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SYNTHÈSES D HOMOLOGUES DE LA COCAÏNE

simplement de Tunion du radical benzoyl à une pseudotropéine, et c'est pour cela qu'elle porte aussi le nom de benzoyl-pseudotropéine ; c'est un alcaloïde du groupe des tropéines, comme Tatropine et ses isomères.

L'emploi de cette pseudo-cocaïne a été recommandé en thérapeutique; elle présenterait, dit-on, certains avantages dans quelques cas, et dans d'autres des inconvénients. Mais, le point sur lequel je veux insister pour vous faire comprendre comment on a pu penser à faire les eucaïnes dont nous nous occuperons bientôt, c'est celui-ci. Les beaux travaux d'Emile Fischer sur les acétonamines avaient attiré l'attention sur l'analogie de constitution que Ton pouvait logiquement supposer entre la base tropine et des dérivés de certains produits alcaloïdiques qu'on obtenait artificiellement, la triacétonalkamine, par exemple : partant de ce fait, on a pensé qu'il serait possible d'obtenir à leur aide des dérivés carboxylés analogues à l'ecgonine, composés qu'il serait alors facile de transformer en cocaïnes de synthèse totale; en d'autres termes, que les produits de condensation de l'acétone en présence de l'ammoniaque, dans des conditions particulières, après avoir fixé les éléments de l'eau et de l'acide carbonique, pourraient être successivement benzoylés, puis méthylés, de manière à fournir des éthers mixtes possédant des propriétés, sinon identiques^ au moins analogues à celles de la cocaïne.

C'est en effet ce que l'expérience est venue démontrer et, en partant de la triacétonalkamine, en la carboxylant par l'intermédiaire de sa cyanhydrine saponifiée ensuite par l'acide chlorhydrique, on obtient ainsi l'acide triacétonalkaminecarbouique que l'on éthérifie à l'aide de l'alcool méthylique en présence de HCl gazeux; puis, cet éther méthylique chauffé avec du chlorure de benzoyle en présence du chlorure de zinc fournit le dérivé benzoyle correspondant : il ne reste plus qu'à substituer encore le groupe méthyle à l'hydrogène du groupe imide pour obtenir Teucaïne A, qui diffère de l'eucaïne B non seulement par sa composition chimique, mais encore, et surtout, comme nous le verrons plus tard, par ses propriétés physiologiques. Ces tentatives de synthèse totale étaient d'ailleurs justifiées, si l'on peut ainsi dire, par des recherches antérieures de MM. Einhorn et Marquard, qui avaient montré que l'on pouvait obtenir des cocaïnes dextrogyres en partant d'ecgonines dont la déviation gauche avait été modifiée par un chaufTage sous pression, durant vingt-quatre à

Ut ACTION PHYSIOLOGIQUE

soixante-douze heures, en présence d'une solution aqueuse de potasse à 30 pour 100. Le pouvoir lévogyre de Teogonine normale se transforme ainsi en pouvoir dextrogyre, qui se transmet à la cocaïne. Disûas, pour ne plus avoir à y revenir, que les propriétés physiologiques de cette cocaïne droite diffèrent légèrement de celle de la cocaïne, naturelle ou artificielle, gauche; son action est plus rapide et plus fugace, et manifeste des propriétés irritantes qui ont obligé à Texilure de la pratique chirurgicale.

 côlé de ces produits, une autre substance dont je vous dirai également quelques mots au point de vue de son emploi en thérapeutique est rholocaïne, qui, elle, ne présente pas du tout les mêmes liens de parenté avec les cocaïnes. L'holocaïne est en effet un produit qui résulte de la combinaison de la phénacétine et de la paraphé» étliydine, et qui s'éloigne par conséquent dans une large mesure des eucaïnes, dont je viens de vous parler. Je pense vous avoir ainsi donné suffisamment Tidée de ce que peuvent être les parentés de ces bases au point de vue chimique.

Quelques mots sur Faction physiologique des différents alcaloïdes dont je viens de vous parler, et vous allez voir que ces rapides considérations auront comme conclusion Femploi nécessaire de la cocaïne aussi pure qu'il est possible.

On a essayé Faction physiologique d'un certain nombre des homologues de la cocaïne, soit préparés artificiellement, soit isolés des différentes variétés de coca. Pour ce qui concerne la cinnamylcocaïue, les expériences ont montré qu'elle était fort peu anesthésique mais pas toxique : elle ne présente donc pour nous aucun intérêt, puisc]ue si elle n'est pas toxique, elle n'est pas non plus anesthésique, et par conséquent il n'y a pas lieu de Femployer au point de vue médirai. L'isatropylcocaïne, de même que ses isomères, qui sont au nombre de trois, sont au contraire de violents poisons cardiaques; !eur action analgésique est à peu près nulle.

Parmi les différentes cocaïnes synthétiques, obtenues par substitution au radical acide benzoyl d'un radical différent, on arrive à obtenir des substances peu ou pas anesthésiques, mais qui, comme le ciniiamylcocaïne, présentent l'avantage de n'être pas toxiques; ou bien, au contraire, des substances énergiquement toxiques comme celles du groupe isatropylcocaïne.

En définitive, les recherches des différents physiologistes, et

surtout celles de Ehrlicb, ont montré que le pouvoir anesthésique '1

de ces divers composés était lié à deux facteurs distincts : d'une part, la fonction acide, et particulièrement la fonction benzoyl; d'autre part, la fonction éthcr; ainsi, Tecgonine et la méthylecgonine, qui sont le premier et le dernier termes de la transformation, de la saponiflcation de la cocaïne, ne sont pas douées de propriétés anesthésiques, tandis que les éthers homologues de la cocaïne ont des propriétés physiologiques très voisines des siennes.

La benzoylecgonine, dans laquelle intervient cependant le radical benzoyl, est fort peu anesthésique, mais surtout convulsivante et paralysante.

Les autres dérivés alcooliques, ceux qu'on pourrait former par la substitution au radical méthyl soit du radical élhyl, soit du radical propyl, soit d'un radical alcoolique quelconque monovalent, restent anesthésiques ; tandis que les homologues, par substitution au benzoyl d'un radical acide qui le remplace, cessent de manifester des propriétés anesthésiques; de telle sorte qu'on peut dire que Tin troduction du groupe benzoyl dans ces dérivés alcooliques de l'ecgonine est celui qui porte au summum le pouvoir anesthésique.

En définitive, le pouvoir anesthésique est lié à la fonction éther en général et exalté par le caractère particulier du groupe acide, benzoyl, introduit dans la molécule alcool-ecgouine. C'est pour cela précisément qu'on a pensé à introduire ce radical benzoyl dans les dérivés de la triacétonalkamine, dont je vous parlais tout à l'heure, ce qui a donné naissance aux eucaïnes.

La tropacocaïne, différente par sa composition chimique, possède une certaine puissance anesthésique, mais plus faible que celle de la cocaïne. Elle offre, par exemple, certains avantages : elle n'est pas vaso-constrictive, elle n'est pas mydriatique; elle est certainement moins toxique que la cocaïne, ne possède qu'une action très passagère sur la circulation, et aucune action sur l'appareil respiratoire à la dose où elle peut être employée en thérapeutique.

C'est en raison de ces propriétés que certains ophtalmologistes ont proposé l'emploi de la tropacocaïne au lieu de la cocaïne, et ils s'en servent de la façon suivante. On fait tomber dans l'œil une à trois gouttes de la solution à 3 pour 100 de tropacocaïne et, sous l'influence de cette instillation, on obtiendrait une anesthésie presque aussi intense que celle déterminée par la cocaïne vraie, et cela

Uk EMPLOI DE LA TROPACOCAÏNE

sans dilatation pupillaire, sans troubles de Taccommodation, sans i.schéiiiio; et, surtout, sans modification de la pression des milieux de rœil. D'autre part, on n'observerait pas d'effets nocifs tels que hyperthermie, syncopes, troubles psychiques, à la suite de sa diffusion dans l'organisme.

On a proposé également Temploi des solutions de cette tropacocaïne k la dose de 25 milligrammes dissous dans X gouttes d'eau pour faire des injections intra-dermiques par la méthode de Reclus; mais, dans ces cas, on observe toujours une auesthésie plus faible qu'avor la cocaïne, peut-être même moins persistante. De telle sorte qu'on JfMînitive, et c'est là, d'ailleurs, la conclusion de M. Reclus, il n'y a aucun avantage à substituera la cocaïne, substance analgésiante parfaite, si l'on peut ainsi dire, dans les conditions qu'il a pu déterminer, il n'y a aucun intérêt à lui substituer des substances dont Taction analgésique est beaucoup moins intense, beaucoup moins efricace, beaucoup moins durable que celle de la cocaïne.

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