de l’air ambiant, la quantité de gaz absorbée par le sang est pour ainsi dire invariable.
L’introduction de l’oxygène se fait sous une pression quelconque ; il y a plus, lorsque l’atmosphère est très-pauvre en oxygène, l’absorption continue; mais l’inverse n’a pas lieu; elle n’augmente pas avec le degré d’oxygénation de l’atmosphère.
Si l’oxygène est indépendant jusqu’à un certain point de la pression, il faut en conclure que la plus grande partie du gaz est fixée ou combinée chimiquement avec le sang; mais quels sont les principes du sang qui présentent de l’affinité pour l’oxygène? Si, à l’exemple de Lothar Meyer, on délaye le sang dans l’eau, la quantité d’oxvgène chimique diminue, tandis que la portion dissoute du gaz augmente ; c’est qu’en effet., en diluant le sang, on a amoindri l’action des éléments attractifs qui ne sont autres que les globules; si d’une autre part on opère, non plus avec du sang normal, mais avec du sérum pur, dépouillé par conséquent de globules, dès lors il n’y a plus de combinaison chimique ; le gaz n’est plus que dissous et cela dans une proportion exactement pareille à celle qui représente le gaz suspendu dans le sang. On est donc conduit à admettre que le sérum n’agit que comme l’eau distillée; si, comme ledit Fernet, le sérum contient une petite quantité d’oxygène indépendante de la pression, cela lient peut-être à ce que ce plasma n’a pas été entièrement débarrassé des globules (Ludwig). La fibrine, d’après Harley, paraît aussi fixer une certaine quantité d’oxygène ; mais il ressort des expé-
ÉTIOLOGIE DES ANÉMIES RESPIRATOIRES
riences précédentes, que ce pouvoir d’aftinité appartient surtout, sinon exclusivement, aux globules rouges; l’oxygène se combine avec les substances contenues dans ces globules et surtout avec l’hémato-globine qui le porte aux divers tissus.
Mais ce n’est pas là et ce ne saurait être un composé fixe ; la combinaison est assez faible pour que le gaz puisse abandonner facilement le principe fondamental du globule, c’est-à-dire l’hématine, et se porter sur les autres matériaux oxydables du sang ou des tissus. Ce qui prouve mieux encore l’instabilité de cette combinaison, c’est que l’oxygène peut en être partiellement dégagé par les procédés qui servent à l’élimination de l’oxygène simplement dissous, à la condition toutefois qu’ils soient employés avec plus d’énergie. Ainsi, en chauffant le sang jusqu’à l’ébullition ou en le soumettant au vide pneumatique complet, on obtient la portion du gaz qui est fixé; mais, pour déplacer complètement tout l’oxygène contenu dans le sang, il n’est pas de plus sûr moyen que l’oxyde de carbone. Imprégné de ce gaz, le sang prend cette couleur d’un rouge écarlate clair, si caractéristique des empoisonnements par la vapeur de charbon, et en même temps il devient incapable de conserver ou de contracter une combinaison chimique quelconque avec l’oxygène. 11 faut donc que l’oxyde de carbone surpasse l’oxygène dans son pouvoir d’affinité pour les éléments du sang; l’oxyde carboneux se fixe en effet d’une manière intime et remplace complètement tout l’oxygène chimique. C’est Cl. Bernard qui a découvert ces lois si remarquables, vérifiées depuis par Lothar Meyer, par Hope, Klebs, etc.
Toutefois, ce qui prouve que l’oxygène est réellement combiné avec le sang, c’est que si l’on y ajoute certaines substances, comme l’acide tartrique, la pénétration des globules par l’oxygène devient çtUe qu’il ne peut plus en être chassé par aucun moyen, pas même par l’acide carbonique.
Oxygène ozonisé. — Les recherches modernes tendent à prouver que l’oxygène combiné avec l’hémoglobine présente cette modification qu’on appelle l’oxygène actif ou ozone; les globules jouissent en effet des mêmes propriétés que les substances ozonifères en général, telles que les sels ferreux, l’éponge de platine. Mis en contact avec un liquide ozonisé,
ÉTIOLOGIE DES ANÉMIES RESPIRATOIltES.
comme l’huile essentielle de térébenthine, les globules ont le pouvoir de lui enlever l’ozone et de le transmettre aux corps facilement oxydables, ainsi à la teinture de gaïac, ainsi à l’iodure de potassium, dont l’iode mis à nu, bleuit par l’amidon. Le sérum et les autres éléments du sang n’exercent aucune modification sur ces réactifs ; il n’y a que les globules qui agissent, et parmi leurs principes constituants c’est l’hémoglobine ou plutôt l’hématine pure qui jouit de ce privilège, car on peut impunément éliminer ou précipiter la globuline à l’aide d’une courant d’acide carbonique; rien n’est changé, après cette opération, dans les propriétés ozonifères du sang. Ces données intéressantes qui résultent des recherches de His et d’Alex. Schmidt, ont été modifiées par Schônbein, qui admet que l’oxygène est à l’état neutre, mais avec tendance à se décomposer en ozone et antozone. Dans tous les cas il faut admettre, et sur ce point on est d’accord, que l’ozone, au fur et à mesure qu’il se produit, sert aux oxydations lentes des tissus et éléments organiques.
Applications à la séméiologie de l’aglobulie. — Les globules sont les seuls éléments attractifs de l’oxygène, soit combiné, soit organisé, qui préside à la nutrition des tissus, aux métamorphoses intimes et au fonctionnement des organes; si les globules viennent à diminuer, l’oxygène ne trouvant plus dans le sang ses principes d’affinité, il en résulte inévitablement une diminution des oxydations , surtout dans les organes qui consomment le plus d’oxygène , pour l’exercice de leurs fonctions; les systèmes nerveux et musculaire seront les premiers atteints; la sensibilité s’amoindrit ou s’exalte, les muscles respiratoires perdent leur énergie au point d’entraver les échanges gazeux ; l’innervation du cœur se trouble ou s’afiaiblit ; dans tout l’organisme les combustions deviennent moins actives et la température s’abaisse.
Acide carbonique. — Ses divers états dans le sang. — l.UC grande
partie de l’acide carbonique est l’état de simple dissolution ; on l’obtient, en chauffant légèrement le sang ou en le délayant dans l’eau ; une portion plus considérable est fixée aux sels du sérum, mais peut s’obtenir parle vide pneumatique complet (Pfiuger); enfin une fraction minime est à l’état de
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combinaison. Cent centimètres cubes de sang artériel (chez le chien) contiennent 31 à 3Z| centimètres cubes d’acide carbonique, dont 30 sont ou dissous ou légèrement adhérents; il ne reste par conséquent que 2 1/2 ou 3 centimètres cubes, c’est-à-dire 1/1 0e d’acide carbonique combiné chimiquement. C’est donc le contraire de ce qui a lieu pour l’oxygène , dont les h ôes sont combinés avec l’hématoglobine.
Si, comme nous venons de l’énoncer, le gaz carbonique est en partie libre , l’échange entre le sang et l’air doit s’opérer selon la loi de Dalton ; le sang qui aborde au poumon contient plus d’acide carbonique qu’il ne peut en contenir sous la pression de l’atmosphère ; par conséquent l’équilibre doit s’établir, et le sang cède de l’acide carbonique au milieu ambiant , tandis que l’inverse a lieu pour l’oxygène.
Quand l’air libre contient plus d’acide carbonique , les rapports entre les deux gaz carboniques vont se modifier ; s’il y a un surcroît d’acide carbonique à la fois dans l’atmosphère et dans le poumon, ce qui a lieu par exemple lors de la respiration dans un espace clos, il arrivera un moment où le gaz cesse d’être éliminé; finalement il peut même rentrer dans le sang (Régnault et Reiset, Wilh. Muller); tous ces faits s’expliquent par l’état de dissolution ou de faible adhérence du gaz.
La partie non dissoute de l’acide carbonique, au lieu d’adhérer aux globules comme l’oxygène, se trouve entièrement fixée au sérum, qui contient aussi la totalité du gaz carbonique. Le sérum exerce en effet sur l’acide carbonique une action à la fois dissolvante et chimique, qui est due à la présence des carbonates alcalins et du biphosphate de soude. Le sang contient environ 2 milligrammes de carbonate de soude ; des solutions aqueuses d’un à vingt milligrammes de ce sel étant mises en contact avec l’acide carbonique sous des pressions diverses, le carbonate simple absorbe un nouvel équivalent de gaz , et se transforme en bicarbonate ; le même phénomène peut se passer dans le sérum , mais comme il n’existe que fort peu de carbonate simple, on ne saurait attribuer à ce sel le pouvoir de retenir toute cette partie considérable de gaz qui est faiblement combinée. D’un autre côté, le sang artériel qui
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devrait se comporter comme le sang veineux, ne renferme pas de gaz carbonique libre, on n’y trouve que 5 à 6 volumes pour 100 de gaz fixé. Ainsi, il y a dans le sang en circulation des conditions qui empêchent la formation permanente du bicarbonate. 11 faut donc qu’un autre élément du sang contribue à retenir le gaz; c’est le phosphate de soude qui joue ce rôle (Fernet).
Les phosphates alcalins contenus dans le sang se montent en moyenne à 0,00034 ; une solution phospbatique d’une concentration à peu près analogue fixe l’acide carbonique ; le phosphate tribasique se transforme en un sel nouveau , dans lequel à chaque équivalent d’acide phosphorique s’ajoutent deux équivalents d’acide carbonique.
Le pouvoir absorbant des phosphates est deux fois plus énergique que celui des carbonates ; aussi la diminution des phosphates qu’on observe , en passant du régime carnivore à l’alimentation végétale, est toujours compensée par les carbonates (Verdeil). Au résumé , l’action chimique du sérum sur l’acide carbonique , est due aux deux genres de sels ; ils fixent une quantité de gaz égale à la moitié de celle qui entre en dissolution , tandis que le sang complet ne renferme qu’un dixième de gaz carbonique combiné.
Or, si le sang complet avec ses globules retient infiniment moins de gaz carbonique que le sérum , on est en droit de penser que les globules exercent sur l’acide carbonique du sérum une sorte de désagrégation , qui permet au gaz de se dégager plus facilement ; c’est en effet ce qui ressort des expériences de Schôffer, Haidenhain , Preyer. Il résulte de ces mêmes recherches, que le sang artériel contient moins d’acide carbonique combiné, et en général moins d’acide carbonique que le sang veineux ; on ne trouve dans le liquide des artères que 5 4 6 volumes pour 100 de gaz carbonique; la raison en est simple ; les globules et l’oxygène qui prédominent dans ce liquide jouissent du pouvoir de déplacer l’acide carbonique.
§ 2. *“ Des gaz exhales par le poumon.
De même que l’absorplion de l’air, l’élimination des gaz du sang a lieu dans le poumon ; mais on ne saurait en inférer
ÉTIOLOCIE DES ANÉMIES RESPJUATOIUES.
que ce soit là le siège exclusif des combustions; les oxydations complètes ou imparfaites, les dédoublements, ont lieu, certainement, dans toute la masse du sang (Bernard, Eslor et Saint- Pierre), et peut-être dans tous les tissus. Le poumon n’est que la voie des échanges gazeux qui s’opèrent entre le sang et l’atmosphère.
Celle-ci contient 21,8 d’oxygène pour cent volumes ; l’air expulsé par les organes respiratoires n’a plus que 16 volumes d’oxygène; il disparaît donc 5 volumes d’oxygène. Cependant l’acide carbonique exhalé par un adulte à jeun ne figure dans chaque expiration que pour à, 38 ; l’oxygène absorbé ne se retrouve donc pas entièrement dans l’acide carbonique. En effet, un gramme d’acide carbonique et deux grammes d’oxygène présentent le même volume ; si tout l’oxygène était employé à oxyder le carbone, le volume de l’un devrait égaler le volume de l’autre, mais il n’en est pas ainsi; près de 5 volumes d’oxygène n’ont été remplacés que par à, 38 de gaz carbonique ; il existe donc un déficit de 0,ZiO à 0,50 p. 0/0 ou près d’un demi-volume d’oxygène, qui, n’étant pas utilisé pour la formation de CO2, reste dans l’économie pour remplir d’autres usages. D’après les données de Lavoisier, confirmées par Régnault et Reiset, Boussingault, tout l’oxygène qui ne se transforme pas en acide carbonique sert à la formation de l’eau ; mais ce n’est là qu’une probabilité, car l’eau qui s’élimine peut bien être préformée t dans le sang (Bernard, etc.). Ce qui est certain , c’est que l’acide carbonique ne représente nullement l’oxygène absorbé; et par conséquent la respiration, ainsi que Lavoisier l’avait déjà indiqué, n’est pas seulement ni absolument une combustion. Si, en effet, dans l’air qui a servi à la combustion, et contenant 15 p. 0/0 d’oxygène, 2,3 d’acide carbonique, on plonge une bougie allumée, la lumière s’éteint, et cependant un oiseau peut vivre dans cette atmosphère. Réciproquement, dans un mélange composé par parties égales d’acide carbonique et d’oxygène, la bougie continue à brûler, tandis que l’animal ne tarde pas à succomber. C’est qu’en réalité la combustion cesse par défaut d'oxygène, et la respiration par excès d’acide carbonique ; dans ce dernier cas la diffusion ne peut plus s’accomplir entre les gaz du sang et ceux
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de l’atmosphère. La respiration pulmonaire n’est donc qu’un échange de gaz, comme l’ont démontré Vierordt, Longet, Cl. Bernard, Will. La preuve la plus convaincante est la variabilité du rapport de l’acide carbonique avec l’oxygène selon un grand nombre de circonstances, parmi lesquelles il faut citer l’alimentation , l’exercice musculaire, le développement progressif de l’individu, le travail de l’ovulation, enfin le type respiratoire lui-même. En moyenne , un adulte consomme par heure 33 grammes ou 23 litres d’oxygène (Dumas); étant à jeun et au repos, il n’exhale par les poumons que 15 à 20 litres d’acide carbonique, ce qui représente en poids 30 à 1(0 grammes d’acide carbonique ou 8 à 11 grammes de carbone (Longet). Le chiffre maximum résulte surtout des recherches de MM. Andral et Gavarret, qui observaient pendant 8 à 13 minutes, entre une et deux heures de la journée, à un même intervalle des repas, des individus âgés de 18 à 2k ans et pesant de 61 à 68 kilogrammes; or ce sont là les conditions les plus favorables à l’exhalation de l’acide carbonique , il n’est donc pas étonnant que Scharling, qui opérait avec un appareil imparfait et incapable de recueillir tout l’acide carbonique, n’ait obtenu que 17 litres d’oxygène au lieu de 20.
« L’activité de la fonction pulmonaire variant avec les diverses « heures du jour, et suivant l’état de veille ou de sommeil , « les résultats indiqués pour chaque heure ne peuvent pas « servir à calculer ce qu’un homme adulte exhale d’acide car- « bonique dans l’espace de 2k heures. » (Longet.)
Pour arriver à préciser cette quantité quotidienne d’une manière directe , des expériences furent instituées à l’aide d’un grand appareil respiratoire par Pctlhentkofer et Voït sur les animaux, et par Ranke sur lui-même ; il résulte de ces analyses qu’un homme adulte exhale (par heure 33 grammes) par jour 791 grammes d’acide carbonique , contenant 215 grammes de carbone, auxquels il faut ajouter 8 grammes 2 décigrammes de carbone éliminés par les urines, au total 22k grammes.
Influence clés régimes insuffisants ou imparfaits sur l'cxltalalion pulmonaire. — Ces quantités subissent de nombreuses modifications principalement par le régime. 11 semble qu’en général la quantité de CO2 exhalé doit augmenter en proportion
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du carbone ingéré avec les aliments; parmi les aliments riches en carbone, les fécules et les sucres, qui en même temps contiennent beaucoup d’oxygène, fournissent plus d’acide carbonique que les graisses et les albuminates; la raison en est simple ; dans les hydrocarbures, l’oxygène qu’ils renferment sufiit pour oxyder l’hydrogène et former de l’eau , de sorte que la totalité de l’oxygène absorbé est employée à brûler le carbone et à le transformer en acide carbonique; au contraire par l’usage des viandes et des graisses, qui sont pauvres en oxygène, il se développe des produits de combustion intermédiaires et moins avancés que l’acide carbonique , et qui passent par les urines. Tout cela est vrai pour le rapport de l’oxygène à l’acide carbonique ; mais en fait un régime exclusivement féculent aboutit aux mêmes résultats que l’abstinence , c’est-à-dire à une diminution des oxydations. Les hydrocarbures n’augmentent la quantité absolue d’acide carbonique, qu’en étant mêlés avec une nourriture suffisamment azotée ; c’est alors qu’on trouve le maximum d’exhalation, c’est-à-dire 252 grammes de carbone (Ranke). En ce cas le rapport de l’azote au carbone est de 1 à 12.
Fendant l’abstinence , les pertes de carbone ne se montent qu’à 185 (dont l\ par les reins) ; par une alimentation non azotée, la consommation de carbone ne dépasse pas sensiblement celle de l’abstinence ; elle s’élève à 20 k grammes ; dans ces divers cas le rapport de l’azole avec le carbone est de 1 à 21 ou 25. Au contraire, par l’usage de 1832 grammes de viande, dose que l’homme adulte peut rarement continuer, le carbone éliminé s’élève à 2à9 grammes, dont 18 par les reins. C’est une nourriture mixte de substances azotifères et hydrqcarburées qui donne la perspiration pulmonaire et cutanée la plus forte, 252 grammes, la sécrétion urinaire contenant 9 grammes, total , 261 grammes de carbone ; le rapport avec l’azote étant del à 12 comme dans l’état normal. Ainsi, en prenant les limites extrêmes, on voit que l’exhalation d’acide carbonique varie de 180 à 252.
Influence du travail, de l’âge, du sexe, du type respiratoire sur l exhalation d'acide carbonique. — Le travail musculaire est une autre cause d’augmentation de l’exhalation pulmonaire;
ÉTIOLOGIE O liS ANÉMIES RESPIRATOIRES.
11 se développe de la chaleur destinée à se transformer en travail mécanique ; or cette chaleur ne saurait être attribuée qu’à l’usure de certains principes de la substance musculaire ; la théorie indique donc un surcroît de combustions; nous verrons plus tard si l’expérience est d’accord avec ces données.
Les divers âges exercent sur les combustions une influence contraire ; d’après le travail d’Andral et Gavarret, la respiration, qui serait moins active dans l’enfance que dans l’âge adulte, atteindrait son maximum d’intensité vers trente ans , et diminuerait ensuite graduellement jusqu’à la fin de la vie; les enfants de 8 à 15 ans ne consomment en moyenne que 7 grammes à 2 de carbone en une heure ; de 15 à 20 ans, cette consommation s’élève à 10 grammes 76, et de 20 à 30 ans elle est de
12 grammes; mais d’après les remarques de Longet, on ne peut déduire de ces expériences la consommation de carbone pour un kilogramme du poids corporel ; dans la série des âges, le poids varie tellement qu’il ne saurait être négligé; si, en effet, à l’exemple de Scharling, on calcule par kilogramme, on arrive à celte conclusion que l’enlant consomme 0,25 de carbone par kilogramme et par heure, tandis que l’adulte ne consomme que 0,12 en moyenne. Le maximum de la puissance respiratoire se manifesterait donc dans l’enfance ; mais Gavarret a démontré que les variations de poids amenées par le développement individuel , ne coïncident pas exactement avec celles de l’activité respiratoire , et no suffisent pas pour infirmer les résultats indiqués.
Chez la femme, depuis la puberté jusqu’à la ménopause, les oxydations sont moins énergiques que chez l’homme; mais lorsque la menstruation vient à cesser, l’exhalation d’acide carbonique augmente à nouveau ; il semble que la perspiration pulmonaire remplace la fonction de l’ovulation et la déperdition de sang qui l’accompagne.
Enfin le type respiratoire n’est pas sans influence sur le phénomène do l’exhalation pulmonaire ; tous les gaz de même nature qui sont mis en contact directement ou par l’interposition d’une membrane, tendent à se mêler jusqu’à ce que la tension soit la même partout, et cette loi s’applique aux gaz dissous dans les liquides; or le sang contient plus d’acide carbonique
ÉTIOLOGIE DES ANÉMIES RESPIRATOIRES
que l'air des poumons; il doit donc y avoir une exosmose de ce gaz à travers les capillaires pulmonaires; d’une autre part, les aréoles pulmonaires contiennent plus d’acide carbonique que les voies aériennes supérieures ; il doit y avoir de même un courant d’acide carbonique du dedans au dehors, ou du poumon vers l’atmosphère, qui n’en contient que des traces; on peut s’en assurer par le tableau suivant, qui montrera les différences des trois mélanges gazeux, non seulement au point de vue de l’acide carbonique , mais encore de l’oxygène et de l’azote qui font partie intégrante de ces mélanges. Dans cent volumes de gaz on trouve :
Acide carbonique.
Oxygène.
Azote.
Dans le sang
Dans l’air expiré. . .
Dans l’air extérieur.
Parmi ces divers gaz, l’acide carbonique présente dans le sang et le poumon une pression telle qu’il tend naturellement à la diffusion ; si la respiration vient à se ralentir, l’air séjourne plus longtemps dans la cavité pulmonaire, dès lors il se charge d’un excès d’acide carbonique qui se constate dans l’air expiré. Mais la quantité absolue de gaz carbonique exhalé pendant un temps déterminé est moindre que par les respirations accélérées. Ainsi 12 expirations par minute donnent trois litres d’air expiré contenant les 43 centièmes de son volume d’acide carbonique, ou 129 centimètres cubes d’acide carbonique ; si on exécute 2/j respirations par minute, il s’élimine 6 litres d’air qui ne renferment que les 35 centièmes ou 210 centimètres cubes d’acide carbonique; par conséquent les respirations les plus lentes sont celles qui fournissent la moindre quantité absolue d’acide carbonique par minute, mais aussi la plus forte quantité relative de ce gaz dans l’air expiré.
PATHOGÉNIE DES ANÉMIES RESPIRATOIRES
Les données de la physiologie sont en parfait accord avec l’observation des faits , pour justifier les divers genres d’anémies respiratoires que nous avons déjà indiqués sommairement, à savoir : 1° les anémies par l’air confiné et l’encombrement ,
ÉTIOLOGIE DES ANÉMIES RESPIRATOIRES
c’est-à-dire par l’insuffisance de l’atmosphère ; 2° les anémies professionnelles par viciation de l’air; 3° les anémies des altitudes , des pays chauds ; b° les altérations du sang qui résultent de la réduction des surfaces respiratoires.
§ 1. Anémies par l’air confiné.
Lorsque la respiration se fait dans un espace limité, c’est-àdire dans l’air confiné, il en résulte pour l’organisme des effets nuisibles qui sont dus à une double cause, à savoir : l’usure de l’oxygène, et l’altération de l’atmosphère par les produits de l’exhalation pulmonaire et cutanée.
Mais à quel moment l’oxygène devient-il insuffisant, et quelle est la limite inférieure de la respirabilité de l’air? Deux circonstances importantes font varier cette limite; c’est le renouvellement de l’air, et l’étendue de l’espace respiratoire. On peut respirer pour ainsi dire impunément dans un espace restreint, si l’air se renouvelle sans cesse; par contre, si l’homme respire une atmosphère qui est constamment la même, quand même la capacité de la demeure serait plus étendue, de graves inconvénients peuvent en résulter ; en voici la raison.
Un individu sain, par une respiration normale, rend un tiers de litre d’air contenant 4,38 d’acide carbonique pour cent volumes d’air; par son séjour dans un espace restreint, l’homme altère sa propre atmosphère ; on a beau ajouter de l’oxygène à l’air ainsi vicié, on ne réussira pas à détruire l’effet pernicieux de l’acide carbonique. Une atmosphère qui contiendrait un centième d’acide carbonique suffirait déjà, même quand elle renferme encore 18,4 pour cent d’oxygène pour troubler peu à peu l’hématose et produire finalement la débilitation anémique. Ainsi les effets des atmosphères circonscrites sont dus à l’augmentation de l’acide carbonique , bien plus qu’à la diminution de l’oxygène ; et cela est si vrai que chez les animaux renfermés dans un espace clos, la mort peut arriver quant l’atmosphère contient encore autant d’oxvgène que l’air extérieur (Bernard). La contre-épreuve n’est pas moins péremptoire ; en ayant le soin de faire dégager et d’exclure tout l’air expiré, on peut faire respirer impunément un mélange artificiel contenant à peine là pour cent d’oxygène , c’est-à-dire
ÉTIOLOGIE DES ANÉMIES RESPIRATOIRES
les 2/3 de l’oxygène de l’air ambiant. La ventilation , c’està-dire le renouvellement de l’air joue donc un rôle décisif dans la respirabilité des atmosphères et, par conséquent, dans le mode de production des anémies par l’air confiné.
Supposons maintenant que le renouvellement de l’air reste à peu près constant, et voyons ce qui se passe dans les atmosphères confinées ; ici c’est l’étendue de l’espace qui réglera les troubles fonctionnels: un oiseau peut vivre dans une cloche de 2 litres, l’air ne contenant que 3,50 d’oxygène, mais si la cloche n’a qu’un litre de capacité les accidents se manifestent , même si l’air est plus oxygéné ; l’espace restreint avec son atmosphère oxygénée est donc plus funeste qu’un espace plus considérable avec une atmosphère moins vivifiante-, c’est qu’en effet dans le premier cas le sang se charge rapidement de l’acide carbonique expiré, et en même temps il absorbe moins d’oxygène (Bernard) ; une atmosphère chargée d’acide carbonique rend les échanges impossibles entre les gaz du sang et le milieu ambiant ; le sang qui arrive dans le poumon est du sang veineux déjà chargé de CO2; or, le sang ne peut céder son acide carbonique et absorber l’oxygène que si le gaz extérieur présente des proportions inverses ; quand la composition de l’air respiré se rapproche de celle des gaz expirés , l’acide carbonique s’accumule dans le sang, et l’absorption d’oxygène sera d’autant plus difficile qu’il ne saurait déplacer ni remplacer l’acide carbonique qui est plus soluble dans le sang. Ainsi, dans les deux cas, l’air confiné n’agit que parce que les échanges sont devenus difficiles; les expériences de Bernard , Lothar Meyer, W. Muller tendent à prouver que l’acide carbonique n’a pas d’autre action, et qu’il ne présente pas de qualités toxiques.
Toutes ces données s’appliquent à l’influence des habitations sur la santé de l’homme ; en supposant un adulte enfermé dans une enceinte de 10 mètres, où l’air n’est pas renouvelé, l’atmosphère, d’après les recherches de MM. Àndral et Gavarret, contient au bout de deux heures au moins à2 litres ou à millièmes 2/1 0 d’acide carbonique, après huit heures près de 10 millièmes. — Dans une enceinte de 20 mètres, l'air contiendrait encore l\ 2 litres, mais ce chiffre ne représente, en
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réalité, relativement à l’espace total qu’une proportion moitié moindre, c’est-à-dire 2 millièmes. Si la proportion d’acide carbonique atteignait à centièmes, ce qui équivaut au chiffre de l’expiration normale, on serait en droit de supposer que la totalité de l’air contenu dans l’enceinte a traversé les voies respiratoires.
Avant une pareille saturation, l’atmosphère a cessé depuis longtemps d’être respirable; il suffit de à millièmes pour produire des troubles dans les échanges gazeux. Or, pour que cette proportion ne soit pas dépassée, il faut à un adulte qui respire 17 (bis par minute, et rend en une heure 510 litres d’air ou 21 litres d’acide carbonique, il faut, dis-je, environ h mètres cubes d’air nouveau par heure, ou au moins 8 à 9 mètres cubes pour deux heures; mais, comme il s’exhale en outre par heure environ Z|6 à Z|7 grammes de vapeur d’eau qui sature l’air et le rend moins propre à la respiration (Gréhant), comme enfin une partie de l’oxygène est consommée et l’acide carbonique augmenté par les appareils de chauffage et d’éclairage (Tardieu), on arrive à cette conclusion, que la demeure de l’homme, étant supposée close, devrait pouvoir fournir 10 mètres cubes d’air par heure ou 2Z| 0 mètres cubes par jour ; un pareil espace doit mesurer 6 mètres en tous sens. Si on suppose que nous ne séjournions que huit heures sur vingt-quatre dans une même chambre, comme elle ne présente, en général, que 2 mètres ou 3 tout au plus de haut, elle devrait encore mesurer 6 mètres. — Mais ces diverses conditions sont rarement réunies; de là une cause constante d’insalubrité.
Une seule circonstance peut atténuer les mauvais effets du confinement, c’est l’accoutumance; toutefois elle n’agit qu’à un certain degré, et ne saurait lutter contre les causes délétères qui nous entourent.
Anémies d’encombrement et d’agglomération. — Lorsqu’un espace limité est occupé habituellement ou pendant une grande partie du jour, par plusieurs individus à la fois, l'agglomération finit par entraîner de sérieux inconvénients, très-manifestes chez les artisans qui vivent en famille dans une même chambre; les effets de l’encombrement s’observent souvent
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dans les aleliers, les casernes, les crèches, les hôpitaux, les prisons. Il est rare que ces divers établissements présentent une capacité sutlisante pour fournir à chacun ce qu’on pourrait appeler la ration atmosphérique normale, c’est-à-dire environ 10 mètres cubes d’air nouveau par heure. Comme chaque individu déverse dans le milieu ambiant 20 litres d’acide carbonique par heure ou 880 litres par jour (Amiral et Gavarret), il en résulte une viciation permanente de l’air, augmentée encore par les produits des combustions.
A celte cause d’insalubrité vient s’ajouter une autre non moins importante, qui a été mise en évidence par le professeur Gavarret ; ses expériences démontrent que si l’air vicié est impropre à la respiration, ce n’est pas seulement à cause de l’acide carbonique qu’il contient, mais par la présence de miasmes putrides, résultant de la transpiration cutanée et pulmonaire. Quand on place des animaux dans une atmosphère non renouvelée, à laquelle on restitue l’oxvgène à mesure qu’il disparaît, en même temps qu’on absorbe l’acide carbonique à mesure qu’il se forme, des accidents graves, souvent mortels, résultent de ces causes d’altération, indépendantes de l’oxygénation, indépendantes de l’excès d’acide carbonique.
Pour toutes ces raisons, l’anémie d’encombrement s’observe si fréquemment dans les cités populeuses ou industrielles, qu’on peut la considérer, pour ainsi dire, comme une maladie endémique. Dans toutes les grandes villes, la nourriture, même celle des classes ouvrières, est, à de rares exceptions près, plus abondante et plus substantielle que celle des habitants des campagnes, et cependant que de tempéraments épuisés, que d’individus décolorés, fatigués, anémiques! Cela, dira-t-on, était vrai il y a quelques années encore, lorsque des familles nombreuses, entassées dans des rues étroites et obscures, semblaient se disputer l’espace et le soleil ; mais aujourd’hui que tous ces logis malsains ont disparu, que les quartiers insalubres ont été déblayés, que de vastes rues et des boulevards plus vastes encore traversent la ville en tous sens, maintenant que l’air et la lumière circulent partout, l’anémie ne peut plus être qu’un fait exceptionnel ou local ! Avec la cause initiale, la conséquence a dû cesser ! Sans doute tous ces travaux ont leur
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incontestable utilité, mais il y a des nécessités fatales ; dans ces villes splendides, à mesure que les rues s’élargissent, a-t-011 agrandi en même temps la surface des constructions, de manière à fournir aux habitants un cubage d’air sullisant? Si on avait pu satisfaire à cette deuxième condition, le problème de l’oxygénation serait résolu ; mais si les habitations ne répondent pas aux besoins d’aération, si l’espace intérieur, qui est le milieu respiratoire le plus directement, le plus souvent utilisé, ne contient pas la ration atmosphérique, l’hématose en subira infailliblement les conséquences ; de là vient que l’anémie s’est perpétuée même dans les familles riches. Après cela il n’y a plus à s’étonner de la fréquence de la maladie, chez les artisans logés dans ces étroites mansardes servant à la fois de ch'ambre et d’atelier, chez les petits négociants relégués dans les arrière-boutiques humides, sans ventilation, imprégnées de fumées et de gaz délétères, enfin chez les ouvriers agglomérés flans les ateliers où se réunit la double influence de l’air confiné et des émanations insalubres développées par les différentes industries. Au résumé, l’anémie domine la pathologie des villes.
Comme conséquence de cette vérité universellement reconnue, il est un autre fait non moins avéré, c’est la rareté de la pléthore vraie: on trouve chez un grand nombre d’adultes ou de vieillards, des stases sanguines dans les veinules ou les capillaires de la face, c’est-à-dire des pléthores vasculaires donnant lieu à des apparences de forces, mais l’état pléthorique, c’est-à-dire avec prédominance réelle du sang ou des globules, ou des forces, est au moins problématique dans les grands centres de population. Aussi, pour expliquer les résultats heureux de la thérapeutique de Broussais, au Val-de- Grâce, et devant l’évidence actuelle des faits, si manifestement contraires à l’usage immodéré des saignées, on est conduit à se demander, la part une fois faite aux exagérations enthousiastes, si le tempérament des individus a subi, depuis quarante ans, un changement si radical? Cette question semble être résolue par nos médecins militaires, par ceux même qui exercent sur le théâtre delà pratique de Broussais; les soldats, pas plus que les autres classes de la population , n’ont échappé aux
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conséquences progressivement funestes de l’encombrement et des agglomérations; malgré l’incontestable amélioration des conditions hygiéniques , le casernement a des inconvénients inévitables.
La même question a été agitée récemment au sein de la Société médicale des hôpitaux civils; on discutait ce que les anciens désignaient sous le nom de constitutions épidémiques stationnaires, et les partisans de cette doctrine, parmi lesquels je citerai mon ami Chauffard, reconnaissaient implicitement l'existence actuelle d’une constitution médicale essentiellement asthénique, du mode mou, pour parler le langage de Raymond de Marseille. Est-ce l’asthénie, ou ne serait-ce pas plutôt l’anémie? Je soumets cette question à mes savants collègues.
§ 2. — Anémies par les atmosphères nuisibles et toxiques.
Il est un certain nombre de gaz appelés indifférents , qui peuvent être respirés sans dommage, tout en étant impropres à l’entretien de la respiration; tels sont l’hydrogène, l’azote, et jusqu’à un certain point l’acide carbonique, qui présente, en tous les cas, le fâcheux privilège de s’opposer aux échanges avec les gaz du sang.
On considère généralement comme irritants les gaz qui ne peuvent être respirés en certaine quantité sans déterminer une convulsion réflexe de la glotte ; tels sont l’oxvgène ozonisé, le chlore, l’iode, l’acide sulfureux et nitreux, l’ammoniaque. — Enfin un certain nombre de gaz déterminent des accidents d’empoisonnement : c’est, avant tout, l’oxyde de carbone, qui déplace l’oxygène et se combine avec les globules d’une façon indissoluble; on doit considérer comme toxique l’hydrogène sulfuré qui se dégage de certains terrains plâtreux (Chevreul) ; l’hydrogène arsénié est un poison violent ; enfin les carbures d’hydrogène, comme la benzine, l’aniline, déterminent, en s’évaporant, des modifications profondes dans la composition du sang.
Anémies professionnelles, par ï atmosphère des cuisines, des boutiques, des fabriques d'aniline , des mines. — Il est certaines professions qui s’exercent au milieu d’un air vicié par l’acide
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carbonique, ou par les hydrocarbures, et souvent par des mélanges gazeux plus complexes.
Dans les cuisines, l’espace est ordinairement restreint, la température élevée, et l’air imprégné de vapeurs de charbon, c’est-à-dire d’acide carbonique avec traces d’oxyde de carbone; la santé des femmes qui respirent cette atmosphère ne tarde pas à en éprouver les effets nuisibles, surtout quand les fourneaux sont placés dans le sous-sol, alimentés par le charbon de terre, avec un appel insuffisant , et une ventilation incomplète ; dans ces conditions, on observe souvent et indépendamment de toute cause de déperdition, les signes de l’anémie, c’est-à-dire de lapûleur, de la faiblesse des membres, des vertiges, des céphalalgies. On a donné une singulière interprétation de ce fait ; comme l’aglobulie se traduit souvent par le défaut d’appétit, on a prétendu que la préparation des mets suffit pour en inspirer le dégoût ; de là, une dyspepsie secondaire et l’impossibilité de réparer le sang. Il serait plus rationnel d’intervertir la proposition, et de dire que l’anémie détermine l’anorexie et la difficulté de digérer. Toujours estil, comme le dit Tardieu, que la combustion du charbon dans les cuisines y répand des vapeurs nuisibles à la santé, et cependant rien n’est plus facile que d’obtenir une ventilation suffisante, et par conséquent plus de salubrité.
Les mêmes inconvénients, quoiqu’à un degré moindre, se retrouvent dans les magasins ou boutiques éclairés au gaz et chauffés avec la bouille; ces deux combustions jettent dans l’atmosphère de l’hydrogène carboné, de l’acide carbonique, parfois mêlé avec des traces d’oxyde de carbone, et ces mélanges impurs qui altèrent si profondément la composi l ion de l’air, finissent par produire parfois un véritable élat d’anémie.
Anémies des mineurs. — Parmi les professions qui s’exercent au milieu d’une atmosphère impure, il faut citer en premier lieu le travail des mines; après l'infarctus charbonneux des poumons, appelé improprement asthme charbonneux, l’affection morbide qui atteint le plus souvent les mineurs, c’est l’anémie; elle figure dans la nosologie des districts houilliers pour un cinquième du nombre total des maladies (81 sur Z»80
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maladies). On a l’habitude de citer comme type, l’épidémie qui a frappé les ouvriers de Schemnitz en 1785, et celle d’Anzin, dont Huilé publia en 1803 une relation faite de seconde main, n’ayant observé, lui-même, que quatre malades qui furent amenés à Paris. Des coliques violentes, des hémorrhagies intestinales, des palpitations, une faiblesse extrême, la boutlissure du visage; tels étaient les symptômes principaux de cette grave maladie. 11 est bien évident que les pertes hémorrhagiques, les douleurs gastro-intestinales, et la diffluence du sang (signalée en Hongrie), n’ont aucune espèce de corrélation avec l’aglobulie; faut-il rapporter ces accidents au scorbut de terre, comme le pense Tardieu, ou bien à un empoisonnement par l’hydrogène sulfuré? Cette question n’a plus qu’un intérêt rétrospectif, car depuis le commencement du siècle, il ne s’est plus rien présenté de semblable à l’attention des observateurs, mais tous ont signalé l’anémie, résultant <le la viciation de l’atmosphère.
L’air des mines est en effet altéré par divers gaz, dont les uns proviennent de la combustion, les autres naissent de l’acte respiratoire du travailleur. Par ces deux causes, l’oxygène subit une diminution très-marquée ; l’acide carbonique augmente au contraire d’une manière notable ; en outre l’atmosphère contient des traces d’hydrogène carboné, d’oxyde de carbone, d’hydrogène sulfuré, et une quantité normale d’azote. Les analyses chimiques pratiquées avec le plus grand soin par F. Leblanc et plus récemment par Kurbon, fixent le chiffre de l’oxygène à 15 ou 18, Le principe des oxydations subissant une diminution de 2 1/2 pour 100 devient insuffisant, et cela d’autant plus que l’espace est plus restreint ; d’une autre part, l’acide carbonique, qui figure au minimum pour 0,13 et peut augmenter jusqu’à 1 pour 100, n’atteint certes pas à beaucoup près les proportions immédiatement dangereuses, il faut de 12 à 15 pour 100 d’acide carbonique pour produire l’asphyxie; mais nous dirons avec Gavarret: Un centième d’acide carbonique mêlé à l’air fait supposer que le quart de cet air confiné a passé par les voies respiratoires ; nous dirons avec le conseil de salubrité de la province de Liège : L’acide carbonique à cette dose peut déterminer sur la santé une action lentement
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nuisible; malgré l’accommodation de l’organisme à ce milieu vicié , il en résulte finalement une diminution de l’activité ou du nombre des globules, c’est-à-dire une anémie.
En même temps le sucre hépatique subit alors une diminution qui nuit à l’intégrité des globules (Malk, Lehmann.)
Anémie des ouvriers des fabriques d’aniline. — Dans la fabrication des couleurs d’aniline, les ouvriers sont exposés à des troubles gastriques, des céphalées et des vertiges, parfois à des syncopes, de l’analgésie, et des accidents cérébraux graves; tous ces phénomènes sont ou passagers ou exceptionnels; mais un effet constant de ces émanations est de donner à tous les ouvriers un aspect anémique qui contraste singulièrement avec la conservation des forces ; c’est là ce qui ressort des intéressantes recherches de mon ami Bergeron. Comme la décoloration des téguments ne s’accompagne cependant ni de palpitations, ni de souffle vasculaire, signes habituels de l’anémie, il ne s’agirait donc pas d’une véritable aglobulie, mais d’une simple décoloration du sang, par l’action que les vapeurs carburées, bien plus que la diminution de la proportion d’oxygène, feraient subir à la forme des globules. L’aniline, ainsi que l’a démontré Wurtz, n’est qu’un azoture d’un radical monoatomique C12 O6, appelé phényle, qui forme aussi le radical de ki benzine ; or, les expériences récentes sur la benzine, la nitrobenzine et l’aniline, démontrent que ces diverses substances agissent comme des poisons actifs sur le sang et le système nerveux ; tout tend à faire croire qu’elles attaquent primitivement les globules qui subissent ainsi une diminution de volume, et se racornissent comme par l’action exosmotique des alcalis concentrés; dès lors, le pouvoir réfringent de ces hématies s’amoindrit, le sang devient plus clair, et les téguments perdent leur teint normal ; en supposant que la coloration du sang dépend uniquement d’une cause physique (ce que nous discuterons plus tard en étudiant la pâleur anémique), on comprendra facilement pourquoi les ouvriers se décolorent dès les premiers jours de travail, dès la première impression de l’aniline sur l’organisme, et pourquoi leur santé se conserve assez longtemps intacte pour permettre au système nervosanguin de fonctionner; mais cette immunité ne persiste pas;
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l’anémie qui se manifestait ;i peine sur les traits du visage, se traduit finalement par le cortège habituel de ses symptômes.
S 3. — Anémies des altitudes et des pays chauds.
Influence de la pression barométrique, de la température et de la lumière sur les oxydations. — Si, comme nous l’avons démontré, l’oxvgène est en grande partie combiné chimiquement avec les globules, il ne doit point subir de modifications appréciables sous l’influence des variations de pression atmosphérique ; en effet, l’absorption de l’oxvgène est à peu près la même, quelle que soit la densité de l’air, quelle que soit la pression barométrique. Sans parler des oscillations soit soudaines soit régulières du baromètre, qui, suivant la juste remarque du professeur Gavarret, ne doivent pas entrer en ligne de compte avec la diminution permanente de pression, nous trouvons des différences énormes dans les altitudes des lieux habités, sans que les populations soumises à ces pressions extrêmes éprouvent la moindre trace de dégénérescence ; aux bords de la mer, avec une hauteur barométrique de 760 mètres, à Paris, où elle est de 756 en moyenne, à Mexico où elle s’abaisse à 583, dans toutes ces localités, la vie des êtres organisés ne subit aucune modification ; il y a deux manières d’interpréter cette persistante régularité des oxydations ; on peut supposer avec Gavarret que, sous une pression barométrique trèsfaible, la proportion des gaz du sang se modifie de manière à se mettre en équilibre avec les pressions extérieures ; mais cette sorte d’équilibration des gaz internes avec l’atmosphère ne peut s’appliquer qu’aux gaz libres ou dissous; il faut toujours en venir à une deuxième explication pour les gaz combinés chimiquement; je veux parler de leur absolue indépendance des pressions extérieures, telle que W. Millier l’a prouvée expérimentalement. Cependant, dans ses recherches sur les climats des altitudes du Mexique, Jourdanet, sans tenir compte de ces expériences, pose en principe que si a la hauteur de 500 à 1000 mètres l’oxygène continue à être absorbé en quantité normale, l’oxygénation devient au contraire insuffisante à 2000 mètres; les altitudes de ce genre agiraient à la manière des saignées; celles-ci, en diminuant les globules, enlèvent les
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éléments attractifs de l’oxygène; celles-là, en diminuant la pression barométrique, raréfient l’oxygène du sang et déterminent, ainsi le développement des anémies; l’altération de l’hématose serait même portée au point d’entraver l’acclimatement de la race blanche dans ces régions élevées. Or, rien n’est moins démontré que la diminution de l’oxygène du sang; c’est tout au plus si elle est possible pour l’oxygène dissous. D’une autre part, le docteur Coindet, dans ses remarquables lettres adressées à Michel Lévy, a démontré que la proportion d’acide carbonique exhalé reste sensiblement la même aux différentes altitudes observées; chez les Français en voie d’acclimatement au Mexique, on a seulement trouvé la moyenne d’acide carbonique expiré un peu inférieure à celle qui est fournie par les indigènes. Le fait le plus remarquable qui ressort de ces recherches, c’est la modification du type respiratoire chez les Européens non acclimatés; les respirations se ralentissent, mais elles deviennent d’autant plus amples et profondes qu’elles sont plus rares. — Or, ainsi qu’il résulte des expériences de Vierordl, il suffit de ce changement de type respiratoire, pour que l’acide carbonique soit exhalé en moindre quantité, du moins d’une manière relative; ainsi, si une expiration expulse 3,000 centimètres cubes d’air, l’acide carbonique y est représenté par 5, h pour cent volumes d’air expiré; si l’expiration comprend 12,000 centimètres cubes, l’acide carbonique ne figure plus que pour h centièmes; l’abaissement de l’exosmose carbonique signalé par Coindet s’explique donc par le changement du mécanisme respiratoire.
Mais cette perturbation est loin d’être irrévocable, il s’établit bientôt une sorte d’accommodation entre la fonction respiratoire et le milieu ambiant ; celle-ci reprend son rhythme, devient même souvent plus accélérée, et tout semble rentrer dans l’ordre. L’oxygénation du sang, et l’exhalation d’acide carbonique ne paraissent donc subir aucune modification permanente, qui puisse expliquer la production des anémies ; si la maladie existe en réalité, il faut en chercher d’autres causes. Or, l’anémie n’appartient pas exclusivement aux habitants des plateaux élevés de l’Amérique du Sud ; on retrouve cet état morbide dans tous les pays chauds des diverses parties du
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monde, chez les indigènes plus encore que chez les émigrants; j’ai pu constater chez les habitants de l’Égypte, de l’Italie méridionale, de l’Espagne, du Brésil , l’extrême fréquence de l’anémie, qui se développe parfois au point de simuler l’ictère; c’est même cette teinte jaunâtre qui en fait souvent méconnaître la nature, en raison des maladies du foie qui dominent dans ces contrées; mais en réalité, la coloration anormale trouve sa raison d’être dans l’altération du sang, qui se traduit d’ailleurs par le cortège habituel des phénomènes de l’aglobulie (excitabilité, vertiges, etc.) et se guérit comme elle par les préparations ferrugineuses. Ces anémies, selon la judicieuse remarque de Tardieu, ne sauraient avoir d’autre cause que la température élevée; la dilatation de l’air par la chaleur semble devoir le rendre insuffisant pour la respiration ; mais la composition de l’atmosphère est invariable; l’inlluence de la chaleur se traduit directement sur les fonctions des nerfs et surtout des muscles respirateurs. Les basses températures activent les combustions et augmentent par conséquent l’émission de l’acide carbonique ; les températures élevées produisent un effet opposé; elles enrayent l’émission de l’acide carbonique; mais est-ce en empêchant sa production normale, ou n’est-ce pas plutôt en ralentissant les respirations? s’il en est ainsi, la chaleur n’agit que sur le mécanisme respiratoire. Quoi qu’il en soit, l’anémie des altitudes, qu’il ne faut pas confondre avec le mal des montagnes, n’existe pas dans nos contrées, même sur les plateaux les plus élevés des Alpes ou des Pyrénées; cette circonstance seule suffit pour inspirer le doute sur la nature véritable des anémies du Mexique; les dépressions barométriques n’influencent pas sensiblement l’économie, et l’anémie des altitudes de l’Amérique se confond avec l’anémie des pays chauds; c’est la température seule qui agit en pareil cas sur la sanguification.
L’influence de la lumière sur l’organisme et sur les oxydations qui s’y produisent, est bien moins démontrée que l’action de la température ; en général, on a jugé par analogie avec ce qui se passe dans le règne végétal ; sous l’influence de la lumière solaire, les plantes fonctionnent comme des appareils réducteurs qui décomposent l’acide carbonique, c’est-à-dire
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fixent le carbone et restituent l'oxygène; au contraire, dans l’obscurité tous ces phénomènes sont enrayés ou du moins atténués. L’absence de lumière agit-elle de même sur l’homme? la pâleur habituelle des habitants des grandes villes a été attribuée au manque d’insolation ; les individus relégués par la misère dans les quartiers sombres , dans les rez-de-chaussée obscurs, ne se distinguent pas seulement par la décoloration de la peau ; d’après Michel Lévy, ils ont les chairs molles, bouffies; ils sont frappés d’atonie et sujets aux accidents de l’hydrohémie. Mais ces graves désordres ne peuvent être dus qu’à l’intervention de causes plus actives, de circonstances plus débilitantes, telles que la misère, qui condamne ces malheureux, à la fois, à l’inanition et à l’inoxydation. Pour dégager la question, il faut supposer l’alimentation normale; cela étant admis, on constate que chez les mineurs la viciation de l’atmosphère, chez les prisonniers le défaut d’oxygène, jouent certainement un rôle plus important dans la production de l’anémie, que ne pourrait le faire la privation de lumière ; sans pouvoir nier ses effets, on peut donc en contester le danger, et à plus forte raison la théorie qui leur sert de base ; entre l’organisme animal et le règne végétal, il n’y a, en effet, aucune analogie quant à l’action solaire; la lumière produit sur la plante précisément l’inverse de la respiration dans la série animale; les végétaux exhalent l’oxygène et fixent le charbon, tandis que les animaux absorbent l’oxygène et rejettent l’acide carbonique.
§ 4. — Anémies par lésions des organes respiratoires et cardiaques.
Un grand nombre de maladies du poumon et du cœur déterminent un obstacle à la circulation pulmonaire, une oblitération ou une destruction des capillaires du poumon. Ainsi, chez l’asthmatique, les poumons emphysémateux ne conservent ni l’élasticité, ni l’étendue normale de la surface respiratoire; puis une lésion plus grave se manifeste, c’est la destruction d’un grand nombre de capillaires, qui réduit singulièrement le champ de l’hématose; le sang du cœur droit ne trouve plus dans les vaisseaux du poumon un espace assez marqué pour circuler librement, ni pour subir, dans un temps donné, le
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contact de l’air; de là, une condition chimique défavorable aux échanges gazeux qui constituent la respiration, c’est-à-dire une oxygénation insuffisante.
Dans le catarrhe chronique, cette gêne de la respiration, cette oxydation amoindrie, se compliquent de sécrétion muqueuse, et ces circonstances réunies déterminent souvent l’anémie.
Chez les phthisiques, les causes sont plus complexes encore; à l’insuffisance de la surface respiratoire, à la production incessante du muco-pus, s’ajoutent l’usure des tissus par la fièvre hectique, et l’engorgement tuberculeux des ganglions lymphatiques, lequel empêche la formation des globules.
Anémie d’origine cardiaque. — Les affections cardiaques produisent le même résultat que l’emphysème. Les malades, au premier abord, paraissent pléthoriques, au point de faire croire à l’indication de la saignée; mais ce n’est là qu’une apparence ; tôt ou tard, l’anémie se manifeste, même indépendamment du catarrhe bronchique, qui est d’ailleurs si fréquent dans ces maladies.
L’air n’est pas vicié, les poumons fonctionnent, mais la circulation pulmonaire et générale est incomplète; le nombre des globules qui s’imprègnent d’oxygène, c’est-à-dire qui respirent, tend sans cesse à diminuer ; donc, il y a une véritable privation d’oxygène ; de là, l’anémie si fréquente par suite des maladies du cœur.
R. — Anémies alimentaires et dyspeptiques.
Inanitions physiologiques. — Les anémies par nutrition insuffisante ont leur type exagéré dans l’inanition, ou abstinence absolue des aliments; l’inanition produit sur l’organisme des effets qui présentent et des analogies et des dissemblances avec les phénomènes de l’anémie; par la privation d’aliments, les échanges moléculaires et les résorptions sont profondément modifiés; mais le sang n’en éprouve qu’une influence indirecte et relative: s’il est atteint dans ses globules, c’est au même titre que les autres tissus et parallèlement à eux. Au contraire, dans les anémies résultant de la soustraction directe du
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sang, il y a une tendance immédiate à la réparation des éléments ; les nutritions ne subissent que des changements temporaires, et ce sont les fonctions surtout du système nervomusculaire qui reçoivent l’atteinte la plus grave. Dans l’anémie, l’altération du sang domine toute la série des phénomènes morbides ; dans l’inanition, elle n’est qu’un résultat concomitant de la dénutrition générale, et ne suffit pas pour expliquer les désordres fonctionnels.
Les différences qui séparent l’inanition et les anémies d’origine hémorrhagique se retrouvent, quoique atténuées, dans les alimentations insuffisantes ou incomplètes; ce sont des anémies de misère qui intéressent le praticien et l’hygiéniste; c’est à ce genre spécial et trop fréquent de dépérissements que Bouchardat a consacré ses nombreuses et belles études.
Inanition des dyspeptiques. — - Dans l’ordre pathologique, les conditions de l’anémie sont si variées qu’elles semblent devoir échapper à une formule générale ; cependant, en analysant ces causes et surtout leur mécanisme, on arrive à conclure qu’il s’agit toujours, ou d’un obstacle sur le trajet des conduits alimentaires, ou bien d’un défaut d’élaboration dans le tube digestif, ou bien enfin d’une altération des glandes annexes et des liquides qu’ils sécrètent.
Les rétrécissements de l’oesophage, du cardia, du pylore, agissent d’après le premier mode, en empêchant les aliments d’atteindre les viscères digestifs. Dans l’estomac et les intestins, les aliments doivent subir l’action chimique du suc gastrique et intestinal, l’action physique des parois musculaires; or, les contractions et les sécrétions sont toutes sous l’influence de l’intlux nerveux ; dès que l’innervation vient à être affaiblie par des causes morales ou excitée par des douleurs physiques, il en résulte constamment des troubles dans l’assimilation ; l’anémie, qui en est l’inévitable conséquence, s’observe même parfois au milieu des conditions hygiéniques les plus favorables; c’est dans les préoccupations de toute espèce qu’il faut chercher l’origine de ces inanitions dyspeptiques, qu’on constate chez un grand nombre d’individus appartenant aux classes élevées de la société: ils restent pauvres au milieu des richesses; leur misère vient du système nerveux qui s’épuise.
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Des accidents graves se manifestent plus sûrement encore à la suite des maladies du tube digestif, telles que les dyspepsies par altérations des glandes de l’estomac ou des intestins, les dégénérescences cancéreuses, les ulcères simples; j’ai vu les mêmes résultats se produire à la suite de ces constipations rebelles, d’origine atonique ou hémorrhoïdale, qui déterminent finalement une desquammation épithéliale mêlée de mucus concret; que ce soit la sécrétion muqueuse, comme je l’ai déjà indiqué, ou bien l’atonie du tube digestif, toujours est-il qu’il y a là une cause fréquemment méconnue d’anémie, principalement chez les hystériques et les hémorrhoïdaires.
Il reste à signaler, comme causes d’anémie, les lésions des glandes annexes et de leurs sécrétions. L’inlluence de la bile sur la digestion, principalement sur l’absorption des matières grasses, ne saurait être contestée ; de plus, si la bile n’est pas sécrétée en quantité normale, ses matériaux de résorption manquent à l’intégrité du sang, qui ne saurait se réparer que par une ration alimentaire double ou triple de la ration normale; enfin, le foie lui-même exerce une action directe sur la production des globules; donc, les maladies de cet organe sont, à plusieurs titres, d’une extrême importance dans l’étiologie des anémies.
Les dégénérescences du pancréas sont plus fréquemment négligées dans la palhogénie des anémies, sans doute à cause des difficultés inhérentes au diagnostic; mais la présence des matières grasses dans les selles constitue un indice séméiologique d’une valeur réelle. La mort d’un grand dignitaire de l’État a été attribuée à une lésion de ce genre. L’examen histologique, pratiqué par le professeur Robin, ne permet pas de mettre en doute l’influence de cet organe sur la production de l’anémie.