CONDITIONS DE LA VAPORISATION
Une foule de conditions, en effet, peuvent faire varier dans des proportions énormes la richesse en vapeur anesthésique du mélange d*air et d'anesthésique que le sujet inspire.
Deux conditions, surtout, sont particulièrement importantes à ce point de vue : la première est la température de Tatmosphère. Le chloroforme, puisque nous nous occupons de lui en ce moment, bout à une température de 61 degrés; et, par conséquent, plus la température du local dans lequel se pratiquera Taneslhésie sera élevée, plus rapide sera la vaporisation du chloroforme et plus considérable sera la quantité de vapeur anesthésiante qui se mêlera, dans un temps donné, à une certaine quantité d'air. Une autre condition, beaucoup plus importante encore au point de vue de la pratique, est celle qui concerne la vitesse du courant d air qui traverse la substance poreuse sur laquelle on verse le chloroforme.
Voici qui pourra fixer vos idées à cet égard. Une goutte de chloroforme, obtenue à Taide du compte-gouttes normal, pèse environ 66 milligrammes. Cette goutte de chloroforme, volatilisée dans un litre d'air, donne un mélange qui est environ à 6 ou 7 p. 100, mélange absolument incapable de provoquer une syncope primitive, ou la toux, ou Téternûment; en un mot, de provoquer les phénomènes dangereux ou désagréables de la première période de Tanesthésie. Mais si vous venez à supposer que cette même goutte de chloroforme, au lieu de se diluer dans un litre d'air, ne se dilue plus que dans un quart de litre, vous allez alors avoir un mélange à 24 p. 100 au lieu d'un mélange à 6 ou 7 p. 100; et l'expérience sur les animaux nous apprend que ce mélange à 24 p. 100 tue un chien dans l'espace de cinq minutes, et peut provoquer des syncopes primitives foudroyantes.
Vous voyez donc combien il est indispensable de faire attention à ces choses qui ont, en apparence, si peu d'importance et desquelles cependant peut résulter un accident souvent mortel.
En définitive, deux procédés sont utilisés dans l'administration du chloroforme, aussi bien que des autres anesthésiques qui lai sont homologues, l'éther ordinaire et le bromure d'éthyle.
La méthode que je crois le plus judicieux d'employer, celle qui est certainement conforme à ce que nous apprend la physiologie, est la méthode des petites doses ; c'est celle qui consiste à se rapprocher autant que possible des conditions que je vais vous énumérer.
PROCÉDÉ DES PETITES DOSES i81
D'abord, administrer à la fois le plus d'air et le moins de chloroforme possible; d'autre part, s'arranger de façon à ce que le chloroforme soit aussi exactement que possible mélangé à l'air, en d'autres termes que la répartition sojt aussi parfaite qu'il est possible. Une fois que l'anesthésie est obtenue, diminuer dans une très notable proportion la quantité de chloroforme de manière à réaliser ce qu'on appelle la ration d'entretien^ c'est-à-dire à ne plus administrer au sujet que la quanlilé strictement nécessaire de chloroforme pour maintenir l'anesthésie et empêcher le retour de la sensibilité. Enfin, faire que ces inhalations soient effectuées d'une façon régulière et continue.
Les différents appareils que je viens de vous présenter n'offrent pas tous les mêmes avantages à cet égard. Il est incontestable que les masques présentent certains inconvénients : le masque de Julliard, par exemple, fait respirer l'individu dans une atmosphère qui ne tarde pas à être une atmosphère confinée; tandis que le procédé de la compresse, le procédé du cornet, ou le procédé qui consiste à administrer d'une manière quelconque un mélange renouvelé d air et de chloroforme n'a pas ces inconvénients. Il importe donc de verser le chloroforme goutte à goutte sur la compresse ou sur l'un de ces appareils, de façon à ce qu'une goutte, deux gouttes au maximum, de chloroforme tombent sur le tissu poreux et soient aussitôt volatilisées au moment où l'individu fait une inspiration ; de cette façon la volatilisation est aussi rapide, aussi complète, et le mélange aussi parfait que possible.
Il faut choisir une compresse de toile très perméable ou de flanelle bien poreuse, la maintenir de façon à ce qu'elle forme un pont s'élendant de l'extrémité du nez au menton : le chloroforme sera versé goutte à goutte, et régulièrement, à la hauteur de la bouche. L'affusion du chloroforme devra coïncider avec les mouvements d'inspiration, de manière à bien assurer la volatilisation, le mélange avec l'air, et la pénétration de la substance anesthésique. Enfin, après que l'anesthésie est obtenue, c'est-à-dire après un intervalle de temps qui peut varier de sept à huit ou dix minutes, quelquefois même un quart d'heure, on réduira la proportion de chloroforme à trois goutles par minute. C'est là ce qui constitue la ration d'entretien, celle qui est suffisante pour maintenir l'anesthésie une fois qu'elle est déterminée.
Un autre procédé est celui qu'on appelle le procédé par sidéra-