CONTRE-INDICATIONS
de rindividu, mais je dirais bien plus volontiers à la cocaïnophobie de l'individu.
Il y a, vous le savez, des individus chez lesquels il est impossible de faire usage de certains médicaments parce qu'ils ont, au sujet de ces médicaments, une aversion, une terreur plus ou moins justifiée, et que vous êtes à peu près sûrs de voir se développer chez eux sous l'influence, non seulement d*une dose très minime, mais même de pilules de mie de pain qu'ils croiraient être composées de ce médicament, des accidents plus ou moins graves. Dans ce cas, il est bon de s'abstenir de l'emploi de la cocaïne. Il y a, à ce propos, des faits qui valent ceux que je vous ai rapportés à propos du chloroforme, par exemple, celui d'un individu qui se trouva mal au moment où on lui fit une piqûre avec un peu d'eau claire dans une gencive, alors qu'il s'imaginait qu'on allait lui faire une piqûre de cocaïne.
Les contre-indications relèvent d'ordres d'idées assez différents. On a d'abord dit qu'il était illogique de pratiquer des injections de cocaïne dans des tissus sans vitalité, dans des tissus en état d'asphyxie ou bien atteints de troubles trophiques; cette manière de voir me semble tout à fait en concordance avec Faction certainement nécrosante de la cocaïne dans certaines circonstances, ou, si vous ne voulez pas admettre cette locution, peut-ôlre un peu exagérée, d'action nécrosante, au moins lorsqu'il s'agit de solutions à titre faible, avec l'action diminuant la valeur biologique du tissu sur lequel agit la cocaïne.
D'autre part, M. Reclus insiste beaucoup sur ce fait que, dans ce qu'il appelle les opérations non réglées, la cocaïne est plutôt nuisible qu'utile. Par opérations non réglées, il faut entendre celles dans lesquelles on peut se trouver exposé à aller beaucoup plus loin qu'on ne pensait; il cite, par exemple, ce fait, que rien n'est plus simple et plus facile que de réaliser l'extirpation d'un sein après l'emploi de piqûres de cocaïne comme il Ta indiqué, mais on peut être entraîné, à la suite de celte extirpation, à la poursuite de ganglions souvent très éloignés de la région dans laquelle l'analgésie a été pratiquée et on peut arriver alors à faire des délabrements dont rétendue ne peut pas être soupçonnée à l'avance; c'est cela qui pour lui constitue le type des opérations non réglées, de celles dans lesquelles il faut se méfier de la cocaïne.
Il est juste d'ajouter que, lorsqu'on se trouve aux prises avec une
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opération de ce genre, il est, dans la plupart des circonstances, très facile de substituer, immédiatement, Tanesthésie chloroformique à Faction de la cocaïne et de pouvoir continuer son opération.
Un autre inconvénient peut résulter de la trop grande étendue du champ opératoire, à moins que ce champ opératoire ne soit superficiel, qu'il n'y ait pas plusieurs plans de tissus àanalgésier. Dans les grandes amputations, par exemple, il est arrivé à M. Reclus de se trouver dans la nécessité de faire Tanalgésie de quatre plans différents de zones, et de plus, d'être obligé d'employer, en outre, une certaine quantité de chlorhydrate de cocaïne pour réaliser l'analgésie de petits foyers isolés au niveau de gros troncs nerveux : dans ces circonstances, on est amené à employer des quantités de cocaïne qui sont relativement considérables et on s'expose aux dangers de l'empoisonnement général.
Il est encore une circonstance à laquelle il faut songer, c'est celle qui a trait à la résection des exostoses; dans ce cas, on est amené à faire des injections sous-périostiques, pour analgésier le périoste, et on risque, par suite, une absorption beaucoup plus active de la solution de cocaïne.
Enfin, dans les tissus ulcérés, le liquide peut s'échapper sans servir utilement à l'analgésie, et cela se produit surtout lorsqu'on introduit des solutions de cocaïne chez les individus affectés de gingivo-périostite, ou bien d'adénites tuberculeuses suppurées, ou bien lorsqu'on veut se servir de cocaïne pour l'analgésie de fistules anales à trajets multiples; dans ces circonstances, on risque de ne produire qu'une analgésie insuffisante par suite de l'écoulement trop rapide, en dehors des tissus, de la solution de cocaïne; ou bien encore, on risque des accidents d'intoxication générale, à cause d'une absorption trop intense.
En résumé, les opérations irrégulières, telles que M. Reclus les définit, celles à foyer mal délimité, capables de déterminer des surprises pour l'opérateur; ou bien celles qui doivent se faire sur un champ opératoire trop étendu, à étages superposés, nécessitant l'emploi d'une trop grande quantité de cocaïne ; ou bien l'emploi de cocaïne dans des tissus ulcérés, déjà enflammés; toutes ces circonstances sont autant de contre-indications à l'emploi de la cocaïne et mettent l'opérateur dans l'obligation d'avoir recours aux hypno-anesthésiques, à moins, cependant, que l'âge, la faiblesse du malade,