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USAGES EXTERNES DU CHLOROFORME

Enfln le chloroforme peut encore être utilisé très avantageusement à titre de topique externe dans un certain nombre de circonstances. Les dentistes en font un emploi très fréquent, pour anesthésier la pulpe dentaire dans les cas de carie : ils utilisent pour cela un mélange composé de : 10 grammes de teinture de benjoin, avec laudanum, créosote et chloroforme, de chacun deux grammes. Outre qu il possède des propriétés analgésiques et antispasmodiques, ce mélange possède encore la propriété de détruire, dans une certaine mesure, la vitalité de la pulpe, ce qui amène Taffaiblissement de la douleur déterminée par la carie dentaire.

Le chloroforme est, au point de vue de son application comme topique externe, un révulsif analgésique de premier ordre. Il a cependant des inconvénients, surtout quand il est employé sur de larges surfaces. Son évaporation assez rapide, Faction refroidissante qu'il exerce en vertu de cette évaporation, la pénétration des vapeurs de chloroforme par les voies respiratoires en quantité relativement considérable, peuvent entraîner des inconvénients plus ou moins sérieux.

Enfin il exerce, quand son emploi est assez prolongé, une action irritante très intense; et cette action irritante est poussée au maximum quand on empêche son évaporation en recouvrant la surface imprégnée de chloroforme avec un tissu imperméable comme de la toile gommée, par exemple. Dans ce cas Faction irritante va jusqu'à la vésication; et c'est là un excellent moyen de remplacer le vésicatoire à la cantharide chez les sujets chez lesquels ce vésicatoire peut causer des accidents, ou lorsqu'il existe une contre-indication à ce mode de révulsion.

Les effets révulsifs des applications de chloroforme sont rendus, eticore plus énergiques si, au préalable, on fait macérer l'épiderme au lieu d'application, au moyen d'une affusion chaude, d'un bain, d'une sudation obtenue par un procédé quelconque, ou simplement au moyen d'un cataplasme émoliient. En appliquant ensuite une compresse imbibée de quelques gouttes de chloroforme et en la recouvrant avec une étoffe imperméable, on a une vésication très intense qui peut même aller jusqu'à l'escharifîcation.

Inversement, cette action irritante peut être atténuée dans une large mesure en mélangeant le chloroforme aux corps gras. C'est ainsi, par exemple, qu'on fait des liniments et des pommades chloro-

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formés qui sont composés : pour les pommades, de 85 parties d*axoDge mélangée avec 5 parties de cire blanche, pour 10 parties de chloroforme; pour les liniments, de 90 parties d'huile d'amandes douces pour 10 parties de chloroforme.

On emploie encore, pour Tusage externe, un baume opodeldoch chloroformé, c'est-à-dire un produit dans lequel Faction irritante du baume opodeldoch est rendue encore plus énergique. Ce baume opodeldoch chloroformé se prépare en ajoutant 10 p. 100 de chloroforme à du baume opodeldoch fondu au bain-marie et à température aussi basse que possible. Son emploi donne d'excellents résultats analgésiants, surtout au point de vue du traitement du rhumatisme articulaire.

DÉRIVÉS CHLoaÉs DU FORHÈIVE. — Telles sont, Messieurs, les principales applications du chloroforme, en dehors de la principale de toutes, Tanesthésie générale. Mais le chloroforme, comme vous le savez, n'est qu'un des dérivés du formëne; et, en raison précisément de l'importance de son application, on a cherché s'il n'existait pas, parmi les autres dérivés du formène, des dérivés chlorés capables de remplacer le chloroforme, de lui être substitués avec avantage, sinon au point de vue de Tanesthésie. généralisée, au moins au point de vue de l'anesthésie localisée.

Gela nous engage à faire très rapidement une étude de l'action physiologique, non seulement des dérivés chlorés du formène, mais encore du formène lui-même. J'ai déjà appelé votre attention sur ce point lorsque, parlant des expériences de la Commission anglaise instituée pour l'étude des anesthésiques, j'ai indiqué quelques résultats obtenus par cette Commission, résultats qui s'appliquaient précisément à quelques-uns des produits dérivés du formène.

Je vous rappelle tout d'abord que le formène est constitué par du carbone dont les quatre atomicités sont saturées par de l'hydrogène : ces atomes d'hydrogène peuvent être remplacés par des atomes de chlore, de sorte qu'on a successivement la série de produits :

CH^Cl, ou formène monochloré,

CH*Cl^, ou formène bichloré,

CHCl', formène trichloré qui est le chloroforme.

Enfln le composé CCI* ou formène tétrachloré.

Formène. — Partant de cette assertion formulée par certains pharmacologistes, et notamment par Richardson, que le formène

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était capable de déterminer, à lui seul, un certain degré d'ânesthésie, Regnauld et Villejean ont fait à ce sujet, il y a quelques années, des études très importantes et fertiles en résultats, comme vous Tallez voir. C'est le résultat de ces études que je vais vous exposer.

Tout d'abord, un point très important dans ces recherches était celui consistant à se procurer dans un grand état de pureté les produits sur lesquels on opérait. Vos souvenirs de chimie sont encore assez présents à la mémoire pour vous rappeler combien il est difficile d'isoler les uns des autres ces dérivés chlorés; ce sont des détails de manipulation très délicats, très pénibles même, auxquels il est indispensable de se livrer si l'on veut avoir une certitude quant aux résultats de l'action physiologique de ces produits. Je ne m'étendrai en aucune façon sur les procédés chimiques de purification qui n'ont ici qu'un intérêt secondaire, vous les trouverez dans tous les traités de chimie ; je vous exposerai simplement les résultats de l'expérimentation physiologique, ce sont ceux qui nous intéressent le plus.

Occupons-nous d'abord du formène, puisqu'il avait été regardé comme anesthésique par quelques auteurs.

Regnauld et Villejean ont commencé par préparer du formène absolument pur et ils ont essayé Faction physiologique de ce gaz, soit seul, soit mélangé à de l'air, soit mélangé à de l'oxygène. Les animaux sur lesquels l'expérimentation était effectuée respiraient sous une cloche renfermant le mélange gazeux. Dans certains cas, on pouvait augmenter la pression à l'intérieur de la cloche ou bien on utilisait deux gazomètres dans l'un desquels il y avait du formène et dans l'autre de l'air ou de l'oxygène.

Par le réglage des robinets, on arrivait à évaluer la quantité des deux gaz qui, dans un temps déterminé, étaient offerts à l'animal comme mélange respiratoire : le rapport des volumes gazeux était apprécié d'après le nombre des bulles de gaz comptées dans le même temps; et l'acide carbonique expiré était absorbé par la potasse. En raison de l'importance des résultats et de l'ingénieuse simplicité des dispositifs, je crois utile de reproduire ici la description complète de ces appareils.

Appareil inhalateur pour les gaz à la pression normale. — A notre gazomètre (fig. 11) chargé de formène et que nous désignons par la lettre F, est juxtaposé un second gazomètre à eau 0 gradué également en litres

EXPÉRIENCES DE REGNAULD ET VILLEJEAN

et contenant de Toxygène pur préparé au moment du besoin par des procédés trop connus pour que nous les rapportions ici.

La plupart de ces expériences portant sur des animaux de petite taille, cobayes, souris et oiseaux, ont été exécutées dans une cloche d'une capacité telle que Tanimal pût être facilement observé et trouvât un espace suffisant pour se mouvoir librement.

Cette cloche C est mise en relation avec les gazomètres par un système peu compliqué permettant Taccès simultané des deux gaz et la mesure respective des quantités de formène et d'oxygène fournies à Tanimal, pendant la durée de Texpérimentation. Les robinets de dégagement rr de

Fig. 11.

chacun des gazomètres portent un tube de caoutchouc qui s'adapte à deux éprouvettes semblables o' et f contenant une couche d'eau de quelques centimètres et fermées hermétiquement à leur partie supérieure au moyen d'un liège traversé par deux tubes : le premier, //, plongeant d'un demicentimètre environ dans Teau et relié au robinet de dégagement; le second, t't\ traversant seulement le bouchon pour pénétrer dans la chambre supérieure de Téprouvette. *

La cloche C, destinée à recevoir Tanimal, s'adapte à frottement sur une plaque de verre dépolie : elle est munie à sa partie supérieure d'une large tubulure fermée par un bouchon de liège que traversent deux tubes de verre. Le premier, t'\ s'enfonçant jusque vers le tiers inférieur de la cloche, est destiné à mettre l'appareil en communication avec l'atmosphère extérieure; le second, y, présente la forme d'un Y dont la branche unique est recourbée à angle droit. Cette branche pénètre de quelques centimètres dans l'intérieur de la cloche; les deux branches de TY sont mises en relation par les tubes t\ f, Tune avec le gazomètre à oxygène, l'autre avec le gazomètre contenant le formèue.

Ce dispositif permet à la fois le mélange des gaz destinés à rinhalation et la détermination du rapport des volumes de chacun d'eux. En effet, si l'on ouvre plus ou moins les robinets de dégagement rr des gazomètres.

EXPERIENCES DE REGNAULD ET VILLEJEAN

il est facile de compter le nombre de bulles sortant dans le même temps. Si le nombre des bulles arrivant des gazomètres F et 0 est égal dans une minute, le rapport des volumes est égal à Tunité ; s'il est double du côté du formène, le rapport de ce dernier à Toxygène sera de 2 à 1, etc. Il convient, d'ailleurs, de contrôler la marche de l'appareil de dégagement par l'évaluation en litres et fractions de litres, des volumes de gaz restant après chaque expérience dans les deux gazomètres, grâce aux tubes de jaugeage jj.

La cloche étant en communication avec Tatmosphère, le mélange gazeux se renouvelle sans cesse sous Tinfluence du léger excès de pression

Fig. 12.

des gazomètres et les produits expirés sortent de Tappareil avec la portion des gaz qui n*a pas été inhalée.

Bien que des expériences préliminaires nous aient permis de reconnaître que la quantité d'acide carbonique restant dans la cloche par le fait de l'expiration est insuffisante pour produire les troubles nerveux afférents à l'asphyxie, nous avons cru prudent, dans des expériences dont la durée était longue, de débarrasser l'air de la cloche de l'acide carbonique. A cet effet, nous avons placé sur la table de verre supportant la cloche un vase plat V, à large surface, dont le fond est tapissé d'une couche de pierre ponce imprégnée d'une solution d'hydrate alcalin. Sur les bords de ce vase repose une toile métallique débordant jusqu'aux parois de la cloche; c'est sur cette toile que l'animal est placé et se meut librement.

Appareil inhalateur pour les pressions supérieures à une atmosphère. — Le robinet r [^\^, 12) de dégagement du gazomètre est mis en communication avec le robinet r' de la pompe aspirante et foulante P par l'intermédiaire d'un tube de caoutchouc à parois épaisses; le second robinet r" de cette pompe est rattaché par un caoutchouc de même espèce à la cloche de verre C, sous laquelle est placé l'animal.

278 EXPÉRIENCES DE RBGNAULD ET VILLEJEAN

Malgré le faible excès de pression exigé par ces expériences, la disposition de cette cloche exige une courte description. Sur sa tubulure est fixée une garniture de cuivre g solidement ajustée, et portant deux tubes munis de robinets; Tun de ces tubes V pénètre dans la cloche jusque vers son tiers inférieur, Tautre t s'arrête à la partie supérieure de la tubulure. Le bord de la cloche est rodé exactement sur une plaque de verre épaisse et dépolie. Afin de maintenir Tadhérence entre la cloche et la plaque, celle-ci est fixée sur un support de bois, dans lequel sont établis trois montants m équidistants, et se terminant par des pas de vis situés au niveau de la convexité de la cloche. Trois écrous e permettent de serrer un fort collier de laiton s'appuyant sur cette surface bombée. La pression exercée par ce collier doit être répartie uniformément, d'une part au moyen des écrous, et d'autre part à Taide d'une forte plaque annulaire de caoutchouc placée entre le collier et le verre. L'intermédiaire de ce caoutchouc est indispensable, car, malgré le faible excès de pression qu'il s'agit d'obtenir, un accident est à redouter si le collier métallique repose directement sur le verre.

Afin d'évaluer la pression, le tube t est en relation avec un tube de verre plongé dans un flacon contenant une couche profonde de mercure fermé par un bouchon solidement fixé et portant un tube droit de 40 centimètres de longueur, immergé par son extrémité dans le mercure et fonctionnant comme manomètre à air libre.

Les gaz expirés par l'animal pendant la durée d'une expérience n'étant pas évacués au dehors sont débarrassés d'acide carbonique au moyen de la cuve à hydrate alcalin dont nous avons parlé plus haut. La diminution de pression provenant de cette absorption permet de renouveler, à l'aide de la pompe, le mélange respirable sur lequel on expérimente.

Disposition pour rinhatation simultanée de chlorure de mélhyle et dair, — Pour les animaux de grande taille, sur la face desquels les masques à inhalation en caoutchouc s'adaptent facilement, nous avons employé l'appareil suivant (fig. 13) :

Le tube r du gazomètre est mis en communication avec une éprouvelte cylindrique à pied, dont la partie supérieure est fermée par un liège traversé par trois tubes, et contenant une couche d'eau distillée de quelques centimètres de hauteur. Un premier tube t droit plonge de 1 centimètre environ dans la couche d"eau et est mis en communication par un caoutchouc avec le robinet r du gazomètre ; un second tube droit t' s'ouvre par sa partie supérieure dans l'atmosphère et plonge comme le premier dans l'eau de l'éprouvette. Le troisième tube t'\ recourbé à, angle droit, pénètre seulement de i à 2 millimètres dans la partie libre de l'éprouvette; laulre extrémité du tube f est mise en communication avec le masque inhalateur dont nous allons maintenant parler. La partie effilée de ce masque est munie d'un tube en verre à trois branches ayant la forme d'un Y; la branche droite d est fixée sur le masque M, tandis que la branche b est en relation, par un tube de caoutchouc, avec le tube f de l'éprouvette. La seconde branche 6' porte un caoutchouc ajusté à un tube droit d\ qui traverse le bouchon d'un flacon et plonge de 1 centimètre environ dans la

EXPÉRIENCES DE REGNAULD ET VILLEJEAN

couche d'eau qu'il contient. Le liège qui ferme ce flacon supporte le tube droit et un second tube court c, faisant communiquer la partie vide du flacon avec l'atmosphère. Lorsque Toriflce du masque est soigneusement appliquée sur la bouche et les narines de Tanimal en expérience et qu'on ouvre le robinet r du gazomètre de façon à régler convenablement le dégagement de chlorure de méthyle, voici comment fonctionne Tappareil :

A chaque inspiration, Tair atmosphérique et le chlorure de méthyle pénètrent dans Téprouvelte et sont inspirés par Tanimal en traversant la

Fig. i3.

couche d'eau de l'éprouvette et le tube de caoutchouc qui relie T à Y. Lors du mouvement d'expiration, la pression augmente dans tout le système, l'eau monte à la fois dans les tubes t et /' et aucune communication ne peut se faire entre les gaz expirés et le gazomètre. Celte augmentation de pression se traduit par un courant de gaz dans le tube b'd' à chacune des expirations.

Dans le cas même où les mouvements respiratoires sont difficiles à constater chez l'animal, les bulles de gaz qui, alternativement, traversent l'éprouvette ouïe flacon, constituent un utile avertissement pour les expérimentateurs, et nous ont très souvent déterminés à cesser d'une façon opportune l'inhalation de cet agent anesthésique.

Disposition pour Vinhalation simultanée de chloinire de méthyle et d'oxygène. — Dans le cas de grands animaux, il suffit, pour l'inhalation du mélange, de supprimer la communication du tube t* avec l'atmosphère et de le relier par un caoutchouc avec le gazomètre renfermant de Toxygène.

Pour faire respirer simultanément l'oxygène et le chlorure de méthyle

EXPÉRIENCES DE REGNAULD ET VILLEJEAN

à de petits animaux placés sous une cloche, nous avons fait usage d'un appareil identique à celui qui a été précédemment décrit à propos des expériences sur le formène, auquel nous renvoyons, pour éviter les longueurs d'une nouvelle description (fig. 11).

Disposition pour V inhalation du chloi^ure de méthylène, — Après des expériences préliminaires (au cours desquelles nous nous étions servis de Tappareil de Juncker), nous avons reconnu l'inutilité du propulseur d'air annexé à cet appareil, et nous avons disposé un système spécial, qui permet le dosage du chlorure de méthylène et ne présente pas les inconvénients des inhalateurs munis de soupapes mobiles.

Fig. 14.

Notre appareil (fig. 14) se compose d'une éprouvette E è. pied, graduée latéralement en centimètres cubes, dans laquelle on introduit le chlorure de méthylène. Cette éprouvette est fermée par un bouchon portant deux tubes, l'un T, plongeant dans le liquide jusqu'au fond du vase et ouvert dans l'atmosphère; l'autre T', arrivant à la face inférieure du bouchon et portant un tube en caoutchouc qui le met en communication avec le masque.

Ce dernier porte à son extrémité elïilée un tube en Y dont la branche simple traverse le bouchon, tandis que les branches tV de la bifurcation sont en communication, l'une avec T', l'autre avec le tube T d'un flacon contenant une couche d'eau distillée dans laquelle il plonge de quelques miUimètres; le liège de ce flacon porte également un tube t!" faisant communiquer la partie vide du flacon, avec l'atmosphère.

Le masque étant fixé sur la bouche et les narines de l'animal, à chaque inspiration la pression diminue dans l'air de l'éprouvette et une quantité d'air suffisante pour la rétablir pénètre à travers le chlorure de méthylène et arrive saturée dans le poumon. Lors de l'expiration, l'excès de pression

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fait monter une certaine quantité de chlorure de méthylène dans le tube T et Tair expiré traverse le tube t't" en déprimant la faible couche d*eau qui ferme Texlrémité du tube t"\ les gaz expirés se dégagent dans l'atmosphère par le tube t'". Le changement de niveau du liquide contenu dans Téprouvette donne, en centimètres cubes, la quantité de chlorure de méthylène correspondant à chaque phase de Tinhalation.

En opérant de la sorte, MM. Regnauld et Villejean ont acquis la preuve que le formène inhalé seul est absolument incapable de déterminer Tanesthésie. Bien mieux, le formène inhalé en même temps que l'oxygène, et dans des proportions variant de 3 1/2 à 5 de formène pour une partie d'oxygène, en volumes, et pendant un temps variant de 3 heures 48 minutes à 1 heure, a été incapable de déterminer chez les animaux la moindre trace d'anesthésie, la moindre perturbation dans les fonctions du système nerveux moteur ou sensitif. Le formène s'est révélé comme étant d'une innocuité absolue, à la condition, bien entendu, qu'il soit mélangé à une quantité d'air ou d'oxygène suffisante pour entretenir l'hématose : quand il est respiré seul, il détermine l'asphyxie simple comme tous les gaz inertes, tels que l'hydrogène, l'azote, etc.

Il y a cependant un phénomène particulier et constant dont les auteurs ne tardèrent pas à se rendre compte : ils constatèrent des accélérations assez notables des mouvements respiratoires, quel que fût le rapport des gaz, même si l'oxygène était en excès. On peut interpréter ce fait par l'observation que la solubilité du formène dans le plasma sanguin étant notablement supérieure à celle de l'azote, cette solubilité doit être capable d'influencer, et influence en fait, soit la vitesse de fixation de l'oxygène sur les hématies, soit même la quantité d'oxygène capable de se fixer sur les hématies. Ce n'était donc pas au formène qu'il fallait attribuer cette accélération mais à un phénomène indépendant du formène luimême. Quand on essayait d'augmenter le volume du formène comme je l'indiquais tout à l'heure, c'est-à dire quand on essayait, pour un volume d'oxygène, de mélanger six volumes de formène, il y avait danger d'asphyxie, mais pas la moindre anesthésie.

Regnauld et Villejean pensèrent alors qu'il pouvait y avoir, pour le formène, quelque chose d'analogue à ce que je vous montrerai plus lard pour le protoxyde d'azote. Quand le proloxyde d'azote est inhalé à la pression normale, il est asphyxiant parce qu'il supprime au sang

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Toxygène nécessaire à rhématose; mais si ron augmente la pression de façon à ce que le mélange de protoxyde d'azote et d'air soit inhalé par Tanimal à la pression de 910 à 920 millimètres de mercure, Toxygène se trouvant alors en proportion capable d'entretenir l'hématose, l'action anesthésiante du protoxyde d'azote se produit sans asphyxie.

Eh bien, en faisant inhaler leformène sous pression, en mélangeant quatre volumes de formène et un volume d'oxygène et en augmentant la pression de 155 millimètres de mercure, la tension du formène dans le mélange est égale à une atmosphère. Dans ces conditions, le formène ne s'est pas montré plus anesthésique que dans le mélange de 5 ou 6 parties de formène avec une partie d'oxygène dont je parlais tout à l'heure. Bien plus, en augmentant dans une forte proportion la tension du mélange, en élevant la pression de 250 et même 280 millimètres de mercure au-dessus de la pression normale, et en faisant inhaler le mélange gazeux pendant une heure et demie, on ne peut arriver à déceler le moindre effet anesthésique.

Il en résulte donc que les recherches de Richardson avaient dû être faites avec un gaz incomplètement purifié, le formène pur étant dépourvu de toute action anesthésique.

Formène monochloré. — Passons maintenant au premier dérivé chloré du formène, c'est-à-dire au formène monochloré Cfl'CI, qui s'appelle communément le chlorure de méthyle.

J'ai déjà insisté sur la nécessité de préparer ces produits dans un état absolu de pureté. Le chlorure de méthyle de MM. Regnauld et Villejean avait été obtenu par éthérification de l'alcool méthylique pur et purifications, jusqu'à ce que le gaz obtenu fût soluble, intégralement et sans aucun résidu, dans l'acide acétique cristallisable. Ce chlorure de méthyle est un gaz à la température ordinaire ; en effet, il bout à — 23**7; il a une densité de 0,991. Nous verrons plus lard combien ce produit est précieux, précisément en raison de ce point d'ébullilion extrêmement bas, pour réaliser l'analgésie locale par réfrigération, mais pour le moment nous ne nous occupons que de son action hypno-anesthésique générale.

Tout d'abord, un fait important à remarquer est celui-ci : la substitution d'un atome de chlore à un atome d'hydrogène fait apparaître dans le formène des propriétés anesthésiques. Ce n'est pas que ces propriétés anesthésiques soient très marquées; mais cepen-

ACTION ANESTHESIANTE 283

danl on peut arriver, avec le chlorure de méthyle, à déterminer une anesthésie plus ou moins^ profonde chez les animaux ; et cette ânesthésie présente une très remarquable analogie, dans les effets obtenus, avec ceux offerts par Tinhalation du chloroforme.

On voit, au début, de la dilatation pupillaire, bientôt suivie d'une période d'agitation généralisée pendant laquelle Tanimal pousse souvent de légers cris; parfois même, on peut observer quelques mouvements convulsifs. Puis, après un temps plus ou moins long, suivant la durée pendant laquelle se fait Tinhalation et Ténergie des mouvements respiratoires, on voit disparaître le réflexe cornéen et le réflexe palpébral. La résolution musculaire s'établit d'une façon moins marquée que cela ne se produit avec le chloroforme ; et elle ne se montre qu après un temps plus ou moins long, suivant la quantité de gaz inspiré, mais elle peut être suffisante pour réaliser une opération chirurçicale.

Très rarement, on voit des contractures passagères des membres comme celles qu'on observe quelquefois avec le chloroforme et comme celles qu'on rencontre d'une façon constante avec les autres produits dont il me reste à vous parler. Jamais de contracture persistante des membres ou des muscles du cou, jamais de nyslagmus, comme cela se produit toujours avec les autres dérivés chlorés que nous allons étudier tout à l'heure.

On peut dire que le chlorure de méthyle est un anesthésique moins efficace, moins intense que le chloroforme : Thypno-anesthésie déterminée par le chlorure de méthyle est moins profonde que celle déterminée par le chloroforme; et, d'autre part, le poids de chlorure de méthyle nécessaire pour déterminer une anesthésie est, de beaucoup, plus considérable que le poids de chloroforme suffisant pour déterminer une hypno-anes thésie égale.

En prenant comme termes de comparaison les mélanges à 10 p. 100 tels que ceux utilisés dans la méthode de Paul Bert dont je vous ai parlé, on voit que, dans un pareil mélange, le rapport en poids du chloroforme à l'oxygène est de 0,312, la consommation par minute 1 gr. 15 de chloroforme pour un animal donné; pour le même animal, avec le chlorure de méthyle, le rapport en poids est de 4,11 et la quantité de chlorure de méthyle inhalé est de 2 gr. 70 par minute : les proportions sont donc notablement différentes.

Pour le chlorure de méthyle, comme pour le chloroforme, il y a

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une limite inférieure au-dessous de laquelle Tanesthésie ne se produit plus; on voit seulement quelquefois des accidents quand l'inhalation de ce mélange est effectuée pendant un temps suffisamment considérable, de même que cela a lieu, mais avec une beaucoup plus grande facilité, pour le chloroforme. Dans une expérience de Regnauld et Villcjean le rapport en poids du chlorure de méthyle à Toxygène n'étant que de 1,56, et Tinhalation représentant une consommation de 1 gr. 27 par minute, on ne vit pas la moindre anesthésie après 44 minutes d'expérience, bien que Tanimal eût inhalé pendant ce temps 86 grammes de chlorure de méthyle. Une propo^ tion semblable de chloroforme aurait été toxique; je vous rappelle que, même dans les expériences à l'aide des mélanges titrés, Tinhalation détermine toujours la mort de l'animal quand elle dure un certain temps.

L'anesthésie est peu profonde sous l'influence du chlorure de méthyle, la période de retour est très courte et l'animal revient rapidement à son état normal ; ce qui est une conséquence inévitable de cette faible intensité de l'anesthésie. Chez le chien, une période de 2 à 3 minutes, au plus, sépare l'anesthésie et la résolution musculaire du moment où les fonctions physiologiques reprennent leur cours normah L'élimination du chlorure de méthyle s'accomplit beaucoup plus facilement et plus rapidement que celle des autres anesthésiques.

Formène bichloré. — Le dérivé chloré du formène qui vient immédiatement après le chlorure de méthyle est celui qui a pour formule GH'CP et qui porte le nom de chlorure de méthylène ou chlorure de méthyle chloré.

Vous vous rappelez sans doute que je vous ai cité, à propos de la Commission anglaise, des faits établis par Richardson et Spencer- Wells en 1867, desquels il résultait que, par l'emploi d'une substance appelée chlorure de méthylène, ils avaient obtenu une anesthésie intense; ils avaient trouvé, dans l'emploi de ce corps, un anesthésique aussi puissant, plus actif même, disaient-ils, que le chloroforme.

Il faut faire ici une distinction entre le chlorure de méthylène vrai et le produit employé par Richardson et Spencer- Wells, produit qu'on a appelé pseudo-chlorure de méthylène. En effet les recherches de Regnauld et Villejean ont démontré que ce produit n'était rien autre

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