ACTION ÉLECTIVE SUR LA SUBSTANCE GRISE
de chloral, les proloDgements protoplasmiques des cellules pyramidales prenaient, chez les animaux, une apparence raoniliforme, moins accentuée que celle déterminée par la morphine ou le chloroforme, mais très nette et très appréciable cependant : avec le chloral, les arborisations ne sont pas modifiées dans toute leur étendue, mais seulement au niveau des fines ramifications.
Action sur le système nerveux. — L'action du chloral sur le système nerveux se porte d'abord sur la substance grise des hémisphères cérébraux. On a même été jusqu'à dire que le chloral abolit l'activité de la substance grise, sans modifier notablement celle de la substance blanche;. En efTet, quand on administre du chloral à doses croissantes, soit à Thomme, soit aux animaux, on s'aperçoit que la conscience et la connaissance sont d'abord éteintes, mais non paralysées à dose hypnotique; puis, que la cérébration disparaît peu à peu, au fur et à mesure que la dose anesthésique est atteinte. Il n'y a pas paralysie des centres psycho-sensitifs, mais imprégnation plus ou moins profonde et atténuation de leur activité. La suppression complète ne se produit qu'avec les doses toxiques , ces doses qui sont franchement anesthésiques chez l'animal, et qu'il est absolument impossible d'atteindre chez l'homme sans risquer des accidents graves. L'excitation du gyrus sigmoïde par un courant faradique ne provoque plus que de faibles mouvements dans le membre du côté opposé; et l'on observe que si l'on pratique l'abrasion de la couche corticale de substance grise, le mémo courant faradique détermine des phénomènes moteurs beaucoup plus accentués : il semblerait que la substance grise intoxiquée par le chloral oppose une résistance considérable à l'excitation électrique. A l'état normal, au contraire, cette couche corticale de substance grise facilite l'excitation, puisqu'elle permet de produire des phénomènes de motricité avec un courant faradique qui, appliqué directement sur la substance blanche sous-jacente, est incapable de déterminer le moindre mouvement. Cette augmentation de la résistance opposée par la substance grise au passage du, courant électrique a été observée également sous l'inHuence des hypno-anesthésiques.
Parmi les nerfs crâniens, certains semblent être intéressés plus facilement que d'autres par l'action du chloral. C'est ainsi que le trijumeau et ses branches paraissent ressentir les premiers l'action anesthésiante du chloral : la conjonctive est l'un des premiers oi^anes
sur lesquels on peut observer Tanesthésie longtemps avant qu'elle se soit montrée dans d'autres régions; et c'est là une exception des plus remarquables.
Puis la moelle arrive à être intéressée à son tour; et, successivement, c'est son pouvoir excito-moteur, son pouvoir sensitif et sa puissance réflexe qui sont touchés par Faction médicamenteuse du chloral. Après les premiers effets somnifères, on peut voir, lorsque la dose est suffisante, s'atténuer peu à peu et enfin disparaître les différents réflexes. Chez les animaux à sang froid, la disparition des réflexes est précédée par une période pendant laquelle ils sont plus facilement excitables et au cours de laquelle on peut même assister à de véritables phénomènes convulsifs : cette hyperexcitabililé réflexe, accompagnée de convulsions, a même été signalée chez l'homme, dans certaines conditions que nous avons vues faciliter l'excitation cérébrale préhypnotique; chez les alcooliques, un grand nombre de sujets nerveux, dans certaines formes d'aliénation mentale. Les nerfs rachidiens sont atteints de bas en haut; cela se comprend pui^ue nous avons vu que la sensibilité disparaissait de la périphérie au centre, comme avec les anesthésiques généraux.
Les appareils centraux de la respiration, le bulbe et les ganglions cardiaques, résistent le plus longtemps, comme nous l'avons vu avec le chloroforme. Cette persistance des réflexes dépendant de la vie végétative est bien prouvée par l'expérience montrant des modifications de la pression, de la respiration et du rythme cardiaque, déterminées par des excitations portées sur le péritoine, chez des animaux soumis à l'influence de doses assez fortes de chloral, complètement anesthésiés, en état de parfaite résolution musculaire, et ne réagissant ni au contact ni à la douleur, pas même à l'excitation électrique portée directement sur le sciatique : c'est l'expérience de MM. Guinard et Tixier que je vous ai déjà citée. En réalité, toutes les parties du système nerveux subissent, quoique à des degrés différents, l'influence dépressive du chloral.
Il existe, relativement au chloral, un certain nombre de preuves que, dès le début de l'administration de cette substance médicamenteuse, les cellules nerveuses sont touchées par elle, absolument comme par le chloroforme, dans les mêmes conditions. D'ailleurs, les expériences sont à peu près les mêmes : on peut constater que, chez un lapin soumis à l'action du chloral, la piqûre du plancher du
qualriëme ventricule, ou bien Texcitation àxx bout central du pneumogastrique préalablement coupé, ne produisent plus le diabète; chez un chien sur lequel on a pratiqué la section du pneumogastrique au cou, on peut voir, exactement comme on Ta constaté pour le chloroforme et autres substances hypno-anesthésiques, que l'excitation du bout central amène un arrêt définitif de la respiration, de même que l'excitation du bout périphérique amène un arrêt définitif du cœur, ce qui prouve bien que les cellules nerveuses sont impressionnées par le choral et que leurs propriétés physiologiques fonctionnelles sont touchées dès le moment où le chloral vient à les impressionner.
Grand sympathique. — Quant au grand sympathique, un c>ertain nombre de phénomènes témoignent de la façon dont il réagit sous rinfluence du chloral : d'abord, ce sont les phénomènes oculopupillaires que je vous ai déjà signalés; puis la congestion céphalique ; et, enfin, les éruptions cutanées qui sont sous la dépendance des filets vasculaires du sympathique, et qui se montrent le plus fréquemment comme accident de Tintoxication chronique par le chloral.
Nerfs périphériques. — Quant aux nerfs périphériques, ils n'éprouvent aucune action appréciable sous Tinfluence du chloral. La neurilité et la conductibilité nerveuses restent absolument intactes, quelle que soit la dose. On peut voir, sur une grenouille intoxiquée par le chloral, que la réaction des nerfs périphériques excités par la faradisation est toujours la même que sur un animal intact.
Le centre nerveux cérébro-spinal a donc seul perdu, mais seulement d'une façon momentanée, sa sensibilité et sa réflectivité; et cela, à un degré d'autant plus marqué que la dose de chloral est plus considérable. La paralysie des réflexes peut même être portée à un point tel qu'elle rende impossible la production des spasmes du strychnisme ou du tétanos. Aussi, cette observation a-t-elle conduit à employer le chloral dans le traitement des affections qui sont caractérisées par l'exagération ou par la perversion de la réflectivité bulbospinale.
C'est en 1870 que Verneuil, le premier, pensa à utiliser l'emploi du chloral pour obtenir la guérison du tétanos. Vous savez qu'à cette époque les blessures de guerre furent très souvent, dans certaines ambulances tout au moins, presque fatalement compliquées par le télanos; et Verneuil retira de l'emploi du chloral dans ces cir-
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constances d'excellents résultats : il Tadministrait par voie d'ingestion stomacale. Quelque temps après Oré, de Bordeaux, imagina le mode des injections in tra- veineuses avec lequel il obtint, au point de vue sédatif, des résultats merveilleux dans le traitement du tétanos et autres maladies du même genre, la rage, par exemple.
On peut arriver à faire absorber des doses énormes de chloral aux individus chez lesquels la réflectivité est exagérée par une des causes que je viens d'indiquer. Je vous citerai comme exemple cette observation intéressante, Tune des plus importantes sur lesquelles M. Oré ait basé sa méthode. Je n'ai qu'une objection à y faire, c'est celle que je vous ai déjà signalée de la richesse vraiment exagérée des solutions de chloral qu'il a employées, richesse telle que c'est un véritable hasard qu'il ne se soit pas produit d'accidents.
Il s'agit d'un homme de cinquante-deux ans qui, à la suite de l'écrasement du médius de la main gauche, avait des accidents tétaniques. Au moment où M. Oré fut appelé auprès de ce malade, il avait une contracture des masticateurs telle que la mâchoire ne pouvait s'écarter de plus de 5 millimètres; de plus il y avait de la cyanose, le pouls était fréquent, en un mot, il était dans un état de tétanos accentué. De plus, le moindre attouchement sur le médius déterminait immédiatement des crises tétaniques. M. Oré pratiqua, en deux fois, à quatre minutes d'intervalle, parla radiale, une injection de 10 grammes de chloral dans 10 grammes d'eau. J'insiste sur ce degré de dilution absolument insuffisant et je vous rappelle qu'il résulte des recherches de M. Mayet que le chloral, employé en injections intra-veineuses, ne doit pas être en solution plus concentrée que 1 gramme pour 20, soit 5 pour 100.
Sous l'influence de cette injection, le malade fut pris, presque immédiatement, d'un sommeil profond avec respiration calme et régulière; le pouls tomba de 90 à 70° et la raideur musculaire disparut complètement; les mâchoires purent s'écarter l'une de l'autre de 3 centimètres.
Il y a un point sur lequel M. Oré a insisté dans cette communication, qui date de 1873: c'est celui des manifestations qui accompagnent la première injection intraveineuse. Il a noté chez son malade, sous l'influence des premiers 3 grammes introduits par la veine, un état d'anxiété, d'angoisse, d'oppression accompagnée de cyanose, l'apparition d'écume à la bouche; et des manifestations
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respiratoires telles qu'au premier moment les opérateurs purent concevoir la crainte de voir le malade succomber entre leurs mains.
Eh bien, je me demande jusqu^à quel point ces manifestations que M. Oré dit avoir rencontrées d'une façon constante, aussi bien dans les expériences de laboratoire que sur Thomme, ne sont pas dues précisément à la trop grande richesse de la solution en chloral? Ce qui me le fait croire c'est que les observateurs, comme M. Mayet, qui ont opéré avec des solutions à des degrés de dilution plus considérables, n'ont pas observé ces résultats, au moins avec Tintcnsité qui avait frappé M. Oré.
Je reprends l'histoire de son malade, parce qu'elle est particulièrement intéressante. Après cette première injection, en deux fois, des dO grammes de chloral, l'abolition de la sensibilité et des réflexes fut telle qu'on put en profiter pour faire l'enlèvement de l'ongle du médius qui avait été écrasé. L'injection de chloral avait été faite à cinq heures du soir; l'ablation de l'ongle se fit pendant le sommeil et le malade dormit jusqu'à quatre heures du matin. Puis, dans la journée, il manifesta de nouvelles tendances à des crises tétaniques. On lui fit, à cinq heures du soir, une nouvelle injection de 10 grammes de chloral; et, le lendemain, le malade était encore plongé dans un état comateux interrompu par des crises convulsives et prolongées, de la contracture des mâchoires, qui détermina à pratiquer une troisième injection veineuse de 10 grammes de chloral; puis, comme on ne voulait pas recommencer incessamment les injections intraveineuses, et l'amélioration s'accentuant, on administra alors au malade une potion bromurée à la dose de 4 grammes de bromure de potassium par jour. Après quarante-huit heures de suspension du chloral, nouvelle menace de crises tétaniques; on administra alors du chloral par la voie gastrique, sous forme de sirop, à la dose de 14 grammes de chloral par jour dissous dans 120 grammes de sirop de tolu. Au bout de trois jours il fallut suspendre le traitement à cause de l'action irritante du chloral sur la muqueuse intestinale; mais le malade était complètement guéri le dix-neuvième jour qui suivit la première injection intra-veineuse.
Je vous ai cité ce fait parce que c'est un de ceux sur lesquels M. Oré s'appuie pour défendre sa méthode, mais je vous l'ai cité surtout parce que, dans ce fait particulier, l'influence de l'action du chloral sur la réflectivité bulbo-médullaire est des plus évidentes, et