‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 201 sur 406 · PSEUDO-CHLORURE DE MÉTHYLÈNE · texte numérisé non relu

PSEUDO-CHLORURE DE MÉTHYLÈNE

chose qu'un mélange de 70 parties de chloroforme et de 30 parties dalcool méthylique, ou, ce qui revient au même, un mélange de quatre volumes de chloroforme et d'un volume d'alcool méthylique. La bonne foi de Richardson et de Spencer- Wells était au-dessus de tout soupçon; ils avaient été trompés par le préparateur de ce mélange, qui le leur avait donné comme constituant un composé spécial défini.

Ce mélange, vous vous le rappelez sans doute d'après les résultats delà Commission anglaise, est un bon mélange anesthésique; il est capable d'exercer une inQuence graduelle sur les centres nerveux, influence qui s'exerce sans complications : pas de suspension des fonctions respiratoires et circulatoires; l'élimination est rapide, plus rapide que celle du chloroforme. Il y a des accidents seulement à dose exagérée, et ils sont naturellement imputables au chloroforme, qui, à dose exagérée, détermine toujours des accidents; on voit quelquefois des vomissements comme on en voit presque toujours avec le chloroforme.

Mais, ce n'est pas de ce corps que je veux vous entretenir pour le moment; il est normal de voir ce mélange déterminer une action anesthésique, puisqu'il renferme du chloroforme.

Le formène bichloré sur lequel ont expérimenté MM. Regnauld et Villejean était préparé par réduction du chloroforme au moyen de la tournure de zinc en présence d'une solution étendue de sulfate de cuivre. La purification du produit de la réaction était réalisée à l'aide de distillations fractionnées et de la série des traitements applicables au chloroforme et que je vous ai précédemment décrits. Il constitue un liquide bouillant à il'^G et d'une densité de 1,36 à 0^.

Le véritable chlorure de méthylène, le composé CH^Cl*, se conduit autrement quand on l'expérimente sur les animaux. En elTet ce chlorure de méthylène détermine une action tellement intense, tellement toxique sur les animaux, qu'il est absolument certain, comme le font remarquer Regnauld et Villejean dans leur travail, que jamais les auteurs anglais n'ont opéré avec du vrai chlorure de méthylène.

En effet, au bout d'une demi-minute d'inspiration de ce chlorure de méthylène, l'action physiologique se traduit chez l'animal par de l'agitation et de légers cris; au bout d'une minute et demie, on voit de la dilatation pupillaire, un commencement d'insensibilité cornéenne,

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du nystagmus. Au bout de deux minutes, les réQexes cornéens et palpébraux sont abolis complètement, Tinsensibilité est généralisée, le nystagmus persiste. Au bout de trois minutes, on voit survenir chez ranimai des mouvements cloniques simulant la natation : en général ils affectent surtout les membres et la queue chez le chien ; et, même lorsque les mouvements respiratoires restent normaux, ces mouvements cloniques sont constants chez tous les animaux. Au bout de quatre minutes, persistance des mêmes phénomènes auxquels viennent se joindre des contractures musculaires tellement intenses qu'il est nécessaire de suspendre rapidement l'inhalation si Ton ne veut pas amener, dans un bref délai, la mort de lanimal.

La période de retour ne s'établit qu'au bout de six à dix minutes. On voit réapparaître le réflexe cornéen, mais persister la contracture musculaire et surtout la contracture des mâchoires, qui est un des phénomènes les plus remarquables pendant toute la durée de l'opération. De plus, lors du retour à l'état normal, il est extrêmement fréquent de voir l'animal sur lequel l'expérimentation s'effectue passer par une période d'attaque choréiforme, ou épileptiforme. Mais ce que l'on observe d'une façon constante, alors que les phénomènes de la période de retour diminuent d'intensité, ce sont des contractures, des convulsions; des hallucinations terrifiantes, si Ton en juge par l'aspect effrayé et craintif de l'animal.

Souvent même, ces attaques se produisent dès les premières inhalations de chlorure de méthylène ; et l'on voit s'établir ces contractures rappelant le tétanos slrychnique, accompagnées de trismus, de strabisme, d'hallucinations, qui persistent pendant toute la durée de l'inhalation. Ces contractures, permanentes ou temporaires, peuvent alterner avec des crises choréiques ou épileptiformes. On ne voit cesser ces mouvements désordonnés et survenir la résolution musculaire qu'au moment où se produit la syncope respiratoire mortelle à laquelle on ne peut soustraire l'animal.

Il y a donc de la part du chlorure de méthylène, comme résultat de sou action physiologique, une excitation extrêmement intense de la moelle qui ne fait place à la paralysie que lorsque le bulbe est atteint à son tour ainsi que les centres respiratoire et circulatoire. C'est la syncope respiratoire secondaire qui est ici la plus importante, la syncope cardiaque la suivant presque immédiatement.

Formène trichloré. — Le troisième dérivé chloré du formène.

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c est le chloroforme^ dont je vous ai retracé avec détails Taction physiologique.

Formène tétrachloré . — Reste à voir ce que donne, au point de vue de Texpérimentation physiologique, le quatrième dérivé chloré du formène, le formène tétrachloré \ c'est le composé qui a pour formule CCI* et qu'on appelle aussi formène perchloré, per chlorure de carbone^ méthane tétrachloré.

Le formène tétrachloré que MM. Regnauld et Villejean ont utilisé pour leurs expériences avait été obtenu soit au moyen de Tinfluence exercée par la radiation solaire sur un mélange de chlore et de chloroforme, soit par la réaction du chlore sur le sulfure de carbone en présence d'une petite quantité d'iode. Dans tous les cas, le produit de la réaction était soumis à une purification rigoureuse, de façon à éliminer tous les produits sulfurés ou chlorés étrangers au formène tétrachloré; et ce dernier était considéré comme pur lorsqu'il ne produisait ni précipité ni coloration par ébullition prolongée avec une solution alcoolique d'azotate d'argent ammoniacal, lorsqu'il distillait intégralement à 78*^ et que sa densité à O"" était de 1,63.

Celui-là se conduit comme un anesthésique extrêmement dangereux, quelles que soient les circonstances dans lesquelles on l'administre, c'est-à-dire quelle que soit la quantité d'air ou d'oxygène avec laquelle on le mélange. La phase d'agitation qui signale le début de l'action anesthésique présente une remarquable durée ; on voit les réQexes oculaires et tendineux persister pendant toute la durée de l'opération, alors qu'ils sont abolis d'une façon constante avec les autres dérivés chlorés du formène ; et, à cela viennent se joindre des contractures, des mouvements cloniques ou choréiques moins prononcés et moins persistants peut-être qu'avec le chlorure de méthylène, mais dans tous les cas bien appréciables.

La phase d'agitation présente une très remarquable durée ; elle est accompagnée de mouvements saccadés de tous les membres : quelquefois, ces mouvements sont localisés aux muscles du cou, des mâchoires, des yeux. Ces différentes manifestations rendent difficUe la constatation de l'anesthésie et de l'analgésie, les contractures du diaphragme faisant craindre continuellement une apnée mortelle.

L'analgésie n'apparait qu'après une période très prolongée d'agita-

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