‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 227 sur 406 · TECHNIQUE DE L'ADMINISTRATION DE L*ÉTHER · texte numérisé non relu

TECHNIQUE DE L'ADMINISTRATION DE L*ÉTHER

qu'il arrive fréquemment que les malades, étant surpris par les premières inhalations des vapeurs d'élher, éprouvent de ce fait une surexcitation déterminée chez eux par un sentiment de défense que provoque la sensation d'asphyxie; c'est un combat en quelque sorte, une répugnance au moins, dans tous les cas, à respirer ces vapeurs d'éther; on arrive alors difficilement à leur faire accepter l'inhalation franche des vapeurs d'éther, et l'anesthésie peut ne pas se produire. Lorsqu'au contraire on accoutume l'individu à respirer un mélange progressivement plus riche en vapeurs d'éther, l'inhalation franche des vapeurs d'éther en masse se fait plus facilement; et c'est la raison pour laquelle Julliard conseille d'habituer d'abord le malade à l'odeur d'éther en tenant le masque à une certaine distance de la figure. Puis, au bout de quelques secondes, lorsque l'opérateur voit que le sujet paraît être assez accoutumé à cette odeur, on applique brusquement le masque en totalité sur le visage du malade et on lui fait respirer une atmosphère constituée, presque exclusivement, par des vapeurs anesthésiques.

En même temps, il est nécessaire de conseiller à l'individu qu'on anesthésie de respirer par le nez, parce qu'ainsi les vapeurs d'éther sont plus intimement mélangées à l'air, en quelque sorte tamisées à travers l'appareil olfactif, et offensent moins les voies respiratoires.

Au bout d'une ou deux minutes, on verse une seconde dose de 20 grammes d'éther et on recouvre le masque, extérieurement, d'une serviette, pour empêcher les vapeurs de se répandre trop facilement dans l'atmosphère ambiante, pour condenser en quelque sorte autour de la figure du malade l'atmosphère éthérée qu'il doit respirer. De temps en temps, on soulève le masque pour apprécier la marche de l'hypno-anesthésie par l'aspect que présente le visage du patient, pour examiner le réflexe palpébral; et, souvent, ajoute Julliard, le sommeil survient à la seconde affusion de 20 grammes d'éther : il est rarement nécessaire de faire intervenir une troisième dose de 20 ou 30 grammes d'éther pour avoir une anesthésie suffisante.

Julliard recommande également, dans certains cas, l'emploi préalable d'une injection de morphine ou de l'injection atropo-morphinique sur laquelle nous reviendrons plus tard, lorsque- nous étudierons les procédés dits < mixtes >» ; je ne fais en ce moment que vous indiquer ce point.

APPAREIL DE WANSCHER 321

De plus, ainsi que je vous Tai déjà signalé, mais il n*est pas inutile d'y revenir, il faut observer un calme parfait auprès du malade dès les premières vapeurs d'éther qu'on lui fait inhaler. J'ai appelé votre attention sur ce fait de la suracuité extrême de l'ouïe chez ces sujets ; il faut donc s'abstenir de toute réflexion sur leur état, car cela pourrait avoir, au point de vue moral, une répercussion extrêmement fâcheuse sur l'individu. Il faut encore observer un calme et un silence parfaits, afin d'éviter justement les causes extérieures qui pourraient provoquer chez le malade l'apparition de cette agitation dont nous nous occuperons tout à l'heure, agitation qui est quelquefois telle, quand on a eu la malchance de la voir s'établir, qu'il est impossible d*en venir à bout et que l'on doit renoncer à l'anesthésie, au moins à l'aide de l'éther.

Enfin Julliard recommande de ne pas employer le procédé d'anesthésie étouffante, c'est-à-dire le procédé qui consiste à saturer brusquement le malade, au début, par une quantité énorme de vapeur d'éther et dans lequel l'asphyxie joue le principal rôle.

A côté de cet appareil, un autre qui est fréquemment employé maintenant, depuis quelques années surtout, est dû au danois Wanscher. Voici cet appareil, d'une extrême simplicité, et qui présente des avantages et des inconvénients sur le masque de Julliard. Cet appareil est, comme vous le voyez, constitué par une vessie de caoutchouc qui cube environ deux litres, laquelle est reliée au masque inhalateur par un tube d'une largeur de 2 centimètres environ. Ce masque, en caoutchouc à demi rigide, vient s'appliquer sur la bouche et le nez, qu'il enferme complètement, ce qui oblige le patient à respirer le mélange d'air et de vapeurs d'éther contenu dans l'espace vide ; de sorte qu'après avoir versé dans le réservoir 200 à 250 centimètres cubes d'éther, quantité suffisante pour obtenir Tanesthésie et l'entretenir pendant une heure ou une heure et demie, on n'a plus besoin de renouveler la provision d'éther. C'est là un des avantages de ce dispositif : on a du premier coup dans l'appareil la totalité de l'éther qui va servir pendant toute l'opération.

Il faut commencer, comme je le disais tout à l'heure à propos du masque de Julliard, par habituer l'individu que Ton doit aneslhésier à l'odeur de l'éther : pour cela on lui promène pendant quelque temps devant les orifices respiratoires l'embouchure de l'appareil ; puis quand on voit que le sujet s'accoutume à celte odeur de l'clher,

Page 1