DEFINITION DE LA PHARMACOLOGIE
vue le but que je me proposais et Tobjet de mon enseignement. On a prétendu que les classifications pouvaient, et même devaient, être différentes dans Fétude de la pharmacologie et dans celle de la thérapeutique. Tandis que les classifications basées sur les qualités naturelles des substances médicamenteuses conviendraient à la pharmacologie et à la matière médicale, les classifications fondées sur l'action physiologique ou sur la finalité, conviendraient seules à la thérapeutique, envisagée comme science des rapports des médicaments avec la vie et comme art des médications.
Eh bien, je ne saurais pour ma part partager cette manière de voir. La pharmacologie, telle que je l'ai définie tout à l'heure, est, il est vrai, la science du médicament, c'est-à-dire de sa composition intrinsèque, indépendamment de l'application clinique à laquelle on le destine. Elle étudie l'origine, la nature, les propriétés des agents susceptibles de ramener la vie à son type normal quand elle en est déviée. Elle étudie la façon dont un médicament est absorbé; comment il circule; le temps qu'il met à traverser l'économie, à se présenter aux voies d'élimination; la manière dont il influence la vie dans les deux règnes, végétal et animal, et dans les diverses espèces de chacun d'eux ; les électivités organiques qu'il manifeste. Ses desiderata sont la connaissance exacte de la composition intime des médicaments, de leurs effets immédiats et de leur action physiologique. En un mot, elle rassemble, utilise et coordonne les renseignements épars dans les différentes sciences à propos des agents médicamenteux.
Mais elle n'est, en somme, comme je vous l'ai déjà dit, que l'introduction indispensable à l'étude de la thérapeutique. Or, employer pour l'étude de celle-ci une classification différente de celle employée pour l'étude de l'autre, c'est jeter le trouble et la confusion dans les idées, renverser ce qui avait été édifié, obliger en quelque sorte à oublier ce qu'on a appris. L'étude des différentes branches des sciences qui doivent concourir, par leur mise en œuvre, au but final, la thérapeutique, est déjà bien assez ardue et pénible sans qu'on vienne encore ajouter, comme à plaisir, à ces difficultés.
De plus, la pharmacodynamie, la plus importante de beaucoup des subdivisions de la pharmacologie, a des rapports bien trop étroits avec la thérapeutique pour qu'il ne soit pas absolument nécessaire d'adopter une classification ou un arrangement qui puisse leur être commun.
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Telles sont les considérations qui m'ont engagé à vous proposer le schéma qui est représenté sur ce tableau pour la division des objets dont nous aurons à faire Tétude. J'ai cherché à diminuer autant que possible les subdivisions et à grouper les agents médicamenteux d'après leurs actions les plus saillantes. Il n'échappe pas à un vice commun à tout arrangement de ce genre; l'obligation de classer des médicaments à actions physiologiques multiples par rapport à une seule choisie plus ou moins arbitrairement; mais, je ne saurais trop insister sur ce point qu'il ne faut envisager dans ce tableau qu'un aide pour la mémoire et une division propre à faciliter l'étude. Ce schéma est basé tant sur l'action physiologique que sur la finalité thérapeutique; il tient à la fois des classifications proposées par Rabuteau et par Fonssagrives, et j'ai cherché à ne pas perdre de vue la maxime de ce dernier : < Savoir ce que l'on veut faire et le moyen de le mieux faire j».
N'oublions pas qu'en raison de la quantité de choses qui nous échappent encore, l'œuvre du présent ne peut se synthétiser que sous forme de systématisations provisoires, les généralisations définitives restant l'œuvre de l'avenir. Une classification rationnelle ne peut être que le couronnement de l'édifice, ce dont nous sommes encore bien éloignés.
Pas plus en pharmacologie qu'en thérapeutique, il ne faut vouloir trouver dans une classification la règle de conduite à tenir en présence d'une maladie ou la façon d'arriver à guérir; aucun arrangement, si parfait qu'on puisse le supposer, ne peut infuser à qui ne la possède pas la science des médicaments et encore moins celle des médications. Mais il faut une ligne de conduite pour qu'une étude soit profitable, et c'est là le seul service qu'on puisse exiger d'une classification. D'ailleurs, au fur et à mesure que la classification adoptée se perfectionne, on voit disparaître graduellement tous les défauts et les inconvénients qui en semblaient inséparables; les règles trop générales tirées des différences se corrigent par d'autres tirées des ressemblances ; on pénètre peu à peu jusqu'aux faits individuels; les distinctions, les exceptions elles-mêmes se classent; il en découle enfin d'autres systèmes toujours plus partiels; et, de cet ensemble d'opérations successives, dont les effets se rectifient ou se compensent mutuellement, on tire des résultats qui deviennent de jour en jour plus exacts et plus complets.