EFFETS DIFFERENTS SUIVANT LE DEGRE DE CONCENTRATION
de cette escarre que serait due l'absence de résorption de la cocaïne par la muqueuse.
Ces solutions phéniquées dont je viens de vous donner les titres ont été employées à maintes reprises pour Tablation des polypes des cordes vocales ou des fosses nasales, pour la cautérisation des amygdales. On les a utilisées également pour déterminer une analgésie de la muqueuse uréthrale pour pratiquer le sondage sans douleur et sans réactions de défense de la part du malade ; et même, pour faciliter les manœuvres de lithotritie. Sur la muqueuse vaginale, l'analgésie qu'on obtient est suffisante pour permettre d'exécuter des cautérisations, Texcision des végétations superficielles, pour pratiquer le curetage de l'utérus, et enfin, pour diminuer l'excitabilité réflexe dans le cas de vaginisme.
On a proposé l'emploi de solutions plus concentrées (à 4 pour 100) pour badigeonner le col de l'utérus pendant un accouchement douloureux. Sous l'influence de ces badigeonnages, la douleur serait amoindrie dans une très notable mesure; il est évident qu'elle ne peut pas être supprimée complètement, puisque le contact de la solution est superficiel, et qu'il faudrait, pour supprimer complètement la douleur, pratiquer des injections profondes dans l'épaisseur du col de l'utérus.
Pour analgésier la muqueuse gingivale, pour pratiquer des injections inlra-gingivales dans les cas de périostite, le badigeonnage^donne également de bons résultats et permet de faire pénétrer sans douleur, sans difficultés de la part du malade, l'aiguille de la seringue avec laquelle on pratiquera les injections intra-gingivales.
Enfin on a également recommandé l'emploi de cette solution à 2 pour 100 pour pratiquer le cathétérisme de la trompe d'Eustache. On a encore proposé d'employer l'instillation dans le conduit auditif externe de quelques gouttes de cette solution pour calmer la douleur; et l'injection dans la caisse du tympan, au moyen d'une sonde, dans le but de faire disparaître les bruits subjectifs qui s'observent dans le cas de catarrhe chronique de l'oreille moyenne. Ce résultat serait dû à l'action vaso-conslriclive et antiphlogistique de la cocaïne. Mais, il y a un point à retenir et sur lequel il est important d'insister; c'est celui-ci. On a observé des accidents extrêmement fréquents après rintroduclion des solutions de cocaïne à 5 pour 100 dans l'oreille moyenne, même lorsque cette introduction est faile
4o2 ACTION ANAPHRODISIAQUE
seulement à la dose de quelques gouttes. Les accidents produits n'ont pas été graves; ils ont consisté simplement en ce que nous avons appelé des alertes lors de Thypno-anesthésie par le chloroforme; mais enfin ces accidents ont été très nets et suffisants pour commander une grande réserve relativement à l'emploi de la cocaïne dans les circonstances que je viens d'indiquer.
Enfin on a proposé encore l'emploi de cette solution à 2 pour lOQ en pulvérisation sur la muqueuse nasale dans le but de prévenir les troubles respiratoires et cardiaques que peut déterminer l'anesthésie par certaines substances, notamment par le chloroforme. Je vous ai parlé de cela lorsque nous nous sommes occupé des méthodes d'anesthésie mixte ou combinée. On a proposé de faire dans ce but des pulvérisations de solution cocaïnée dans chacune des deux narines, en ne dépassant pas la dose de 2 à 5 centigrammes par narine.
On a recommandé également l'emploi de cette solution pour lutter contre l'état nauséeux de la grossesse et contre le mal de mer. On aurait même obtenu, dans ce dernier cas, des résultats particulièrement remarquables en pratiquant des injections épigastriques par la méthode dermique dont nous allons nous occuper dans un moment.
Enfin on a proposé encore l'emploi des badigeonnages sur la muqueuse nasale dans le but de diminuer, par un mécanisme réflexe qui semble encore assez obscur, les douleurs menstruelles.
Quant à l'analgésie des muqueuses œsophagienne et stomacale, elle peut rendre de grands services dans un certain nombre de cas, dans les cas de spasmes œsophagiens, par exemple chez les gaslralgiques et les cancéreux, et dans le cas de vomissements incoercibles.
Un point qu'il ne faut pas oublier, parce que, quelquefois, il excite l'émotion des malades lorsqu'ils s'en aperçoivent sans en avoir été prévenus, c'est celui d'une action anaphrodisiaque assez intense exercée par la cocaïne lorsque son emploi est répété pendant assez longtemps. Celle action anaplirodisiaque se produit d'une façon très brusque; elle est peu durable, mais il est bon d'en prévenir les malades afin qu'ils n'aient pas à cet égard une surprise désagréable et la crainte de voir durer cet état transitoire. J'ajouterai que cet effet anaphrodisiaque a été surtout constaté à la suite des badigeonnages sur les muqueuses nasale et pharyngienne.
J'en arrive maintenant aux injections dermiques ou interstitielles.
INJECTIONS INTERSTITIELLES 453
C'est de beaucoup le mode d'emploi le plus important de la cocaïne; aussi est-ce celui qui va nous arrêter le plus longtemps.
Ces injections dermiques, comme vous le savez, ont, en France, un représentant des plus autorisés dans la personne de M. Reclus. C'est lui, on peut le dire, qui a institué la méthode, qui l'a mise absolument au point; et les modifications qui y ont été apportées à l'étranger ne sont, en somme, que de bien petits perfectionnements de la méthode de ce chirurgien. Comme vous le verrez, on n'a pas encore fait mieux que ce qu'il avait fait, et pourtant les recherches, au point où elles en sont maintenant, donnent certainement lieu de concevoir l'espérance que, dans un temps peut-être pas très éloigné, l'emploi des anesthésiques généraux, du chloroforme, de Téther, du bromure d'éthyle, etc., sera réduit à son minimum et consacré exclusivement à des opérations pour lesquelles il est presque impossible d'arriver à employer la cocaïne, attendu qu'il faudrait alors faire usage de quantités telles du médicament qu'on serait dans l'impossibilité d'échapper à l'intoxication générale.
Voyons d'abord ce qui se passe lorsqu'on met au contact de l'épiderme intact une solution de cocaïne. Ici l'épiderme forme une barrière à peu près infranchissable, quelque concentrée que soit la solution de cocaïne dans l'eau, et même dans l'eau alcoolisée. On ne peut observer une action à travers la peau que si la quantité d'alcool de la solution est suffisante pour déterminer une irritation superficielle, une effraction de l'épiderme, qui permette à la solution de chlorhydrate de cocaïne de s'introduire sous le tégument cutané.
C'est ainsi par exemple qu'on n'a pu obtenir aucun effet des solutions de cocaïne à 20 pour 100 placées sur un épiderme absolument intact.
Mais si l'on vient à dépouiller la peau de son épiderme, au moyen d'un vésicatoire par exemple, on s'aperçoit que l'action de la solution de cocaïne se produit dans une plus ou moins large mesure, mais seulement si la peau est enlevée complètement et, surtout, si l'inflammation qui a succédé à cette ablation du tégument externe est suffisamment intense. Quand la surface cutanée est incomplètement dépouillée de son épiderme, il n'est pas rare de voir, lorsqu'on met au contact de cette surface des solutions de cocaïne, des parties profondément anesthésiées à côté d'autres régions dans lesquelles l'anesthésie est à peu près nulle ou tout au moins fort incomplète, grâce