‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 397 sur 406 · XXVIII^ LEÇON · texte numérisé non relu

XXVIII^ LEÇON

CHLORALIDES. - CHLORALAMIDE. — CHLORALAMMO- NIAaUE. — CHLORALIMIDE. — CHLORALOSE. - CHLO- RALURÉTHANES. — CHLORALANTIPYRINE.

Chloralides. — Les chloralides coustituent des composés dans lesquels le chloral est associé, soit à une substance inaclive, soit à une substance dont Tactivité vient s'ajouter à celle du chloral ou tend à contre-balancer certains de ses elTets fâcheux. Dans le premier de ces deux groupes, le chloral est mis en liberté par simple dédoublement de la combinaison dans Torganisme, et il agit alors statu nascenti. Pour ceux du second groupe, Faction propre de Tautre médicament intervient; et Ton observe, en définitive, une plus grande énergie dans Taclivilé des composants.

Chloralamlde. — C'est un produit d'addition résultant de l'action directe de la formiamide sur le chloral anhydre : il a pour formule :

/OH C»Hœ<

\AzH.COII

11 constitue des cristaux blancs, incolores, de saveur amëre, non caustiques; solubles dans 9 parties d'eau froide, dans 1 partie et demie d'alcool à 90 pour 100; fusibles à 115° en se décomposant en chloral et formiamide. La solution aqueuse chauffée à 60^ subit le même dédoublement. Les acides ne dédoublent pas les solutions aqueuses ou alcooliques, mais les alcalis caustiques déterminent avec rapidité ce dédoublement qui est plus lent en présence des alcalis carbonates.

Le chloralamide s'élimine, pour la majeure partie, par l'urine et sous forme d'acide urochloralique, comme le chloral. On peut J'administrer en cachets de 25 centigrammes, ou en potion légère-

CHLORALAMIDE. — GHLORALAMMONIAQUE

menl acide pour éviter le dédoublement, à la dose de 1 gr. 50 à 3 grammes en vingt-quatre heures.

C'est un hypnotique infidèle, qui détermine souvent une période d'excitation encore plus accentuée que celle produite quelquefois par le chloral. Il possède à peu près la même action que le chloral sur le cœur et la circulation, diminue l'excitabilité réflexe de la moelle; mais ne paraît pas présenter d'avantages réels sur lui. On observe, chez le chien, des lésions gastro-intestinales à la suite d'administration d'assez fortes doses; et, chez l'homme, on a noté au réveil un état nauséeux avec céphalalgie et tendance au vertige peut-être encore plus marqué que sous l'influence du chloral.

En somme, les indications commandant l'emploi de ce médicament ne sont pas encore bien nettement déterminées, certains observateurs le considérant, dans des circonstances données, comme le meilleur et le plus efficace des hypnotiques ; d'autres, au contraire, lui déniant toute constance d'action. De la lecture attentive et de la discussion des observations publiées, il parait ressortir que Faction hypnotique du chloralamide est surtout efficace dans les cas d'insomnie nerveuse sans douleur, chez les neurasthéniques, les vieillards; qu'il n'est pas, à beaucoup près, aussi analgésique que le chloral; enfln, que son emploi peut donner lieu à des accidents chez les cardiaques, les néphritiques, les malades dont la muqueuse gastro-intestinale est susceptible.

€hloralainmoniaqae [Synonyme : chloralmnmonium]. — Ce produit résulte de la réaction du gaz ammoniac sec sur le chloral anhydre, en solution dans le chloroforme, et refroidi à l'aide d'un mélange réfrigérant. Il se dépose une masse cristalline qui, purifiée, constitue des cristaux fins, en aiguilles; fondant à 63^, fort peu solubles dans l'eau, assez hygrométriques cependant pour tomber en deliquium en se décomposant au contact de l'air humide; solubles dans l'éther, le chloroforme; décomposables, soit sous la seule influence du temps, mieux encore en présence de l'eau et d'une légère élévation de température, en chloroforme et formiamide : il a pour formule

yOH C^HCIK

\AzU

C'est un produit caustique, irritant, qui détermine, lorsqu'on

676 CHLORALIMIDE. — CHLORALOSES

remploie à dose un peu élevée, de la céphalalgie, de Taccélératioii du pouls et de la respiration, avec abaissement de la tension arlérielle. C'est un mauvais hypnotique, infidèle, dangereux, à rejeter absolument de la matière médicale.

Chloralimide. — Le chloralimide résulte de la déshydradation, sous rinfluence de la chaleur, du chloralammoniaque : il a pour formule

C«HC1» = AzH.

Ce composé forme de longues aiguilles incolores, inodores, insipides; fondant à 168<*; insolubles dans Teau, très solubles dans Talcool à 90 pour 100, Téther, le chloroforme, les corps gras; très stables, puisque la décomposition en présence de Teau n'a lieu que par chauffage en tube scellé et à une température supérieure à 160*.

C'est un produit imparfaitement étudié au point de vue de ses propriétés physiologiques et de ses applications thérapeutiques. Il n'offre, d'ailleurs, aucun avantage incontestable sur les précédents et n'a été proposé comme hypnotique que parce qu'il est capable de fournir, à poids égal, par sa décomposition, une plus grande quantité de chloroforme : nous avons vu, à propos du chloral, ce qu'il fallait penser de cette interprétation que je considère, pour ma part, comme absolument erronée.

Chloralose. — J'arrive & présent à une substance dont l'application à la thérapeutique humaine peut être discutée, mais dont l'efficacité et la valeur, comme hypnotique, ne sauraient être méconnues : je veux parler du chloralose.

Le chloral peut se combiner avec les glucoses en fournissant deux sortes de combinaisons, l'une, qui s'effectue sous l'influence de la chaleur, entre une molécule do glucose et une molécule de chloral; l'autre, qui nécessite l'intervention de l'acide sulfurique concentré, et s'effectue enlre deux molécules de chloral et une molécule de glucose.

Ces composés, entrevus par Hefter en 1889, ont été définitivement fixés et étudiés en 1892 par MM. Hanriot et Charles Richel, qui ont établi leur constitution, précisé leurs relations avec l'acide urochloralique, et montré que celte combinaison avec le chloral était une réaction générale, applicable à lous les sucres : ils en ont également fait l'élude pharmacologique.

CHLORALOSE OFFICINAL 677

On chauffe au bain-marie parties égales de glucose et de chloral, anhydres, en ajoutant quelques gouttes d'acide chlorhydrique pour amorcer la réaction qui devient bientôt très vive : la masse brunit et les deux composés s'unissent avec perte d'une molécule d'eau, sui* vaut Téqualion :

C6||iio« + C*HCPO = H«0 -h C«ll'«CPO«.

Gluccfse. Chloral. Chloraloso.

Toutefois, le produit de la réaction n'est encore qu'un produit intermédiaire, car il constitue une masse vitreuse, très soluble dans l'eau, l'alcool etl'éther, qu'il faut faire bouillir avec de l'eau pendant au moins deux heures, de façon à entraîner avec la vapeur d'eau le chloral en excès; puis, on concentre la solution qui laisse déposer une masse cristalline formée surtout de parachloralose moins soluble; et les eaux mères de cette cristallisation, concentrées à leur tour, laissent alors déposer le chloralose : le rendement n'est que d'environ 10 pour 100 du poids de chloral employé.

Purifié par plusieurs cristallisations successives dans l'eau bouillante ou l'éther, le chloralose se présente sous forme d'aiguilles fusibles à 187*»; solubles, surtout à chaud, dans l'eau, l'alcool et l'éther; peu solubles dans le chloroforme; presque insolubles dans les pétroles.

100 parties d'eau dissolvent à 15° O^^SCi

100 — d'alcool dissolvent à 21° 0 ,559

100 — de chloroforme dissolvent à 21° 0 ,067

Le chloralose est inaltérable en présence des acides, tandis que les alcalis l'altèrent rapidement et avec facilité, surtout sous l'inQuence d'une élévation de température. Tandis qu'il ne se décompose que par une ébullition prolongée, en présence de l'eau acidulée à 20 pour 100 d'acide sulfurique, une solution alcaline à 5 pour 100 exerce une action décomposante beaucoup plus rapide. Il ne réduit pas immédiatement la liqueur de Fehling; mais, comme cette liqueur est alcaline, le chloralose se trouve bientôt décomposé et la réduction s'effectue, grâce à ses produits de dédoublement. Le nitrate d'argent ammoniacal est réduit également après quelques minutes d'ébuUition, tandis qu'en liqueur acide il n'y a pas de réduction.

Les acides concentrés ou les chlorures d'acides le convertissent en éthers : c'est ainsi que l'acide sulfurique donne l'éther disulfurique

C'H'Cl'O* (SO'H)» ; et les chlorures d'acétyle ou de benzoyle des dérivés tétra-acétylés ou benzoylés C^H'CI'0*(C*H»0)* et C*H'bPO«(C'H»0)*. L'oxydation par le permanganate de potassium fournit un acide chloralique dont la formule est C'H'CPO', en même temps que de Teau et de Tacide carbonique.

En outre de sa moindre solubilité, le parachloralose possède un point de fusion notablement différent de celui du chloralose; il fond à 227** : ses propriétés chimiques sont, d'ailleurs, absolument les mêmes.

Non seulement les glucoses, tels que le galactose et le lévulose, mais encore les sucres en C*, lels que Tarabinose, le xylose, ont donné avec le chloral des combinaisons analogues au chloralose : ce dernier a été, jusqu'ici, le mieux étudié au point de vue physiologique.

L'action physiologique du chloralose est remarquable par les effets opposés qu'il détermine sur le cerveau et la moelle : tandis qu'il engourdit, déprime le cerveau, il stimule la moelle. A certains égards, il est à rapprocher du chloral; à d'autres points de vue, il faut le rapprocher de la strychnine : M. Charles Richet estime, fort justement, que c'est avec la morphine qu'il offre le plus de ressemblances.

Le pouvoir toxique du chloralose est assez élevé; mais la dose mortelle varie avec le mode d'introduction de la substance, et, surtout, avec l'espèce animale. Par kilo d'animal, elle est, chez le chien, de 12 centigrammes lorsque le chloralose est introduit par injection intra-veineuse; de 60 centigrammes, lorsque l'introduction a lieu par voie d'ingestion stomacale : chez le chat, par voie gastrique, elle n'est que de 6 à 7 centigrammes, c'est-à-dire environ dix fois plus petite que chez le chien : la dose active mininiay par voie d'injection intra-péritonéale, est de 15 milligrammes par kilo pour le chien, et de 5 milligrammes pour le chat. Nous savons d'ailleurs que le chat, comme tous les animaux à système nerveux très délicat, très affiné si l'on peut ainsi dire, et facilement excitable, est plus sensible à l'action du chloral, comme aussi à l'action des hypno-anesthésiques.

Chez les oiseaux, on n'observe pas de différence sensible entre les résultats fournis par l'ingestion stomacale et ceux fournis par l'injection intra-péritonéale. Le tableau ci-dessous résume les données fournies à ce sujet par le travail de MM. Ch. Richet et Hanriot.

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