‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 120 sur 406 · ATTENTATS A L'AIDE DU CHLOROFORME · texte numérisé non relu

ATTENTATS A L'AIDE DU CHLOROFORME

forme spécialement, et c*est pour cela que j*en parle ici. Ces expérimentateurs ont essayé de déterminer Tanesthésie chez certains individus, sans qu'ils en eussent conscience , de façon à permettre de réaliser un attentat. Eh bien, sur 29 individus, 10 fois seulement ils ont pu arriver à obtenir le sommeil. Un auteur italien qui a repris ces expériences, M. Raffaele Gurrieri, a obtenu 4 fois le sommeil sur 9 individus chez lesquels il avait essayé d'obtenir Fanesthésie sans qu'ils s'en doutassent.

Dans tous les cas, ainsi que je vous Fai fait pressentir, la réussite n'a pu s'obtenir que chez des individus nerveux, affaiblis, des malades ou des enfants. Il y a, fort heureusement d'ailleurs, d'extrêmement grandes difficultés dans la pratique de cette anesthésie sans la participation volontaire de l'individu. Il faut, en effet, que les premières inhalations soient extrêmement faibles et très lentement progressives pour que le sujet sur lequel elles sont pratiquées passe, sans transition sensible, de la veille à l'état d'anesthésie et pour qu'on puisse éviter la période d'excitation et la révolte de l'individu et, par conséquent, la perception pour lui qu'il est l'objet d'un attentat de la part de celui qui essaie de l'endormir. C'est là fort heureusement ce qui, pour moi comme pour beaucoup de médecins légistes d'ailleurs, rend la détermination de l'anesthésie dans ces conditions presque irréalisable. Le sentiment de défense contre l'action agressive des vapeurs de chloroforme qui menacent de l'asphyxie est instinctif et irraisonné, même chez les sujets qui consentent à subir l'anesthésie.

Un mot, pour terminer, sur les lésions anatomiques qu'on peut relever à la suite de la mort par le chloroforme. Tantôt on observe des lésions d'asphyxie, c'est-à-dire que le cerveau, les sinus de la dure-mère, les poumons, les viscères abdominaux, sont gorgés de sang, parsemés de noyaux hémorragiques; tantôt, au contraire, ce sont des phénomènes de syncope, les mêmes oi^anes sont pâles, exsangues, et le cœur est rempli de caillots noirâtres.

Ce qu'on observe le plus souvent, c'est ce qu'on a appelé les lésions caractéristiques de la syncope cardio-pulmonaire : cela consiste en petites ecchymoses sous-pleurales simulant très souvent des foyers apoplectiques; les poumons sont très congestionnés, à la coupe ils apparaissent hérissés de petits caillots rouges comme si les alvéoles étaient gorgées de sang; on trouve des taches ecchymotiques sur les plèvres, de la spume rosée dans la trachée et les bronches.

LESIONS ANATOMIQUES 471

Tout cela est caractéristique d'une excitation très violente du bulbe et des noyaux d'origine du pneumo-grastrique ; ou bien encore, d'une excitation modérée de ces mêmes organes chez un individu déjà affaibli.

On peut observer encore des lésions rénales, des lésions cardiaques, des lésions péri-encéphaliques : ces faits se rencontrent principalement lorsque la mort est survenue chez des individus en puissance, antérieurement à Tanesthésie chloroformique, d'affections rénales, d'affections cardiaques, ou chez les alcooliques. Je ne vous signale ces lésions que pour vous mettre en garde précisément contre Tinterprétation excessive que vous pourriez être tentés de leur donner, c'est-à-dire d'admettre que le chloroforme a été la cause occasionnelle de la mort chez un individu ayant une affection cardiaque ou une affection des reins, ou présentant des symptômes plus ou moins S

marqués de péri-encéphalite, à la suite d'alcoolisme, par exemple. Z

Il faut d'autant plus se rappeler qu'il est extrêmement difficile ^ .

d'interpréter ces lésions, qu'autrefois Trousseau traitait l'éclampsie m ^

des femmes enceintes non pas au moyen de l'anesthésie par le chloroforme, ce serait trop dire, mais par le chloroforme administré à des doses subanesthésiques, et cela pendant des périodes de vingtquatre et même quarante-huit heures. Ce fait seul, chez des femmes qui sont albuminuriques, tendrait à prouver que des lésions rénales avec albuminurie ne seraient pas suffisantes pour que le chloroforme détermine fatalement la mort. C*est là une des raisons pour lesquelles il faut, comme vous le voyez, être très sobre dans ses interprétations; et songer toujours que la mort, sous l'influence du chloroforme, est un accident qu'on ne peut parfois prévoir et qu'il est alors absolument impossible d'éviter malgré l'attention et les précautions les plus minutieuses.

Dans les cas d'intoxications subaiguë ou lente, on a signalé des altérations delà cellule hépatique rendant parfaitement compte des phénomènes mis en lumière par l'observation de M. Marfan dont je vous parlais tout à l'heure, ainsi que de certains accidents postanesthésiques. La cirrhose atrophique s'est montrée, d'après M. H. Hertens, la lésion la plus habituelle de l'intoxication subaiguë ; tandis que la cirrhose granuleuse était la manifestation de l'intoxication lente. La dégénérescence graisseuse, la dégénérescence trouble, la dégénérescence vacuolaire, puis la destruction du noyau par chro-

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