TROUBLES INTESTINAUX
Les intestins, plus encore que l’estomac, sont le siège de troubles nerveux qui portent sur la sensibilité ou sur la musculation; dans ces organes c’est l’anesthésie qui prédomine; le rectum est atteint souvent d’une véritable paralysie de la sensibilité. Dans l’état normal la présence des matières produit sur la muqueuse une impression qui se transmet à la moelle et se réfléchit sur les fibres motrices de l'intestin, ainsique sur les muscles abdominaux; si l’impression première n’est plus perçue, les fibres de l’intestin cessent de se contracter ; les matières s’accumulent, la constipation persiste et s’oppose à l’expulsion des gaz.
Interprétation physiologique des tympanites, des coliques, etc. —
La constipation devient à son tour la cause de ces tympanites qu’on attribue à tort à une sécrétion gazeuse anormale; la plupart du temps, les distensions gazeuses de l’intestin grêle et du colon tiennent primitivement à une cause mécanique; comme les fibres de l’intestin n'ont plus de stimulation, comme les parois abdominales sont souvent dans cet état de fatigue que nous avons déjà indiqué, la dilatation des gaz, et par conséquent la distension de l’intestin vont souvent au point de
provoquer de violentes douleurs et un véritable météorisme. Les coliques sont donc ordinairement un effet indirect de l’obstruction intestinale, et un effet direct de la tension des gaz audessus de l’obstacle. Au lieu de considérer ces douleurs comme le résultat d’une névralgie intercostale, et de prescrire aveuglément des narcotiques, l’on aura donc à faire une enquête préalable sur l’existence et le mode d’action de ces causes mécaniques. Mais, dans certaines circonstances, cet obstacle n’existe pas, et cependant il se fait dans l’intestin des accumulations douloureuses de gaz.
Dans l’état physiologique, les gaz de l’intestin grêle sont formés par l’acide carbonique 40, l’hydrogène 14, l’azote 46, pour cent volumes de gaz : le gros intestin contient 74 d’acide carbonique, 23 d’azote, des traces d’hydrogène et d’hydrogène sulfuré. Pendant la digestion, il se développe de l’acide carbonique et de l’hydrogène, lequel se forme surtout aux dépens des aliments végétaux ; il n’y a donc pas d’analogie avec les gaz du sang; ce n’est donc pas une sécrétion, mais une accumulation de gaz dans le colon, qui passe au-devant de l’estomac; c’est là ce qui trompe et fait croire à la gastralgie ttatulente.
L’intestin est innervé en partie par le nerf vague , mais surtout par le sympathique, c’est-à-dire par les ganglions solaires et mésentériques, par les nerfs grands et petits splanchniques. Le sympathique thoracique et même cervical exerce également une certaine inlluence sur les mouvements. Si on excite légèrement ces nerfs splanchniques qui jouissent d’ailleurs d’une sensibilité marquée, l’intestin grêle se contracte, mais une excitation forte arrête complètement les mouvements de l’organe : ainsi ces nerfs contiennent des filets moteurs et des nerfs d’arrêt.
La galvanisation du plexus solaire et mésentérique supérieur fait également contracter l’intestin grêle et plus rarement le gros intestin. Si on fait la contre-épreuve en excisant ces ganglions, on voit bien plus augmenter les mouvements du gros intestin, leur contenu devenir plus liquide et s’évacuer plus rapidement. Toutefois ces effets ne s’observent que sur le lapin (Budge); les mêmes expériences tentées sur des chiens ne troublèrent pas leurs digestions, ne provoquèrent pas de diar-
rhée (Eckardt et Adrian). Ainsi l’excitation provient surtout des nerfs vagues et des ganglions sympathiques; les splanchniques sont surtout des modérateurs.
Tous les organes digestifs, innervés par le sympathique, peuvent également être excités par le système spinal, et même par l’encéphale. Après l’arrachement des nerfs pneumo-gastriques, qui excitent l’intestin grêle, l’irritation du centre cérébrospinal en un point quelconque suffit pour provoquer des mouvements péristaltiques (Valentin et Budge). La section de la moelle au-dessous des racines des nerfs du mésentère détermine chez le lapin des contractions intestinales si actives qu’on les aperçoit. Le gros intestin, surtout le rectum, reçoit des nerfs de la moelle lombaire, et c’est pour ce motif qu’il subit les mêmes modifications que les nerfs périphériques, particulièrement l’anesthésie. C’est par la moelle que les impressions passent de l’encéphale aux nerfs intestinaux, qu’elles excitent de façon à provoquer des contractions répétées.
Au résumé, les mouvements de l’intestin peuvent être provoqués par les ganglions sympathiques et la moelle, exagérés outre mesure par l’extirpation du ganglion sympathique et la section de la moelle, enfin enrayés totalement par une excitation forte des nerfs splanchniques.
Lorsque les liquides contenus dans un réservoir musculaire rencontrent un obstacle à leur écoulement, toute la partie qui est au-dessus de l’obstacle éprouve de temps à autre des contractions péristaltiques très-énergiques; de là une tension des parois, des douleurs qui se manifestent par accès comme les contractions elles-mêmes ; dès que l’obstacle est levé, les contractions qu’on peut parfois voir ou sentir ne manquent pas de disparaître ; les coliques sont donc des tensions ou des contractions musculaires (Traube).