AUTRES MODES D'UTILISATION
avait plus d'inconvénients à administrer au début des doses faibles que des doses un peu considérables. Sous Tinfluence de Tadministration de doses faibles, on peut voir, en effet, se produire plus ou moins énergiquement la période d'agitation qu'on peut si facilement éviter par l'administration de doses plus considérables.
Le manuel opératoire qui est recommandé actuellement par les chirurgiens qui prônent l'emploi du bromure d'éthyle est celui-ci : commencer par déterminer l'accoutumance, ainsi que je vous l'ai dit à propos de l'éther, en faisant inhaler d'abord de petites quantités de bromure d'éthyle; puis, verser tout d'un coup sur l'appareil servant à l'inhalation une dose de iS à 20 grammes qui amène très rapidement une anesthésie marquée : à ce moment, on substitue alors, si l'on veut faire une opération de longue durée, l'inhalation du chloroforme aux inhalations du bromure d'éthyle.
L'hypno-aneslhésie n'est pas le seul mode d'emploi du bromure d'éthyle, au point de vue de ses applications thérapeutiques; il possède, en effet, comme tous les éthers, une action antispasmodique, une action de stimulant diffusible, que nous avons vue également exercée par l'éther ordinaire. De plus, on lui reconnaît, en général, une action calmante, très énergique dans la gastralgie. On a également essayé les inhalations de bromure d'éthyle pour déterminer l'arrêt des accès d'épilepsie, des attaques d'hystérie; et on prétend être arrivé à quelques résultats lorsque ces inhalations ont pu être faites à un moment précédant d'assez près celui où l'attaque allait se manifester. On en aurait obtenu également de bons résultats pour la sédation des névralgies et des migraines, ainsi que des manifestations neurasthéniques et de l'exaltation psychique : la toux convulsive, la dyspnée sont aussi, fréquemment, améliorées par les inhalations ou par l'ingestion de bromure d'éthyle.
Dans les cas d'administration du bromure d'éthyle par voie d'ingestion stomacale, il est alors indispensable, à raison de sa faible solubilité dans l'eau, de l'incorporer à une potion assez fortement alcoolique.
lodure d'éthyle. — A côté du bromure d'éthyle, je vous indiquerai un autre produit, dont je ne vous dirai que quelques mots, c'est l'éther iodhydrique. C'est un liquide incolore lorsqu'il est convenablement purifié, mobile, d'une odeur douce, élhérée et un peu alliacée; sa densité est de 1,97S à 15''; il bout à 72". Il est peu soluble
ÉTHER lODHYDRIQUE 351
dans Teau; très soluble, au contraire, dans Talcool et Téther. Il est très altérable, beaucoup plus que ne Test Téther bromhydrique ; et, en raison de cette très facile altérabilité, il est impossible à utiliser pour Tanesthésie chez Thomme : il possède cependant des propriétés anesthésiques très marquées, qu'on peut facilement vérifier en Texpérimenlant sur les animaux. Le véritable intérêt de Téther iodhydrique consiste surtout dans son emploi comme médicament iodé, et cela en raison précisément de sa facile altérabilité, d'où, par conséquent, la mise en liberté d'iode dans l'organisme. Il a été préconisé pour le traitement d'un certain nombre d'affections spasmodiques, entre autres Tasthme, où Germain Sée le recommandait beaucoup; il a été préconisé également à titre de médicament iodé très efficace dans le traitement de la tuberculose, de la scrofule, de la syphilis et même du rhumatisme. Enfin, on l'a préconisé encore, toujours à titre de médicament iodé, et en raison de sa facile décomposition dans l'organisme, comme antidote des alcaloïdes, dans le but de les transformer en composés iodés insolubles. J'avoue qu'à ce dernier point de vue, je n'ajouterais pas la moindre confiance à l'emploi de l'éther iodhydrique ; sa décomposition dans l'organisme mettant à se produire un temps qui me paraît beaucoup trop considérable et permettant, par conséquent, aux alcaloïdes, contre l'action desquels on voudrait lutter, d'avoir développé leur action toxique avant que l'iode mis en liberté puisse les précipiter à Tétat insoluble. Cela me paraît être encore une de ces applications fausses, à la pratique thérapeutique, des données fournies par la chimie : elle entraîne en effet une foule d'hypothèses absolument erronées, telles que la persistance de l'alcaloïde, d'une part, de l'iode, d'autre part, à l'état isolé, sans qu'ils subissent la moindre modification de la part des liquides de l'organisme avec lesquels ils se trouvent en contact, sans qu'ils soient absorbés et circulent dans l'économie, etc., etc. Les prétendues applications des sciences exactes basées sur de pareilles conceptions sont plutôt faites pour nuire à ces sciences que pour montrer leur utilité.
Êther nitrcux. — Un autre éther, dont je ne vous dirai également que quelques mots, c'est l'éther nitreux. Il constitue, lorsqu'il est parfaitement pur, un liquide incolore qui se décompose avec une très grande facilité et qui se colore, dans ce cas, en jaune. C'est un liquide légèrement jaunâtre, mobile, d'une saveur acre et brûlante, d'une
aSt ÉTHER NITREUX
odour de pomme de reinette, d'une densité de 0,94 à 15**, bouillant k IT'^S : il est inflammable, facilement décomposable, si facilement même qne sa simple agitation avec de Teau suffît pour déterminer la décomposition de la majeure partie (un quart se dissout, les trois autres ijiiarts se décomposent) et à mettre en liberté de Tacide hypoaiotiq ue. Cet éther est peu, et on pourrait dire même pas, anesthésique ; son action sa rapproche beaucoup plus de celle de la nitro-glycérine ou des niLrites, ou encore de celle du nitrite d'amyle, que de celle des hypno-anesthésiques ; c'est-à-dire que c'est surtout un vaso-moteur à action dilatatrice; et, au point de vue hypno-anesthésique, on pourrait dire de lui ce que je vous disais tout à l'heure de Téther iodhydrique : il est beaucoup trop facilement décomposable pour trouver ion application à l'hypno-anesthésie.
Je vous signale seulement son utilisation, qui est très fréquente en Angleterre et en Amérique, où on l'emploie, mélangé à de l'alcool, €omine excitant et comme diurétique, sous le nom d'étker nitreux alcoolisé ou liqueur anodine nitreuse.
On connaît différents mélanges éthéro-alcooliques et provenant de la réaclion exercée par l'acide nitrique sur l'alcool : tous ces mélanges renferment des proportions variables de nitrite d'éthyle, de nilrate d'éthyle et d'alcool, ainsi que de quelques produits accessoires de la préparation ; notamment, de l'aldéhyde et du bioxyde irazote. La réaction qui se passe entre l'acide nitrique du commerce, raciJe ît 36* Baume et l'alcool à 90° est extrêmement violente : on recueille dans 2 parties d'alcool à 90° centésimaux les gaz qui se déga»gent au début de la réaction de 3 parties d'acide azotique sur 6 parties d'alcool; puis, lorsque l'effervescence s'est calmée, on chauffe, de façon à distiller le résidu jusqu'à ce que l'on ait obtenu 6 parties de Hquiile : il en résulte cette liqueur connue sous le nom de Liqueur anodine nitreuse. Sous le nom d'Esprit de nitre dulcifié ou d'acide aïotiiiue alcoolisé, on désigne un mélange de 300 grammes d'alcool à 90^, 78 grammes d'acide nitrique officinal et 22 grammes d'eau distillée : on en administre de 2 à 4 grammes en potion ou en tisane ; on s'en sert encore pour faire de la limonade, assez agréable au goûl, ea ajoutant 20 ou 30 grammes de ce mélange à 1000 grammes de sirop do sucre.
i:ilier acétique. — A côté de ce produit, un mot seulement de Véther acétique. Celui-là est anesthésique lorsqu'on l'emploie dans