‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 335 sur 406 · RECHERCHE MEDICO-LEGALE · texte numérisé non relu

RECHERCHE MEDICO-LEGALE

donne un précipité également de couleur violette comme celui-là et capable, lorsqu'on l'abandonne à lui-même pendant quelque temps, de revêtir une forme cristalline dont Taspect serait assez caractéristique.

En second lieu, lorsqu'on vient à évaporer au bain-marie quelques gouttes d'acide azotique fumant sur un cristal de cocaïne et qu'on ajoute à ce résidu d'évaporation quelques gouttes d'une solution alcoolique de potasse, il se développe une odeur assez particulière, une odeur poivrée, que les uns ont comparée à celle de la menthe poivrée, d'autres à celle du benzoate d'éthyle. C'est là, comme vous le voyez, une réaction qui ne présente pas non plus un caractère de netteté bien considérable.

J'aurai épuisé les réactions chimiques lorsque j'aurai ajouté que le chl<^rure d'or et l'acide picrique sont capables de déterminer, dans une solution de chlorhydrate de cocaïne, la formation de précipités qui peuvent s'obtenir sous forme cristalline, au bout de quelque temps et dans des conditions particulières sur lesquelles je n'insiste pas ici. La forme cristalline de ces combinaisons aurique et picrique permet, jusqu'à un certain point, de reconnaître la présence de la cocaïne, à la condition que les réactions aient été pratiquées sur des solutions suffisamment diluées pour ne donner aa début qu'un léger louche par l'addition du réactif : la cristallisation se fait peu à peu, en abandonnant les mélanges au repos.

Qu'avons-nous à joindre à cela, au point de vue de la détermination, comme contrôle physiologique ? Nous avons ce fait que le contact d'une solution, même diluée, de cocaïne avec une muqueuse détermine l'anesthésie de cette muqueuse; mais il ne manque pas de substances autres que la cocaïne qui soient capables de détermineï* cette sensation d'anesthésie ; et Taconitine, dont je parlais tout à l'heure, est précisément une substance qui, lorsqu'elle est mise au contact de la muqueuse buccale, détermine, comme vous le savez, une sensation particulière, un frémissement d'abord, à laquelle fait bientôt suite une sensation plus ou moins marquée d'engourdissement et enfin d'anesthésie. Il en résulte que le contrôle, tant par la recherche chimique que par l'expérimentation physiologique, de la présence de la cocaïne, est, comme je le disais tout à l'heure, extrêmement délicat et difficile; et qu'il serait à désirer qu'on trouvât bientôt une réaction chimique plus nette, ou bien, ce qui est beau-

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coup moins probable, un caractère physiologique plus précis que ceux que nous avons pu examiner.

Quelques mots, pour terminer, sur la matière médicale et la chimie de la cocaïne : cela nous servira tout naturellement de transition aux autres analgésiques locaux qu'il nous reste à étudier, notamment les eucaïnes, qui sont des substances fabriquées artificiellement sur le type de la cocaïne. Nous aurons ensuite à jeter un coup d'œil sur quelques autres substances qui ont été proposées comme des succédanés plus ou moins heureux des analgésiques dont je viens de vous parler.

C'est dans les Andes, la Bolivie, la Colombie, la République Argentine, le Brésil et l'Amérique du Sud ; à Java, à Ceylan, à la Jamaïque et dans les Indes Anglaises qu'on recueille surtout ht coca.

La coca constitue un arbrisseau et souvent même un arbuste dont vous verrez ici des échantillons : il est cultivé dans certaines régions; on en recueille les feuilles, qui sont envoyées en France et qui servent à l'extraction de la cocaïne. L'Europe a été alimentée jusqu'ici par l'Amérique du Sud, qui envoie environ 30 millions de kilogrammes de feuilles de coca par an en Europe. Cette plante a été introduite en Espagne par Monardès en 1569, elle a été décrite ensuite par de Jussieu en 1749, et son nom lui a été donné par Lamarck, à peu près vers la même époque.

Il y a un certain nombre de variétés de coca qui sont plus ou moins riches en cocaïne et en même temps en alcaloïdes homologues de la cocaïne, c'est-à-dire en substances dérivant de cette cocaïne par l'introduction de groupes chimiques différents; je vous dirai quelques mots à ce sujet tout à Theure.

Les feuilles de coca les plus riches sont celles de la coca à grandes feuilles, Erytkroxylon coca du Pérou et de la Bolivie. Une autre variété qu'on recueille dans l'île de Ceylan donne également de la coca à larges feuilles fournie par Erythroxylon bolivianum, et cette coca a une composition peu différente de la variété du Pérou. A Java, on trouve une variété que les botanistes ont appelée Erythroxylon spruceanum, variété de coca à petites feuilles, qui est cultivée dans les Indes Anglaises, et qui se caractérise par la présence d'une quantité relativement assez élevée d'homologues de la cocaïne. Une variété à feuilles étroites cultivée dans le nord du Pérou est la

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coca lie Truxillo, riche en cocaïne et renfermant aussi des homologues.

Les feuilles de coca se reconnaissent aux caractères suivants, que vous allez pouvoir constater sur ces échantillons. Elles sont courlement pétiolées, minces, fragiles, ovales, aiguës, à limbe entier, courtement acuminé au sommet : les grandes feuilles mesurent de 4 à 5 centimètres de longueur sur 2 à 3 de largeur; et elles sont faciles à reconnaître en raison de leur teinte et de la nervation particulière qu'elles présentent. A la face inférieure de la feuille on remarque, en effet, sur la zone médiane une teinte plus ou moins brunâtre et terne; et cette zone médiane particulière qui, dans son point le plus large, atteint à peu près le quart de la largeur totale de la feuille, est séparée du limbe par deux lignes courbes à peu près parallèles aux bords, ressemblant à deux nervures, mais qui ne sont en réalité qjue les empreintes des bords de la feuille par suite de la disposition de cette feuille avant son complet développement, c'est-à-dire en raison du mode de préfoliation.

Les cocas, comme d'ailleurs toutes les plantes renfermant des principes actifs, sont capables de subir par le fait de la culture des modifications assez considérables. La récolte de ces plantes est très abondante dans les régions humides et chaudes, mais on obtient alors des produits relativement peu riches en substances actives; au contraire, lorsque les plantes sont récoltées dans des pays montagneux exposés au soleil, la récolte est moins considérable en quantité, mais la richesse en principes actifs est beaucoup plus grande.

La richesse en cocaïne et en homologues de la cocaïne est très variable, comme vous pouvez le voir par le tableau que vous avez sous les yeux. Ce tableau représente la richesse en cocaïne d'une part, et en homologue de la cocaïne, d'autre part, des différentes variétés de feuilles. Au-dessous du tableau sont les appellations de ces produits, qui figurent dans la colonne de droite sous le nom d'homologues de la cocaïne. Ces homologues sont constitués par un certain nombre de substances plus ou moins bien étudiées, dont les unes, comme la cinnamylcocaïne, Tisatropylcocaïne, l'homococaïne, sont de véritables cocaïnes, c'est-â-dire des éthers méthyliques soit de la benzoylecgonine, comme la cocaïne proprement dite, soit de dérivés acides différents du groupe benzoïque. Quant à la tropacocaïne, elle possède une constitution chimique différente qui la rapproche, dans

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