CROTON-CHLORAL
broDchites et de la bronchorrhée, ainsi que de récoulement salivaire, sans que Ton ait besoin d'invoquer une action excitante particulière du chloral sur les sécrétions, action que rien ne me parait justifier. On a, jusqu'à présent, une seule autopsie d'un individu ayant succombé à une intoxication chronique par le chloral. Elle a permis simplement de relever de la rig-idité articulaire; une coloration pourpre de la face, du cou, des parties déclives; une congestion des méninges et de tous les parenchymes. Mais il n'y a rien là, comme vous le voyez, qui ait la moindre importance ou le moindre intérêt, au point de vue du diagnostic de l'empoisonnement. Dans les cas de mort dus à du chloralisme aigu, l'autopsie a généralement permis de retrouver des lésions graves anciennes du cœur, des reins, du cerveau. Ce côté de la question du chloral mériterait d*être remis à l'étude.
Croton-chloral. — De même que cela avait été fait pour le chloroforme et Téther, on a cherché à remplacer le chloral par des succédanés qui offriraient ses avantages sans avoir ses inconvénients. Parmi les produits dont l'application a été tentée, le croton^ chloral et le bromal constituent de véritables succédanés du chloral, les autres sont des produits plus complexes que nous étudierons rapidement plus tard, sous la dénomination de chloralides.
Le croton-chloral constitue l'aldéhyde butylique trichlorée; on l'appelle aussi chloral butylique, et cette appellation devrait prévaloir, car elle est seule exacte, celle de croton-chloral ayant été donnée d'abord à ce produit parce qu'on le croyait dérivé de l'acide crotonique : il a pour formule C*H*C1'0.
On l'obtient en faisant passer un courant de chlore dans de l'aldéhyde maintenue dans un mélange réfrigérant; on laisse le liquide s'échauffer peu à peu; et Ton finit par le porter à 100" dans un ballon muni d^un réfrigérant ascendant. Après un passage prolongé durant vingt-quatre heures du courant de chlore, on distille en recueillant le liquide qui passe entre 150"* et ISO""; on agite ce liquide distillé avec de l'acide sulfurique, et l'on décante la couche supérieure que l'on distille de nouveau, en recueillant seulement ce qui passe entre IGS*" et 165''. On obtient ainsi un produit de consistance oléagineuse, incolore, très avide d*eau; et fournissant un hydrate analogue, comme vous pouvez le constater sur cet échantillon, à
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rhydrate de chloral que nous venoas d*étudier. Les alcalis le décomposent déjà à froid, en donnant du chloroforme propylique, composé instable qui se dédouble en acide chlorhydrique et propylène bichloré. J'ai attiré votre attention, à propos des théories émises pour interpréter Faction physiologique du chloral, sur l'importance de cette réaction.
L'hydrate de croton-chloral est beaucoup moins soluble dans Teau que Thydrate de chloral; il est plus soluble dans Feau additionnée de glycérine ou d'alcool. Son meilleur mode d'administration est le même que celui de l'hydrate de chloral, en solution diluée aromatisée avec quelques gouttes d'essence de menthe, et en se servant du sirop d'écorces d'oranges amères comme correctif.
Cette substance exerce une action spéciale sur les cellules- nerveuses cérébrales; c'est plutôt un anesthésiant céphalique; un hypnotique moins efficace, mais un hypno-aneslhésique plus énergique que le chloral. On s'accorde assez généralement à lui reconnaître une action particulièrement avantageuse dans la névralgie des nerfs crâniens, notamment dans le tic douloureux de la face; mais son action sédative est peu durable et nécessite son emploi à doses assez élevées, 5 à 8 grammes, et par fractions administrées à intervalles rapprochés. Une dose de 4 grammes en une seule prise détermine, chez l'adulte, un sommeil profond en même temps que cette anesthésie portant principalement sur les territoires innervés par le trijumeau.
On a prétendu que le croton-chloral était moins irritant que le chloral, que son action sur le cœur et la circulation était moins fâcheuse; mais, en réalité, ses inconvénients semblent être les mêmes, parce que son action utile ne se produit qu'à doses plus élevées.
En somme, c'est un médicament dont l'action est encore discutée et qui mériterait, certainement, d'être étudié d'une manière plus approfondie.
Rromal [Aldéhyde tribromée]. — Je vous ai fait remarquer, à propos des dérivés chlorés du formène et de l'éthane, que la substitution du brome au chlore imprimait à un radical organique, déjà doué par lui-même de propriétés hypnotiques, une notable exaltation de ces propriétés : tandis que le chlorure d'éthyle est modérément hypnotique et peu anesthésique, le bromure d'éthyle constitue
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un hypno-aneslhésique puissant. Il est alors intéressant de voir ce que donnera la substitution du brome au chlore dans le chloral.
Le bromal, provenant de Taction prolongée du brome sur l'alcool, d'abord à froid, puis à chaud, comme dans la réaction permettant de préparer le croton-chloral, constitue un liquide de consistance oléagineuse, incolore, doué d'une odeur vive et d'une saveur brûlante; il irrite fortement les yeux. Le bromal est soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther : il forme avec l'eau un hydrate cristallisé, décomposable, en présence des alcalis, en formiate alcalin et bromoforme, très soluble dans Teau, et fondant à la chaleur de la main.
Son action irritante est de beaucoup supérieure à celle du chloral : ses vapeurs déterminent une congestion intense des muqueuses oculaire et respiratoire avant de déterminer l'assoupissement et Tanesthésie. Des essais eiïectués jusqu'ici, en Angleterre notamment, il semble résulter que le bromal produit une aneslhésie moins accentuée que celle due au chloral, que le sommeil qu'il détermine est moins comateux que le sommeil produit par le chloral, enfin que son action sur le cœur et la circulation est moins énergique que celle du chloral.
D'autre part, certains observateurs, comme Rabuteau, dénient au bromal toute propriété hypnotique et anesthésique et le considèrent seulement comme un irritant et un modificateur des sécrétions bronchiques, en même temps qu'un antispasmodique et un sédatif par son brome. Le fait est que, sous son influence, il se produit une hypersécrétion bronchique intense, qui peut même amener l'asphyxie chez les animaux, lorsqu'on expérimente avec des doses élevées.
L'étude de cette substance demanderait, comme celle du crotonchloral, à ëlre reprise méthodiquement; mais, dans tous les cas, il ne semble pas que la substitution du bromal au chloral présente quelques avantages, au point de vue hypnotique; le bromal constitue plutôt un agent dépresseur au simple titre de dérivé brome; et il se rapprocherait du bromoforme qui ne possède aucune propriété hypno-anesthésique et dont nous ferons l'étude en même temps que celle des modérateurs réflexes, sédatifs de l'action nerveuse : ce sont, tous deux, des bromiques.