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COEXISTENCE DE L'ANALGÉSIE ET DE L'ANÉMIE

musculaire sous-jacent à la muqueuse ne peut donc être intéressé; et, d'autre part, Turine est retenue dans la vessie, la vessie ne se vide pas passivement comme dans le cas de paralysie sphinctérienne.

Un fait avait beaucoup frappé les différents observateurs, celait celui qui consistait dans la coexistence de Tinsensibilisation et de Tanémie toutes les fois que l'action de la cocaïne vient à s'exercer sur les tissus; on en avait conclu que l'action analgésiante de la cocaïne pouvait être interprétée par l'abaissement de la vitalité des tissus en raison de l'anémie très considérable déterminée dans ces tissus par la constriction vasculaire, cette constriction vasculaire reproduisant en quelque sorte l'action analgésiante due à l'action de la bande d'Esmarch ou du garrot.

Cette anémie peut contribuer dans une certaine mesure à Tanesthésie, cela est même fort probable, mais elle n'en est certainement pas la cause déterminante. Un assez grand nombre de faits prouvent que cette action de l'anémie, si elle peut intervenir au point de vue de l'analgésie qui se produit, n'est certainement pas la seule. Tout d'abord, si Ton cocaïnise l'œil d'un lapin — vous savez que cette opération peut se faire avec une extrêmement grande facilité et qu'elle donne des résultats sur lesquels j'ai insisté dans une de nos précédentes réunions, — puis, qu'après avoir ainsi déterminé l'analgésie de Tœil, on pratique la section du sympathique cervical chez cet animal, on va voir une vascularisation considérable succéder à lanémie qui avait accompagné l'analgésie cocaïnique, et cela sans que l'analgésie cède le moins du monde. Cette expérience très intéressante esl due à M. Arloing; elle prouve déjà, à elle seule, le fait que j'avance, mais on peut encore la répéter avec des substances possédant, sur ce point particulier, une action antagoniste de celle de la cocaïne. On peut, par exemple, injecter de la pilocarpine à un lapin dont on aura au préalable insensibilisé l'œil avec de la cocaïne et voir que, sous l'influence de cette injection de pilocarpine, il va se produire une vascularisation considérable des milieux de l'œil et une contraction de la pupille, sans que l'action analgésique disparaisse le moins du monde. Enfin, en troisième lieu, je vous signalerai ces opérations pratiquées avec l'aide de la bande d'Esmarch lorsqu'on emploie la cocaïne : dans ces cas, on observe, il est vrai, de l'anémie artérielle, mais cette anémie artérielle s'accompagne d'hypérémie veineuse; et

MODIFICATIONS lllSTOLOGKjl'ES DU TISSU NKKVKUX oOl

nous avons appris que, dans lous les cas, Faction analgésiante de la cocaïne était renforcée, facilitée dans une large mesure, ainsi que la durée de Tanalgésie. L'action analgésiante de la cocaïne, aidée de Thypérémie veineuse, est plus intense que celle de la même quantité de cocaïne aidée de Tanémie simple.

Mais, Messieurs, nous avons d'autre part des preuves plus directes, preuves résultant des effets exercés par la cocaïne sur les expansions nerveuses terminales. C'est évidemment par suite d'une modification temporaire, d'une altération passagère, plus ou moins durable, des éléments nerveux, que la cocaïne agit lorsqu'elle est portée directement à leur contact. Ainsi que je vous l'ai fait remarquer déjà, les effets sont d'autant plus intenses que l'application locale de cocaïne est effectuée sur des éléments plus délicats, sur des muqueuses riches en terminaisons nerveuses intra-épithéliales, comme celle des milieux de l'œil, par exemple.

Mais on a cherché à reconnaître si l'action propre de la cocaïne ne déterminait pas des modifications dans la structure anatomique du nerf; M. Arloing, entre autres, a cherché quelles étaient les modifications qui se produisaient dans la structure histologique du nerf lorsqu'on l'immergeait dans une solution de cocaïne : on voit alors les tubes nerveux prendre une coloration brun-jaunàtre, le contenu des fibres est coagulé, dissocié même, tandis que si Ton immerge, pendant un temps égal et dans des conditions analogues, un tronçon du même nerf dans Teau pure, on ne voit absolument qu'une légère coagulation au voisinage de la gaine de Schwann. Il en résulte donc que, par simple contact, la cocaïne exerce certainement une action plus intense et différente de celle qui est exercée par l'eau distillée.

Ainsi que je vous le disais précédemment, dans les nerfs mixtes, ce sont les fibres sensitives qui sont atteintes les premières; et, lorsqu'on met de la cocaïne autour d'un nerf dénudé, ou lorsqu'on répète l'expérience de François-Franck en introduisant dans la gaine celluleuse du nerf une solution diluée de cocaïne, on voit l'anesthésie locale déterminée par cette opération produire peu à peu une insensibilité qui semble aller successivement de la périphérie au centre; mais c'est un fait qui est dû simplement à la diminution graduelle, sur laquelle j'ai insisté, des propriétés physiologiques du tissu nerveux : la motilité persiste plus longtemps. La motilité et la sensibilité sont absolument intactes dans le bout central du nerf lorsqu'on

^i)Z PAS D ACTION ELECTIVE SUR LES NEUFS SENSITIFS

les interroge au-dessus de la zone qui a élé cocaïnée. L^insensibiliî^âtion cocaïnique est donc bien, comme vous le voyez, le résultat «ruii effet nerveux particulier et qui peut être indépendant de tout effet de vaso-constriction, réserves faites toutefois pour Taide que celle vaao-conslriction peut elle-même apporter à l'action analgésianie. D'ailleurs, nous en avons encore une autre preuve, non moins péremptoire, dans ce fait que certains succédanés de la cocaïne, les eucafnes, par exemple, sont presque aussi énergiquement vaso-dilatateurs que la cocaïne est énergiquement vaso-constrictive.

J*ai insisté à plusieurs reprises sur ce point que la cocaïne n'exerçait pas d'action élective sur les terminaisons nerveuses sensitives; en d'autres termes, cela revient à discuter cette théorie, que je vous ai déjà incidemment fait entrevoir, du curare sensitif. Une expérience déjà assez ancienne, due à Ugolino Mosso, a été invoquée d'abord contre celte démonstration; cette expérience consiste dans la conservation des réflexes vésicaux chez le chien jusqu'à une période 1res avancée de Tempoisonnement. Lorsque, chez un chien, et à une période très avancée de l'intoxication cocaïnique, on irrite par un courant faradique une partie assez sensible, la peau des pattes, par exemple, on peut voir qu'il existe des réflexes vésicaux se traduisant par une variation du volume de la vessie. Cette conservation des réflexes est en accord parfait avec l'existence d'une analgésie d'origine centrale.

Les partisans de l'hypothèse du curare sensitif ont recours à une aulre explication s'appuyant sur ce qu'on observerait, à ce moment, une hyperexcitabilité du cordon nerveux sensitif, coïncidant avec une paralysie des terminaisons nerveuses. L'excitant employé, la faradisation, est le plus diffusible de tous; et, dans Texpérience d'Ugolino Mosso, l'excitation se transmettrait par les cordons nerveux devenus hyperexcilables, alors que les terminaisons nerveuses seraient réellement paralysées. Les cellules nerveuses de la moelle sont cependant, comme je vous l'ai dit, atteintes essentiellement par la cocaïne, et atteintes même, semble-t-il, avant que les cellules terminales soient intéressées par cette substance toxique, ce qui ne permet pas d'accepter cette interprétation, sans compter que l'hyperexcilabitilé des cordons nerveux est rien moins que démontrée.

Mais, nous avons, par des faits expérimentaux, la possibilité de recourir à des démonstrations d'un ordre plus rigoureux. Si nous

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