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II. Cachexies toxiques. A) Cachexie saturnine

Les poisons produisent des effets variables. Prenons comme exemple, le plomb : Grisolle a prouvé que les ouvriers qui manient la céruse ou le minium ne tardent pas à offrir des troubles plus ou moins graves du côté de la nutrition ; ils pâlissent et maigrissent; leurs chairs deviennent flasques; leur peau, surtout celle de la face, prend une teinte d’un jaune pâle tout à fait caractéristique, qui n’a aucun rapport avec la couleur

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jaune de l’ictère, ni avec celle de la chlorose; tous les tissus se décolorent. La peau est frappée d’analgésie; le sang perd de ses globules (Andral) ; les forces diminuent avec les progrès de l’aglobulie, et la langueur des fonctions digestives vient ajouter encore à la faiblesse générale. Il suffit parfois d’une à trois semaines pour développer ces graves accidents, dont l’origine se reconnaît par le dépôt de particules de plomb sur les gencives et la peau. Arrivée à ce degré l’anémie persiste rarement sans se compliquer de coliques spéciales, de phénomènes convulsifs ou paralytiques qui indiquent la pénétration du poison dans les centres nerveux. C’est la réunion de ces diverses lésions des organes internes qui constitue la cachexie saturnine.

(B) Cachexies métalliques diverses. — L’USage longtemps prolongé de l’arsenic, de l’iode et du brome détermine également des accidents d’une nature particulière décrits sous le nom de cachexie arsenicale, d’iodisme, de bromisme ; mais ils ne présentent aucune analogie avec l’anémie.

(C) Cachexie pellagreuse. — Parmi les intoxications, il faut ranger celles qui sont dues à une alimentation par le maïs altéré ; il en résulte une maladie appelée pellagre, qu’il faut bien distinguer de la cachexie pellagroïde, qui n’est qu’une forme spéciale d’inanition jointe aux autres conditions de la misère.

(D) Cachexie syphilitique. — La cachexie syphilitique ne saurait survenir sans altération appréciable des tissus; l’amaigrissement, la débilité, la fièvre hectique ne se manifestent jamais, ainsi que le fait remarquer Grisolle, qu’à la suite de lésions graves des solides, notamment des ulcères phagédéniques (Helot) et des caries qui épuisent les malades par des suppurations abondantes. A ces altérations se joignent presque toujours des lésions viscérales, telles que les indurations et les atrophies du foie, les dégénérescences amyloïdes du foie, de la rate, des reins, des gommes du poumon (Mac-Carthy, Ricord), les pneumonies chroniques (Lagneau). Ces graves lésions, en supposant même que le système nerveux reste intact, suffisent pour déterminer une profonde émaciation avec flétrissure de la peau, tendance aux infiltrations sanguines et séreuses. Un tel résultat peut se manifester, même indépendamment du traite-

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ment mercuriel, et cela chez les individus primitivement sains; si le vice scrofuleux vient s’y joindre, la cachexie est pour ainsi dire inévitable (Ricord, Robert).

Chez le fœtus, la syphilis produit ordinairement les pemphigus si bien décrits par Dubois et surtout par Depaul, qui le premier a signalé la coïncidence du pemphigus avec les abcès du poumon et du thymus chez des nouveau-nés qui présentaient souvent les apparences de la meilleure constitution; toutes ces circonstances ont été vérifiées par plusieurs observateurs, entre autres par Ollivier et Ranvier.

La syphilis des nouveau-nés se montre presque toujours avant la fin du troisième mois (Roger); la maladie se traduit par une coloration terne de la peau, la flaccidité des téguments et leur desquamation, l’aspect ridé du visage, le coryza, diverses éruptions syphilitiques, et surtout les plaques muqueuses, plus rarement la syphilis osseuse ou viscérale, à l’exception des altérations du foie (Guillot, Berg, Sprung, Leudet) et des lésions du rein. Dans ces conditions, la cachexie est la règle générale; elle est l’exception chez le fœtus.

(E; Cuchexie mercurielle comparée avec la cachexie syphilitique.

— Parfaitement étudiées au point de vue expérimental par Overbek, et au point de vue pathologique par Küsmaul, ces deux cachexies agissent : 1° sur le sang, 2° sur les divers organes d’une manière assez uniforme, 3° sur la peau, les muqueuses, les glandes et les autres organes d’élimination ; k° sur les systèmes musculaire et osseux ; 5° sur le système nerveux.

1° Du sang mercurialis'e et du, sang syphilitique. — Nous savons déjà que la syphilis donne lieu, souvent dès le début, à une véritable aglobulie (Ricord, Grassi), qui a son origine dans l’engorgement des glandes lymphatiques, et se poursuit sans que l’albumine subisse d’altération appréciable.

Le mercure agit tout différemment; dès qu’il pénètre dans le sang, il se combine directement avec l’albumine du plasma et la protéine des globules; c’est là la seule cause de l'anémie mercurielle. Loin, en effet, de tendre à la dillluence, comme on le croyait généralement, le sang mcrcurialisé prend plutôt de la consistance, et la plasmine conserve sa coagulabilité ; de sorte qu’en résumé l’anémie mercurielle ne consiste que dans

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une combinaison hydrargyro-protéique qui, pour se développer, n’a nullement besoin de l’intervention des glandes ; cellesci restent toujours intactes, et quand on observe un engorgement péri-maxillaire, c’est un simple effet local de la stomatite mercurielle; les globules blancs se maintiennent aussi à l’état normal.

2° Lésions mercurielles et sijphilitiques en général. — La syphilis détermine des hyperplasies, des gommes, des indurations; c’est donc une néoplasie des organes atteints; si bien que les tissus cicatriciels peuvent amener des vices de conformation. Le syphilome, comme l’appelle Wagner, est une nouvelle formation. Il n’y a, au contraire, aucune altération mercurielle avec exsudât plastique; l’hydrargyrose est une fonte ou un ramollissement des tissus.

3° Organes éliminateurs : Peau. — Le mercure, appliqué sur la peau sous forme de frictions, détermine diverses éruptions graves, désignées sous le nom d’hydrargyries; pris à l’intérieur, il produit aussi, mais difficilement, des éruptions cutanées qui consistent en général dans des érythèmes, et plus rarement des eczémas; toutefois, chez les miroitiers, Küssmaul a vu une bydrargyrie chronique.

La syphilis, au contraire, atteint les téguments, soit dès le début de l’affection, sous forme de roséole, soit plus tard sous forme de psoriasis, de lichen, de pustules. Toutes ces éruptions sont remarquables par leur chronicité, leur coloration foncée, par une localisation spéciale (psoriasis palmaria), par la rareté du prurit. *

Muqueuse buccale. — Le mercure affecte les muqueuses, et surtout la muqueuse buccale, plus encore que la peau ; la stomatite mercurielle est un des premiers phénomènes de l’empoisonnement mercuriel ; le poison s’élimine par les glandes salivaires et par la bouche, qui devient le siège d’une inflammation grave. La syphilis atteint plutôt l’arrière-gorge; les plaques muqueuses des amygdales en sont la preuve. Plus tard elle provoque des ulcérations de la membrane nasale et buccopharyngée et des gommes sub-linguales.

Muqueuse digestive. — La muqueuse stomacale est rarement atteinte soit par l’un, soit par l’autre poison ; mais on a trouvé.

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quoique très-rarement, des ulcérations mercurielles dans l’intestin grêle; la syphilis ulcère parfois le rectum dans une étendue de 11 à 12 centimètres (Gosselin, Leudet).

[teins et urines. — Les urines éliminent le mercure; aussi les reins sont souvent lésés ; l’albuminurie simple est provoquée par le passage du mercure; la syphilis n’agit pas spécialement sur les reins, mais si elle détermine des suppurations graves, elle entraîne finalement une dégénérescence amyloïde du rein.

Muqueuse respiratoire: poumon. — Les muqueuses nasales laryngée et peut-être bronchique s’ulcèrent. Les poumons présentent fréquemment des abcès chez les enfants qui naissent avec le pemphigus syphilitique (Depaul). Chez l’adulte les gommes ne sont pas rares.

1° Système osseux et musculaire. — Par l’infection syphilitique, les os deviennent le siège de douleurs spéciales appelées ostéocopes, de périostite, d’exostoses, de caries, de nécroses. Le mercure ne produit rien de semblable. On trouve bien des altérations du maxillaire inférieur à la suite de la stomatite mercurielle, mais lorsque l’infection toxique a lieu sans que la muqueuse buccale se prenne, le mercure ne peut atteindre les os ni s’y démontrer chimiquement, ni agir sur leur texture. Ce résultat est acquis par les expérimentations aussi bien que par les investigations cliniques et chimiques.

Les muscles, en se syphilisant, sont souvent envahis par les gommes (Bouisson) ; quant aux rétractions musculaires, décrites par Ricord et Notta, on ne sait si elles sont le résultat d’une lésion locale, d’une infiltration plastique ou d’une affection des centres nerveux : toujours est-il que les muscles restent indemnes dans l’hydrargyrie.

5° Système nerveux. — Le mercure détermine avant tout le tremblement, parfois l’anesthésie, la surdité, l’amblyopie, et plus tard des états complexes avec mouvements choréiformes, avec paralysie incomplète, telle qu’on l’observe chez les mineurs d’Almaden (Roussel).

La syphilis, agissant sur le crâne ou le rachis, détermine des compressions de la moelle et de l’encéphale-, les centres nerveux peuvent être, atteints directement par des tumeurs gommeuses,

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des indurations syphilitiques; il en résulte des phénomènes cérébraux, des vertiges, de la céphalalgie, des convulsions épileptiques, des paralysies comme par toute autre tumeur. Mais existe-t-il des névroses syphilitiques, indépendantes de toute lésion ? La plupart des faits invoqués à cet égard ne résisteraient pas à une discussion rigoureuse (Grisolle).

(F) Cachexie palustre. — L’anémie palustre que nous avons décrite se transforme en cachexie, lorsqu’aux altérations mélanémiques viennent se joindre les dégénérescences chroniques de la rate et des reins, les infiltrations, etc.

III. Cachexies diathésiques, scrofuleuse, tuberculeuse, cancéreuse.

arthritique, etc.

Pour faire connaître les caractères de ces cachexies, il suffît de reproduire le tableau de la dernière période de la scrofule osseuse ou ganglionnaire, de la phthisie, du cancer, de la goutte, du rhumatisme; quand l’anémie diathésique est très-manifeste, quand les organes sont dégénérés par les produits scrofulo-tuberculeux, ou détruits par le cancer, quand la goutte ou le rhumatisme a envahi les reins, le cœur, les artères, l’état cachectique ne manque pas de se produire.

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