ÉTHER CHLORHYDRIQUE
localisée, sur ces deux éthers, et plus particulièrement sur le chlorure de méthyle : je ne vous parlerai aujourd'hui du chlorure d'éihyle que pour le mettre en parallèle avec son isologue, le bromure d'éthyle, dont l'importance au point de vue de la réalisation de rhypno-anesthésie, nous arrêtera plus longtemps.
Chlorure d'éthyle. — Le chlorure d'éthyle ou éther chlorhydrique est un liquide incolore, extrêmement mobile, qui possède une odeur forte et aromatique, une saveur sucrée et légèrement alliacée, qui est très soluble dans Talcool, peu soluble dans Teau; d'une densité de 0,921 à 0**; il bout à la température de W. Aussi, est-ce une substance des plus recommandables pour effectuer l'analgésie, c'esl-à-dire l'anesthésie localisée, pour servir en pulvérisations; et c'est précisément à ce point de vue qu'il se rapproche de son homologue inférieur le chlorure de méthyle. Nous avons vu que ses propriétés anesthésiques, tout en n'étant pas discutables, ne possédaient qu'une valeur très secondaire; aussi n'est-il pas utilisé pour produire l'hypno-anesthésie.
Sa volatilité extrême en fait, au contraire, un excellent anesthésique local. De plus, il est utilisé d'une autre façon encore : lorsqu'il est mélangé à son poids d'alcool, il forme alors Véther muriatique alcoolisé àe la pharmacopée ancienne, dont les propriétés, à la fois stimulantes etanodynes, étaient fréquemment utilisées.
Broxure d*étryle. — Comme je vous l'ai fait remarquer précédemment, la substitution du brome au chlore a imprimé au bromure d'élhyle des propriétés hypno-anesthésiques tout à fait remarquables, et cet éther a pris dans ces dernières années une extension assez considérable : actuellement les procédés d'hypno-anesthésie empruntent presque tous, au moins au début, le concours du bromure d'éthyle.
Je ne m'étendrai pas sur le mode de préparation de ce corps ; je vous signalerai seulement ce fait, sur lequel je crois avoir déjà suffisamment insisté, de l'utilité absolue d'avoir ce produit dans un état de pureté parfaite; pour tous ces éthers, ce sont les procédés de purification qui sont, de beaucoup, les plus importants. Comme moyen de purification du bromure d'éthyle, on emploie un procédé qui se rapproche très étroitement de celui que j'ai eu à vous décrire à propos de l'éther et sur lequel, par conséquent, il n'est pas utile d'insister.
344 ÉTHER BROMHYDRIQUE
Lorsque le bromure d'éthyle a été convenablement purifié par les procédés que je vous ai indiqués, il constitue un liquide incolore, très mobile, d'une odeur agréable, fortement réfringent, mais qui possède une propriété désavantageuse, celle de s'altérer sous l'influence de la lumière. Aussi est-il absolument indispensable de conserver le bromure d'éthyle qu'on réserve pour Tanesthésie dans des flacons de petite capacité et en verre coloré, afin de porter à son minimum cette action nocive exercée par la lumière. Sa densité est de 1,473 à 15^ et 1,495 à 0*» ; il bout à la température de 38-5. C'est donc, au point de vue de l'anesthésie, un produit très avantageux à cause de sa volatilisation facile. De plus, il possède une propriété qui le rend encore extrêmement utile au point de vue de l'analgésie locale, qu'il peut réaliser facilement, précisément à cause de son point d'ébullition fort peu élevé; il possède sur réther l'avantage de n'être point inflammable. Je vous rappelle que les vapeurs d'éther mélangées avec Tair constituent des mélanges détonants extrêmement violents; il n'en est pas ainsi des vapeurs de bromure d'éthyle ; on peut, par exemple, employer le thermocautère sous un jet de vapeur de bromure d'éthyle, ce qui serait absolument impossible à réaliser, sans danger d'explosion et d'incendie, avec l'éther ordinaire.
A côté de ce bromure d'éthyle on a signalé comme étant une substance anesthésique le bromure d'éthylène. J'insiste sur ce point, parce que c'est une erreur capitale qui pourrait entraîner à des résultats fort graves. Le bromure d'élhylène est, en efi'et, exclusivement, une substance toxique, énergiquement toxique, et qui ne jouit en aucune façon de propriétés hypno-anesthésiques : il se comporte en cela comme le chlorure d'éthylène dont je vous ai parlé. J'insiste d autant plus sur ce point qu'on a donné, comme procédé de purification du bromure d'éthyle altéré sous l'influence de la lumière, un manuel opératoire qui, à mon avis, n'est pas sans danger.
Voici du bromure d'éthyle qui, comme vous le voyez, est assez fortement coloré par suite de sa décomposition sous l'influence de la lumière. La couleur jaune, tirant sur le rouge-brun, est un indice de la présence de brome à l'état libre et de dérivés bromes d'hydrocar- Imres. On a proposé, pour ramener à son état ordinaire, c'est-à-dire pour purifier, le mot est très exact, ce bromure d'éthyle ainsi altéré par l'action de la lumière, on a proposé de l'agiter avec de la tour-
ACTION HYPNO-ANESTHÉSIQUE 345
nure d'argent. Vous voyez en effet que la simple agitation en présence de la tournure d'argent décolore immédiatement ce bromure d'éthyle tout à Theure si fortement coloré; en décantant le produit vous voyez qu'il est absolument incolore.
Cette purification semble, au premier abord, donner des résultats absolument parfaits ; elle n'a pour moi qu'un inconvénient, mais il est grave, c'est qu'elle peut donner naissance à du bromure d'élhylène et, à cause de la toxicité du bromure d'élhylène, je crois qu'il faut absolument repousser pour la pratique de l'anesthésie le bromure d'éthyle purifié par ce procédé.
Le bromure d'éthyle est un excellent anesthésique local; je vous en reparlerai quand nous traiterons des procédés d'analgésie localisée. Il a l'avantage de ne pas être inflammable, et, en outre, d'être beaucoup moins irritant que Féther.
Occupons-nous, pour le moment, de son action comme hypno-anesthésique général, c'est beaucoup plus important. Celte action» hypnoaneslhésique avait déjà élé reconnue par Nunneley, de Leeds, en 1849. Il avait remarqué que, sous l'influence du bromure d'éthyle, on obtenait, chez les animaux tout au moins, une anesthésie intense et prompte; peu ou même pas d'excitation; une congestion assez notable de la face et du cou ; des pulsations cardiaques rapides ; une accélération de la respiration qui devenait bruyanle, slertoreuse; de la dilatation pupillaire; ce qui rapprochait, comme vous le voyez, dans une assez large mesure, l'action du bromure d'éthyle de celle exercée par l'éther. De plus, il avait noté que son action hypno-anesthésique était courte, qu'elle ne se prolongeait pas, que le réveil étail facile et beaucoup plus rapide qu'avec les autres substances employées dans le même but.
Depuis, l'étude de ce produit a été reprise; et, actuellement, je me bornerai à vous signaler, comme je l'ai fait pour l'éther, les points par lesquels l'influence exercée par le bromure d'éthyle sur l'organisme huniain diffère de celle que nous avons reconnue au chloroforme et à l'éther.
Voyons, pour commencer, quelle est son action sur le système nerveux. L'action anesthésique exercée par le bromure d'éthyle est très puissante et elle est surtout remarquable, comme l'a reconnu Nunneley, par la rapidité de sa production et une très grande brusquerie dans sa cessation; de plus, elle disparaît sans laisser de traces.
ce qui ne se réalise pas avec Télher, et à plus forte raison encore avec le chloroforme. La plupart du temps, la période d'agitation est à peu près nulle ; Faction irritante est réduite, on peut le dire, absolument au minimum et, par conséquent, tout danger de syncope primitive, de syncope laryngo-réflexe se trouve par le fait écarté.
On peut synthétiser ces résultats en disant que le bromure d'éthyle produit une atténuation immédiate de la sensibilité périphérique des muqueuses laryngées, nasales et môme de la muqueuse bronchique et que, grâce à cette propriété, il n'y a pas à redouter les irritations à la suite desquelles peuvent se produire les syncopes primitives d'origine réflexe. D'autre part, la moelle, le bulbe et les hémisphères cérébraux sont certainement plus sensibles encore à l'action du bromure d'éthyle qu'ils ne le sont à l'action de lether ou à celle du chloroforme. Cela explique que la phase d'agitation soit si brève, et quelquefois même qu'elle ne se présente pas du tout. On observe une atténuation considérable de l'excitabilité nerveuse centrale, avec diminution non moins marquée de la réflectivité bulbo-médullaire.
Un point qui, par certains côtés, réalise des avantages et, par d'autres, des inconvénients, est celui-ci : il y a un écart notable entre l'impressionnabililé de la moelle et celle des hémisphères cérébraux, écart beaucoup plus considérable que celui qu'on peut observer sous l'influence de l'éther ou sous l'influence du chloroforme. La perte de la connaissance, de la conscience de soi, est très rapide sous l'influence du bromure d'éthyle et ne demande, en général,. pas plus de une à trois minutes; mais l'anesthésie vraie, c'est-à-dire l'anesthésie utilisable pour les opérations, est beaucoup moins rapide; et, en général, il s'écoule toujours une période de trois à cinq minutes entre le moment de la perte de la conscience et celui de l'anesthésie confirmée. De sorte qu'il s'écoule ainsi un temps relativement assez long entre le moment où le bromure d'éthyle vient frapper le cer- • veau et celui où il vient toucher la moelle. C'est là, si Ton veut, une condition avantageuse, favorable, au point de vue de certains accidents qui peuvent être évités; mais c'est une condition désavantageuse au point de vue de l'opération chirurgicale en elle-même, parce que, grâce à cette période de temps assez considérable, la persistance des réflexes moteurs dure jusqu'à ce que l'insensibilité soit parfaite, parfois même au delà; c'est-à-dire, en d'autres termes, que
la résolution musculaire est tout au moins tardive, quelquefois même insuffisante, incomplète.
Sur le cœur et les vaisseaux, le bromure d'éthyle exerce une action assez difTérente de celle que nous avons reconnue au chloroforme et qui se rapproche davantage de l'action exercée par Télher. C'est d'abord la vaso-dilatation, au lieu de la vaso-constriclion que nous savons être exercée par le chloroforme; puis, comme conséquence de cette vaso-dilatation, une diminution de la pression sanguine. Le bromure d'éthyle exerce également une action directe sur le cœur, aussi bien sur le muscle que sur les ganglions cardiaques. C'est en définitive, à la limite, si vous voulez, un poison du myocarde; bien que d'une intensité moindre que le chloroforme. Je vous en donnerai tout à l'heure une preuve manifeste en plaçant des grenouilles, dont le cœur sera mis à découvert, sous des cloches dont l'atmosphère sera saturée, repectivement, avec du chloroforme, avec de l'éther et avec du bromure d'éthyle. Vous verrez se reproduire cette expérience que je vous ai déjà montrée : tandis que l'arrêt du cœur de la grenouille est assez rapide sous l'influence du chloroforme, cet arrêt est au contraire fort lent à se produire sous l'influence de l'éther ; et, sous l'influence du bromure d'éthyle, le temps nécessaire pour la réalisation de cet arrêt est intermédiaire entre celui nécessité par l'éther et celui nécessité par le chloroforme. De plus, et c'est là un point à l'avantage du bromure d'éthyle, lorsque le cœur de la grenouille s'est une fois arrêté sous l'influence des vapeurs d'éther bromhydrique, si l'on soustrait l'animal à celte atmosphère, au bout d'un certain temps le cœur peut revenir à son état normal et reprendre ses contractions, ce qui n'arrive pas, vous le savez, avec le chloroforme.
Quant à la respiration, sous l'influence du bromure d'éthyle, elle augmente de fréquence au début, puis elle ne tarde pas à se régulariser, pour se ralentir ensuite. Lorsque l'inhalation est poussée trop loin, c'est-à-dire lorsqu'on fait ce que nous avons appelé Vanesthésie à outrance par le bromure d'éthyle, on observe que l'arrêt respiratoire précède l'arrêt du cœur : c'est ce que nous avons vu avec l'éther, et c'est en même temps ce qui permet, jusqu'à un certain point, de concevoir la possibilité, au moyen de la respiration artificielle, d'arriver à parer aux inconvénients de la syncope respiratoire qui peut se produire sous l'influence du bromure d'éthyle.
tm EXCITATION GLANDULAIRE. — APNÉE TOXIQUE
L'excitation glandulaire, sous Tinfluence du bromure d'éthyle, est extrêmement vive; on observe toujours de la sudation, du ptyali^me, du larmoiement : parfois même, quelques-unes de ces nianirestations sont assez exagérées pour constituer une gêne intense et pour obliger de suspendre rapidement l'action de l'éther bromhydriqiie.
Sous l'influence de cet hypno-anesthésique la syncope tertiaire, c*cst ù-iUre Tapnée toxique, revêt une gravité extrême : lorsque Téconomîe est saturée de vapeurs de bromure d'éthyle, la mort de l'élément aaatomique se produit avec une extrême rapidité, ainsi que nous 1 avons vu d'ailleurs pour le chloroforme et, quoique à un degré niuiiHlie, pour l'éther. Lorsque cette saturation est arrivée, lesaccidcnls qui en résultent sont d'une gravité extrême; et il est à peu près impossible d'y remédier par quelque procédé que ce soit.
Eu définitive, le bromure d'éthyle est surtout recommandable, de Tavis lie tous les chirurgiens, pour les petites opérations, c'est-àdire celles qui ne demandent qu'une très courte durée, notamment l>our les opérations dentaires, ou bien pour obtenir une anesthésie rapide qu'on peut continuer ensuite, sans inconvénients, avec le chloroforme. C'est, en effet, ce procédé qui, dans beaucoup de circonstances, est adopté maintenant par un très grand nombre de chirurgiens afin d'éviter les accidents du début de l'anesthésie. On comnionnt^ Tanesthésie à l'aide du bromure d'éthyle, puis lorsque la péritMJe de résolution musculaire est, sinon complètement apparue, du niuins sur le point d'apparaître, on substitue le chloroforme au bromure d'éthyle; et l'on peut ainsi faire persister une anesthésie pondant un temps assez considérable, après avoir évité, d'une part, h's (hnigers assez graves de la première période de l'hypnoanes- Ihésît;, d'autre part, le danger non moins sérieux de l'apnée toxique qui apparaît d'une façon relativement précoce avec le bromure d'étliyle employé seul.
Je résumerai de la façon suivante les avantages et les inconvénients de l'emploi de cet anesthésique. Ses avantages consistent dans lu rapidité d'action, l'absence d'agitation, la facile production du (analgésie, c'est-à-dire que, fréquemment, bien avant que l'individu suit en état de résolution musculaire utile pour pratiquer une opération chirurgicale, il est insensible à la douleur; puis, la sécurité que cet hypno-anesthésique présente relativement aux
syncopes primitives, et même aux syncopes secondaires, puisque nous avons vu que l'accident à redouter pour les syncopes secondaires était surtout la syncope respiratoire, contre laquelle nous somme» efficacement armés.
Quant à ses inconvénients, c'est d'abord l'excitation glandulaire intense, déterminant une hypersécrétion qui se traduit le plus souvent du côté de l'appareil respiratoire par des râles, et qui peut aller jusqu'à la possibilité de l'obstruction des voies respiratoires par le liquide; une action nauséeuse qui est encore la conséquence de cette hypersécrétion : son action vaso-dilatatrice est aussi un inconvénient, au moins en ce qui regarde l'économie du sang; il en est de même de la résolution musculaire incomplète ou tardive, et celui-là est peut-être plus grave que d'autres. Mais le plus grave de tous les inconvénients, c'est l'impossibilité d'utiliser le bromure d'élhyle pour les opérations de quelque durée; il est vrai que cet inconvénient peut être facilement annihilé en substituant, comme je vous le disais tout à l'heure, le chloroforme au bromure d'élhyle pour la continuation de l'anesthésie.
Les alcooliques, les nerveux, les cardiaques, les brighliques, présentent vis-à-vis du bromure d'élhyle la même susceptibilité, c'est-àdire qu'on rencontre chez eux avec le bromure d'élhyle les mêmes dangers qu'avec le chloroforme. Enfin, il faut songer à ce fait que si le bromure d'élhyle n'est pas rigoureusement pur, comme je vous le disais tout à l'heure, il peut exagérer le danger des syncopes primitives. Si l'on se servait, par exemple, de bromure d'éthyle ayant subi une légère décomposition, la présence d'acide bromhydrique ou de brome en liberté est suffisante pour constituer des produits irritants, capables de déterminer, tout au moins, des affections bronchiques plus ou moins graves.
Le bromure d'éthyle s'élimine par les poumons principalement et par les reins. On a reconnu l'existence d'albumine dans l'urine des individus anesthésiés à l'aide de ce produit lorsqu'il était employé à doses élevées; et enfin, au point de vue de la modification de la composition des urines, on observe, sous son influence, une augmentation de l'acidité urinaire due sans doute à l'influence du brome, car ce même phénomène se remarque sous l'influence du bromure de potassium.
On a reconnu également, au point de vue de la pratique, qu'il y