ANESTHÉSIE GÉNÉRALE D'ORIGINE CENTRALE S
prenons une grenouille et que nous pratiquions sur elle une section de la moelle environ vers la quatrième vertèbre, qu'ensuite nous lui fassions une injection, dans Tabdomen, de 4 à 5 milligr. d'une solution de chlorhydrate de cocaïne, nous allons voir que toutes les excitations, d'ordre électrique, mécanique ou chimique, portées sur le train postérieur, au bout d'un certain temps, alors que la cocaïne aura pu manifester son action, conserveront encore leur effet, alors que les excitations portées sur le train antérieur ne détermineront plus la production de réflexes. Or, je vous rappelle à ce sujet que rirrigation de la moelle, chez la grenouille, se fait par des vaisseaux qui proviennent du segment supérieur de la moelle, elle se fait, par conséquent, de haut en bas, du bulbe vers l'extrémité; et le segment inférieur se trouve, en raison de cette disposition anatomique, protégé contre l'irrigation par le sang chargé de cocaïne : ce n'est pas à dire pour cela que la partie inférieure de la moelle ne sera, en aucune façon, touchée par la cocaïne, parce qu'il y a à compter avec les anastomoses des artères lombaires; mais je veux prouver simplement que cette action de la cocaïne sera réduite au minimum, im ce qui concerne la partie inférieure de la moelle, et que, par ce faiE seul, la démonstration aura déjà un grand degré de certitude. Nous devons en conclure que la sensibilité est conservée dans les parties correspondant à un segment de moelle non intoxiqué.
On peut encore, et c'est ce que l'on va faire également devant voua, confirmer cette expérience par un autre mode opératoire, identique à celui que nous vous avons montré au sujet de l'action générale et de l'interprétation de l'action des substances hypno-anesthésiques; on peut préparer une grenouille, comme nous le faisons en ce moment, en pratiquant une ligature en masse de toutes les parties moites d'un des membres postérieurs, sauf le nerf qui innerve ce memUr«\ puis faire une injection sous-cutanée de chlorhydrate de cocaïni> dans la région antérieure du corps; le membre ligaturé sera ainsi soustrait à l'apport'de la cocaïne par la circulation, et, cependant, la grenouille n'en sera pas moins anesthésiée; à la condition, h'\n\ entendu, que nous lui ayions injecté une dose de cocaïne su f lisante pour déterminer l'anesthésie générale, c'est-à-dire une il ose mortelle.
Donc, la sensibilité étant manifestement conservée dans la pur lie qui correspond au segment de moelle non intoxiqué, le fait de Tac-
HOk ACTION PRIMITIVE SUR LKS HÉMISPHÈRES CÉRÉBRAUX
tion non élective sur la terminaison nerveuse sensitivc périphérique se trouve par là même absolument démontré.
D'ailleurs, comme nous allons le voir dans un moment, un des premiers effets de la cocaïne, même et surtout lorsqu'elle est introduite dans l'organisme à dose modérée, c'est d*agir sur les hémisphères, mémo alors que la sensibilité n'est pas encore atteinte, et, dans les cas toxiques, longtemps avant que la sensibilité soil atteinte. Ainsi, le plus souvent, chez l'homme, lorsqu'on a pu assister à l'évolution d'accidents toxiques déterminés par l'ingestion de doses même fortes de cocaïne — et les faits sont malheureusement assez nombreux : à l'heure actuelle on connaît environ une quarantaine de cas de mort dont nous aurons à parler dans notre prochaine réunion, quand nous nous occuperons de la toxicologie de la cocaïne, — dans la majeure partie de ces circonstances, on n'a pas observé de troubles de la sensibilité générale, alors qu'on a assisté à toute la série des manifestations que traduit Faction particulière exercée par la cocaïne sur les hémisphères cérébraux; cette action cérébrale esl même extrêmement précoce, c'est la première qui apparaisse dans la série des manifestations toxiques ou physiologiques.
Pour terminer ce qui a trait à l'action locale, j'ajouterai qu'on a observé, sous l'influence de la cocaïne, une analgésie généralisée à tout le tégument, mais que ces cas sont extrêmement rares et qu'il s'agit là d'une action inhibitrice chez des individus prédisposés, action qui n'est pas exclusive à la cocaïne, puisqu'on l'a observée aussi sous l'influence de simples cautérisations locales à l'aide du fer rouge.
Occupons-nous maintenant. Messieurs, de l'action physiologique générale de la cocaïne, c'est-à-dire de l'action exercée par cette substance lorsqu'elle est diffusée dans l'organisme, c'est-à-dire lorsqu'elle est introduite dans l'organisme par la voie circulatoire.
La stimulation et même l'excitation sont extrêmement accentuées lorsque la cocaïne vient à être introduite, surtout à doses moyennes, dans la circulation générale.
L'universalité d'action de cette substance toxique et le caractère tout à fait temporaire de cette action rapprochent la cocaïne, aussi exactement qu'il est possible, des anesthésiques généraux. Toutes les formes du protoplasma, comme j'ai déjà eu l'occasion de vous le dire, toutes ses variétés, depuis la cellule d'épithélium vibratile