PHYSIOLOGIE SPÉCIALE DU CHLOROFORME
 présent que nous sommes aussi bien édifiés qu*il est possible, dans Tétat actuel de nos connaissances, sur la physiologie générale des anesthésiques, nous allons pouvoir passer à Tétude de la physiologie spéciale de ceux qui sont plus particulièrement employés. Ainsi que je tous Tai déjà dit, cette étude se bornera aux principaux anesthésiques, ceux qui sont à peu près exclusivement employés maintenant ou tout au moins ceux qui sont d*un usage courant. Nous allons débuter par Tétude de la physiologie spéciale du chloroforme. C'est en effet, de tous les anesthésiques, celui qui est encore le plus communément employé.
Lorsque nous aurons passé en revue les faits généraux concernant cette action physiologique spéciale, nous verrons ensuite en quoi laction physiologique de Téther et du bromure d*éthyle employés comme hypno-anesthésiques diffèrent de celle du chloroforme ; il ne me restera plus guère à ce moment qu'à fixer quelques points de détail de Faction particulière exercée par ces deux derniers anesthésiques sur l'organisme vivant. Ensuite nous consacrerons un certain temps, le moins longtemps possible, à l'élude du protoxyde d'azote qui offre un intérêt assez considérable et qui pourrait, à la rigueur, comme vous le verrez, servir aux lieu et place d'un des anesthésiques dont je viens de parler.
Ce qu'il y a de plus frappant, de plus remarquable, et surtout de plus intéressant au point de vue médical dans l'application thérapeutique du chloroforme, c'est l'action exercée par cette substance anes- Ihésique sur le système nerveux, sur la respiration et sur la circulation.
J'aurai nécessairement à vous rappeler dans cette étude certains
phénomènes dont il a déjà été question à propos de la physiologie générale des anesthésiques ; je me bornerai dans ce cas à vous remémorer les faits, sans insister sur ceux qui paraissent déjà suffisamment démontrés. Pour bien interpréter Faction du chloroforme sur réconomie, il faut avoir égard à trois ordres de phénomènes constants, trois lois physiologiques, en quelque sorte, qui ont été bien mises en évidence par les études de MM. Duret et Dastre sur Iqs anesthésiques.
La première est la loi des périodes; c'est-à-dire, Tordre suivant lequel le système nerveux est envahi. Ainsi que nous l'a déjà appris l'étude de la physiologie générale des anesthésiques, pour le chloroforme comme pour toutes les autres substances de ce groupe, ce sont d'abord les hémisphères cérébraux qui subissent en premier lieu l'action pharmacodynamique ; ensuite, les voies sensitives sont intéressées en allant de la périphérie vers la moelle; puis, les voies motrices, les voies intraméduUaires d'abord; et enfin, en dernier lieu, le bulbe. L'action sur le bulbe constitue un phénomène toxique, comme vous le savez, et qu'il faut se garder autant que possible d'atteindre.
La seconde, loi de Vexcitation préparalytique ^ est relative à la période de surexcitation qui précède toujours la période de paralysie. Cette période de surexcitation — je parle ici exclusivement du chloroforme — est plus ou moins longue ou marquée, suivant les circonstances et suivant les individus. Il y a des faits de susceptibilité individuelle absolument remarquables et qui font que, tandis que la période de surexcitation, toutes choses égales d'ailleurs, est très marquée, assez longue et même intense avec certains individus; avec d'autres, au contraire, elle est extrêmement courte, fort peu marquée; mais, dans tous les cas, elle ne manque jamais.
Il y a, à ce sujet, une certaine difficulté dans l'interprétation des phénomènes attribuables à cette excitation ou à la paralysie qui en est la conséquence. On peut, en effet, incriminer aussi bien certains phénomènes physiologiques que d'autres qui sont absolument les contraires, les antagonistes des premiers. C'est ainsi, par exemple, qu'on peut aussi bien attribuer l'arrêt du cœur à une surexcitation du bulbe qu'à une paralysie de la région cervico-dorsale de la moelle.
En fait, dans beaucoup de circonstances, et surtout dans les cir-