RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
centres nerveux et elle produit une anémie relative en même temps qu'une diminution notable de la tension artérielle.
II. — En second lieu, les centres nerveux sont atteints successivement. C'est d'abord le cerveau qui est le premier et le plus intéressé; puis la moelle, dont l'envahissement se traduit par différentes périodes : au commencement de l'action anesthésiante, les réflexes ayant leurs centres dans la moelle allongée et la moelle épinière, non seulement persistent, mais ils sont même plus énergiques el plus rapides, comme il arrive toujours lorsque la moelle est soustraite à l'influence cérébrale ; ces mouvements réflexes disparaissent peu à peu lorsque la moelle vient à entrer dans la sphère d'action de l'anesthésique, mais, à ce moment, les mouvements de totalité, mouvements que l'on appellerait volontaires si l'animal ou l'individu n'avait pas perdu conscience de sa personnalité, persistent encore pendant quelque temps; bientôt ces mouvements eux-mêmes disparaissent et font place au collapsus, au relâchement musculaire complet. Les mouvements respiratoires et cardiaques persistent seuls pour permettre le maintien de la vie organique. L'anesthésie ne remonte pas vers les centres nerveux supérieurs.
III. — En troisième lieu, l'insensibilité commence par les extrémités périphériques, absolument comme dans la mort naturelle survenant par soustraction du sang. On peut trouver dans l'action des hypno-anesthésiques un caractère différentiel très marqué entre les éléments sensitifs et les éléments moteurs. Bien mieux, comme cela est déjà réalisable pour les nerfs moteurs avec le curare, on peut établir avec les hypno-anesthésiques une sorte de catégorisation, de graduation dans les nerfs sensitifs. Ce sont d'abord les nerfs des sens spéciaux qui sont affectés; puis viennent ensuite les nerfs des sensations extérieures moins nettement localisées, comme le toucher, la douleur, par exemple; puis les nerfs des actes réflexes inconscients, le réflexe rétinien, le réflexe de la déglutition ne disparaissent qu'après les réflexes du toucher et de la douleur; enfin, en dernier lieu, sont intéressés les nerfs sensitifs des actes réflexes tout à fait automatiques, sans l'accomplissement desquels la vie ne peut pas persister, les réflexes respiratoire et circulatoire, par exemple, ceux qu'il importe précisément dans l'anesthésie de ne pas anéantir.
On peut donc, comme vous le voyez, faire au moyen des anesthé-
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siques un véritable classement des nerfs centripètes et du degré d*importance de leurs fonctions.
De plus, c'est la sensibilité récurrente qui est la première à disparaître des paires nerveuses rachidiennes; puis, à la fm, les racines postérieures elles-mêmes finissent par ne plus être excitables; et, cependant, comme je vous le disais il y a un moment, les cellules nerveuses des centres sont encore capables de sentir une excitation et de réagir sur les nerfs moteurs. On a traduit la succession de ces phénomènes en disant que la réceptivité de la moelle était abolie, mais non pas son excitabilité. Claude Bernard ne voyait là que la dernière expression de la marche ascendante de Tanesthésie dans le nerf.
Bailleurs, pour le système nerveux en général comme pour chaque tube nerveux en particulier, tout est absolument relatif à la période de Taoesthésie que Ton considère.
rv. — Enfin, en quatrième lieu, vous avez pu voir que nous pouvions interpréter les phénomènes qui se produisent par des modifications physico-chimiques d'abord, d'où résultent ensuite des altérations structurales du protoplasma.
En ce qui regarde les modifications physico-chimiques, je vous rappelle le rôle important joué par la coagulation partielle du protcw plasma, sa déshydratation passagère ; et ce que vous me permettrez d'appeler ïadynamisation de l'oxygène intra-moléculaire — je fais ici allusion à la théorie de Pflûger — coïncidant avec l'abaissement de la tension sanguine et le ralentissement de la circulation.
Je vous ai montré, au moyen de quelques expériences, que certaines cellules — et le fait se vérifie pour les cellules musculaires, pour les tubes nerveux — perdent leur transparence et leur irritabilité sous l'influence du chloroforme. D'autres éléments cellulaires ou d'autres parties d'éléments cellulaires, tels que les cils vibratiles, les spermatozoïdes, perdent leurs mouvements, leur irritabilité, sous l'influence du chloroforme ou des anesthésiques en général; ils recouvrent facilement ces propriétés par un lavage suffisant pour entraîner la substance anesthésique.
Au point de vue des altérations structurales, nous avons vu aujourd'hui que soit la rétraction, soit la modification des mouvements des prolongements protoplasmiques des neurones, pouvait permettre de rendre compte d'une suspension de la conductibilité,